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mercredi 15 octobre 2014

Le casse-tête de la stratégie économique en France





"Les lecteurs de ce petit livre
sont priés de ne voir
dans les personnes qui y figurent,
ou les faits qui y sont cités,
aucune analogie 
avec le monde dans lequel nous vivons.
Ils s'apercevront d'ailleurs rapidement
que cette déclaration
est conforme à la réalité
quand ils verront
que tous ceux qui vivent l'aventure 
qui s'y trouve décrite
sont des hommes de bonne volonté,
plein du désir de coopérer
les uns avec les autres,
s'efforçant de rechercher toujours
les solutions conformes à l'intérêt général
et prenant finalement leurs décisions
sous l'angle du bon sens le plus élémentaire.
Aucun risque, par conséquent,
que la moindre confusion
s'établisse dans les esprits."

L'île déserte, introduction
1970

Allons-nous donc laisser détruire
l'économie française sans réagir ?
Ne voyons-nous pas que cette évolution
qui se poursuit chaque jour
rend impossible de remédier
aux misères de toutes sortes
qui se constatent dans la société française
et tout particulièrement
à la situation dramatique des banlieues,
à la situation précaire de plusieurs millions de Français,
au nombre sans cesse accru des SDF.

La prospérité de quelques groupes très minoritaires
ne doit pas nous masquer une évolution
qui nous mène au désastre.

In "La mondialisation
la destruction des emplois et de la croissance
L'évidence empirique"
Maurice Allais, 1999


Depuis des années en France, nous assistons à un affrontement lassant et stérile au sein du personnel politique. Cette lutte concerne les personnes mais aussi les partis. Logique en démocratie, elle est conduite chez nous de telle sorte qu'elle vire à la caricature des positions alors qu'il est urgent d'aborder la complexité de plus en plus grande du monde actuel avec humilité, circonspection, entrain, imagination et dans un esprit de coopération intelligente.

Les prétendants aux trônes intermédiaires ou au fauteuil le plus haut ne prennent pas assez de temps et de recul pour analyser en profondeur les faiblesses et les forces de notre société dans le monde, pour produire ensuite une synthèse vaste, solide et nuancée, pour bâtir enfin un programme de réformes qui ne soit pas uniquement dédiée à la gloire de telle ou telle idéologie ou conçue pour servir les intérêts d'une petite communauté influente.

Le champ social et le champ économique souffrent beaucoup de l'indigence politique qui s'est installée en France depuis la fin de la reconstruction du pays après la seconde guerre mondiale. Nous commencerons par examiner le champ économique sans perdre de vue que la fin de l'action politique le dépasse largement.

L'analyse de la situation pourrait commencer par ces considérations savantes qui aboutissent à la disparition de questions pourtant simples et immédiates. L'une de ces questions devrait nous préoccuper, au-delà des clivages idéologiques : dans un monde en mutations rapides, de quels moyens nous doter pour choisir et mettre en oeuvre une stratégie économique qui tienne compte de nos atouts et de nos faiblesses, qui n'oublie pas que l'apparente rapidité des changements résulte de mouvements souterrains beaucoup plus lents et donc prévisibles, une stratégie enfin qui puisse être ajustée de manière optimale, c'est-à-dire sans provoquer des drames humains, même minimes, hélas, aux yeux de certains ? Quand une famille est disloquée par des décisions qui oublient la distinction essentielle à maintenir, coûte que coûte et avec courage, entre les choses et les personnes, chaque personne, il n'y a pas de "petit" drame.

Tant que nous ne fonderons pas nos choix économiques sur une anthropologie solide, sur une compréhension juste des fondements économiques, sur l'observation profonde des phénomènes naturels et sur le retour à la préférence communautaire bien comprise (sans négliger ou bafouer les intérêts des autres peuples), bien organisée et bien assumée (voir à ce propos "La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance" de Maurice Allais), toutes nos disputes d'estrade ou de petite lucarne ne nous feront pas avancer d'un pouce vers la sortie de crise. Elles laisseront subsister ou même empirer une situation devenue terriblement critique au fil des ans.

Tant que nous n'aurons pas retrouvé le sens du travail humain, comment espérer réduire le chômage ?

Tant que nous négligerons de porter un regard prospectif sur l'avenir, comment espérer préparer demain ?

Anthropologie solide en premier lieu (cf. anthropologie selon Jean-Paul II). Anthropologie où l'on ne considère jamais la mort de l'innocent, de l'imparfait ou de la bouche à nourrir comme une solution digne de l'humanité. Anthropologie où l'on cesse de penser à court terme. Anthropologie nourrie des leçons de l'histoire et des espaces naturels voire "sauvages". Anthropologie stable qui ne considère pas le transformisme issu des modes et les innovations étranges ou spectaculaires ou même provocantes comme des facteurs évidents de progrès. Anthropologie qui ne cherche pas à confondre toutes choses (voire toutes personnes) dans le bain primordial de l'indifférencié.

Stratégie économique où le travail humain occupe une place éminente et singulière : l'homme n'est pas le rouage d'une mécanique et pas davantage la goutte d'huile qui redonne de la fluidité au système, encore moins le grain de sable à éradiquer parce qu'il serait responsable de la dégradation de la production (voir à ce propos le travail exemplaire réalisé par Hassé Consultants depuis 1989 afin que les personnes en souffrance et notamment sous la dépendance de l'alcool ne sombrent pas davantage mais retrouvent toute leur dignité, afin que toutes celles qui seraient menacées par une pression excessive et tentées de recourir à un expédient dangereux soient protégées par les mailles d'un filet souple et ferme, libérateur d'énergie et d'innovation, témoin d'une charité intelligente, collaborative et active). 

Comment se fait-il que depuis le premier choc pétrolier, voilà plus de quarante ans, nous n'ayons pas su nous adapter et que nous nous soyons résignés à la montée inexorable de l'inactivité ? Qu'attendons-nous pour retrousser nos manches et nous demander ce qui cloche au fond sans pour autant vouloir trouver un bouc émissaire, un coupable facile ?

Stratégie économique qui n'évacue pas la question cruciale des choix à opérer : quelles orientations majeures de l'économie française devons-nous conserver ? Quelles sont celles à revoir ? Quelles sont les pistes nouvelles à explorer ? Convient-il comme l'Allemagne de beaucoup miser sur la croissance de ses parts de marché dans les pays émergents ? Ce choix qui se justifie bien outre Rhin par la faiblesse de la demande intérieure et par le dynamisme solidement établi d'une industrie performante, ce choix est-il adéquat et transposable chez nous ? Que pouvons-nous en retenir d'intéressant ? 

Quel citoyen soucieux de l'avenir n'attendrait pas du débat politique qui s'amorce, en vue des échéances électorales en France - européenne 2019 ; municipale 2020 et présidentielle/législative en 2022 -, des lumières réconfortantes sur le thème de la stratégie économique ? 

Les questions essentielles transcendent le débat sur l'identité nationale : quel pays voulons-nous ? Sommes-nous préoccupés avant tout par notre "rang" mondial ou bien voulons-nous devenir une terre, une maison commune, un foyer ardent où le mot "service" est à l'honneur ? Service désintéressé, service généreux, service infatigable de tous et spécialement des plus faibles, des exclus, des abandonnés, de ceux qui n'en peuvent plus ? Un pays où tout homme, las de la compétition effrénée que se livrent les nations ou les individus, trouverait un abri sûr et un lieu d'épanouissement à la mesure de l'être humain ? Allons-nous prêter notre voix au concert assourdissant des revendications incessantes et mesquines ? Nous importe-t-il seulement de voir reconnus nos mérites individuels et de percevoir une rétribution maximale pour une contribution minimale ?

Avant d'aller plus loin et d'esquisser les grandes lignes d'une stratégie économique qui emporte à la fois l'assentiment du plus grand nombre et qui aboutisse effectivement à une amélioration sensible de la situation générale de la France, nous pourrions considérer un changement qui touche aujourd'hui toutes les sociétés acceptant de ne pas se replier sur elles-mêmes et de ne pas se fermer aux influences extérieures : les grands centres urbains deviennent de plus en plus cosmopolites et ils rassemblent une proportion de plus en plus forte de la population. Cette évolution met en avant des questions cruciales et déterminantes : "Comment vivre ensemble ?"; "Comment vivre en bonne intelligence ?" ; "Comment maintenir l'unité de la nation entre les personnes individuelles, entre les corps intermédiaires, entre les grands centres urbains et les zones rurales ?" ; "Comment approvisionner les villes et faire en sorte qu'elles soient assez autonomes pour ne pas dépendre de manière excessive des transports à longue portée ?". A propos de ce dernier terme, voir notamment la ceinture verte mise en place à Toulouse depuis 2009.


Notre réflexion pour demain ne peut faire ... l'économie de ces questions. Economiser, s'économiser, c'est éviter des dépenses inutiles, prévoir que l'on risque d'être à cours de provisions, faire attention aux réserves. Le premier réflexe qui touche beaucoup de nos contemporains est de se dire : "Nous sommes envahis ! Comment allons-nous faire pour subvenir aux besoins de tous ?". L'inquiétude finit par dominer et le malthusianisme, cette peur de manquer, engendre des comportements suicidaires : plutôt mourir ou assassiner tout de suite, violemment que plus tard et à petits feux.

Une saine stratégie économique devrait toujours s'inscrire en faux contre ces tendances mortifères : nous avons certes à nous préoccuper des ressources actuelles et futures mais nous avons aussi à plonger ce souci dans cette confiance surnaturelle qui invite à ne pas renoncer à marcher sous prétexte que l'avenir est incertain. Avançons pas à pas pour découvrir de nouveaux chemins. Avançons au large. Ne restons pas crispés sur nos acquis. Ne nous laissons pas dominer par la nostalgie d'un passé révolu.



Image d'escalier magnifique, en attente d'autorisation de publication.





Premier axe : rester libres et consolider notre liberté. Sans méconnaître qu'une lutte sans merci est en train de se livrer, refuser de combattre sur le même terrain que les nations les plus en vue. 

Il est clair qu'une économie nationale ne se repliant pas sur elle-même ne peut survivre qu'en développant des échanges équilibrés avec ses partenaires et concurrents. Nous ne pouvons durablement tenir nos positions et rester libres si nous laissons filer notre balance commerciale. Nous ne serons pas libres non plus si notre dette publique s'aggrave encore. On a entendu des personnes plaisanter sur la Grèce en parlant de la vente de quelques îles pour rembourser la dette de l'Etat. Cela fait peut-être sourire les repus mais quel drame pour ceux qui en seraient réduits à vendre leur chez eux. Ou bien nous décidons de rester un peuple libre ou bien nous laissons empirer la situation actuelle et nous n'aurons alors plus rien à dire : nous aurons peut-être encore le droit de voter mais ce sera pour choisir entre deux maux insupportables pour l'homme libre. 

L'une des actions prioritaires est de faire en sorte que des entreprises françaises reconquièrent notre marché intérieur dans tous les secteurs où nous disposons sur place des ressources nécessaires et où les ressources qui nous manquent abondent ailleurs. A cette donnée économique primaire, il faut ajouter une donnée sociale : les produits que nous pourrions fabriquer en France et que nous importons sous prétexte qu'ils coûtent chers à produire chez nous, ces produits importés ont un coût social élevé. Pour évaluer leur juste prix, il conviendrait d'incorporer le coût du chômage chez nous : ces produits importés ne sont pas si bon marché qu'on veut le croire. Pire encore : plus nous laissons monter le chômage, plus le coût des productions nationales restantes est renchéri et plus notre compétitivité chute. Nous sommes là dans une spirale inquiétante. Un seul exemple : il est atterrant de constater qu'en ayant un taux de natalité honorable, nous soyons incapables de fabriquer des jouets pour nos enfants et qu'il faille recourir à des importations massives de produits, dont certains sont médiocres. Dans ce domaine, le mot "stratégie" n'est pas vain : nous avons à mener un combat titanesque. Laisser de côté l'intelligence du stratège et l'habileté du tacticien serait suicidaire. Pour rivaliser, nous aurons des choix à faire. Il nous faudra miser sur une qualité parfaitement ajustée aux attentes des clients, aux normes élémentaires de sécurité et à nos possibilités de compétition.



Marseille : l’escalier féerique du Goya, les mystères d’un ...



Deuxième axe : le premier axe, avec toute la meilleure volonté du monde et l'intelligence la plus exercée, ne peut suffire à combler ni notre retard en matière d'échanges commerciaux ni notre avance sur la voie du développement. Ce que des hommes et des femmes acceptent de faire, jour après jour, dans une société en quête d'un niveau de vie encore bas ou moyen (un homme et sa femme conduisant le même taxi, elle le jour, lui la nuit), qui acceptent de le faire en France ? Tous ceux qui n'ont pas d'autre choix.  Restons attentifs à l'augmentation de la pauvreté en France : ce qui nous semble inacceptable de prime abord le devient pour survivre et quand nous sommes à l'aise, nous oublions vite que certains de nos voisins sont déjà obligés en France de mener une vie de galère. 

Afin de maintenir notre espace de liberté, nous avons à trouver des secteurs d'activité dans lesquels nous sommes capables d'exceller, et techniquement et moralement. Des raisons évidentes de sécurité civile nous incitent à développer un éventail large : quand un secteur est touché de plein fouet par une crise, d'autres sont alors en mesure de prendre le relais. Concentrons nos efforts sur le domaine des services à la personne sans oublier la satisfaction des besoins primaires. Les seuls secteurs de l'éducation et de la santé peuvent devenir des spécialités françaises de premier rang mondial, ce qu'elles ne sont pas aujourd'hui (*). Ils ne le deviendront qu'après avoir été nourris par une anthropologie juste et féconde. Ils ne le seront qu'à la condition incontournable d'en avoir chassé tout appât du gain financier et toute recherche d'un confort matériel facile : dans ces deux secteurs, l'excellence ne s'obtient qu'au prix d'une grande abnégation.

(*) Cela malgré quelques réussites spectaculaires, à la fois techniques et morales : les médecins français ont été des pionniers dans des branches porteuses d'avenir comme l'immunologie, l'hématologie et la chirurgie permettant ainsi d'opérer des greffes qui ont sauvé des patients d'une mort annoncée. Le lecteur intéressé par ces questions pourra retrouver les données d'une greffe prometteuse, celle du sang de cordon ombilical. Pratiqué pour la première fois en 1988 en France, ce progrès attend, pour donner sa pleine mesure, que soit dépassé le recueil encore marginal des cordons (moins de 1% des naissances) et que soient multipliées les banques (publiques en France) pour cet organe. Voir par exemple : 

http://www.lefigaro.fr/sante/2008/11/25/01004-20081125ARTFIG00019-le-nouveau-marche-du-sang-de-cordon-ombilical-.php

L'incise peut paraître anecdotique. Elle est pourtant l'occasion de souligner l'une des grandeurs de la France et de ses choix politiques : au lieu d'aller comme dans d'autres pays vers la marchandisation d'un bien tout à fait précieux, la France a choisi le maintien du don anonyme et gratuit et du recueil dans des banques publiques. Cette part réservée au don est l'indice d'une conception qui s'oppose au tout marchand et qui signe la noblesse d'une société en quête d'un idéal élevé. Une stratégie économique qui néglige cet idéal est comme un corps sans âme. La médecine française peut non seulement compter sur ses propres progrès et découvertes mais aussi sur sa capacité à intégrer les apports d'autres pays. C'est d'ailleurs un atout de la France sur lequel un projet solide d'avenir peut s'appuyer : son ouverture au génie multiforme des hommes sur tous les continents. Un exemple significatif à cet égard est donné par la chirurgie réparatrice : une femme atteinte d'un cancer du sein et devant en subir l'ablation a la possibilité aujourd'hui de retrouver cet organe dans des conditions très satisfaisantes. Voir la technique D.I.E.P. implantée en France par le professeur Laurent Lantieri depuis 1995 : http://www.diep-asso.fr/.



En colimaçon conçu par Giuseppe Momo en 1932 est un ...



Troisième axe : établir un revenu maximal et moduler le revenu minimal. L'argument qui prône l'octroi de très hauts salaires aux profils exceptionnels oublie une donnée pourtant évidente : nous ne manquons pas d'hommes ou de femmes de valeur et tout à fait capables d'occuper des postes de haut niveau. En ces temps de crise très grave malgré l'apparence d'une timide reprise, en ces temps de chômage aigu, le versement de revenus exorbitants à quelques-uns devient insupportable. Ce qui est scandaleux ce n'est pas le fait de limiter les prélèvements obligatoires à 50% des revenus, c'est ce que perçoivent certaines personnes. Cela l'est d'autant plus qu'un être humain, aussi exceptionnel soit-il, ne dispose jamais que de quelques heures dans une journée pour accomplir son travail. Quand il cumule de surcroît plusieurs responsabilités et plusieurs rémunérations, son temps se divise comme pour tout un chacun. Le projet prévoit de limiter le revenu maximal par personne à 4000 Euros nets d'impôt par mois où l'on entend par revenu la somme de tous les profits, quelle que soit leur origine : travail, capital (le capital investi dans la création d'entreprise et dans des secteurs à risques fait l'objet de dispositions particulières) et droits. En adoptant une telle contrainte qui paraîtra utopique ou inaccessible à quelques-uns, le projet défend le principe d'une oeuvre de justice élémentaire. Son accomplissement n'ira pas de soi et suscitera même de très vives résistances qui s'appuieront sur une multitude d'arguments qu'il n'est pas difficile de formuler : vous allez faire fuir les meilleurs ; bien loin de créer les conditions d'une reprise vous allez appauvrir la France ; vous allez augmenter la corruption ; les capitaux vont quitter notre pays ; sans l'appât d'un gain supérieur, les plus combatifs se mettront à glander ou à tricher ... Ceux qui ont aujourd'hui des revenus dépassant la limite maximale prévue ont plusieurs possibilités (nous sommes en terre de liberté) : céder leurs parts de capital (point qui sera développé ultérieurement) ; travailler moins d'heures (pour accomplir un travail de meilleure qualité et laisser du champ à ceux qui sont aussi capables de s'engager à exercer des responsabilités élevées) ; réduire volontairement leurs revenus ; quitter la France pour s'installer dans des pays qui pensent pouvoir régler les problèmes actuels en laissant une poignée d'hommes s'enrichir de manière éhontée ; ... 

En ce qui concerne le revenu minimal, le projet prévoit une modulation selon l'ancienneté des personnes et les branches d'activité qui permette de garantir un revenu décent et toujours supérieur au revenu minimal actuel. Tout complément d'aide, selon l'heureuse formule du RSA quand il ne décourage pas d'accepter un travail, est maintenu. Notons enfin que la limite de 4000 euros nets par mois a encore l'allure d'une provocation puisqu'elle se présente comme un absolu alors qu'il serait plus judicieux de l'adapter aux circonstances de terrain. Pour être tout à fait pragmatique, le projet France 2022 prévoit que le salaire minimal et le salaire maximal soient toujours établis lors d'une même négociation entre le patronat et les salariés d'une même branche d'activité. Le projet France 2022 prévoit donc une modulation tenant compte des perspectives et des besoins de chaque secteur d'activité de manière à ne pas obérer les chances d'un domaine par le joug de dispositions beaucoup trop générales. Cette modulation, pour être tout à fait complète, doit prendre en compte non seulement les métiers, les territoires et les données macro-économiques. Notons enfin que la limitation du revenu net en euros s'accompagne d'une plus grande souplesse au sujet de la rémunération en couronne française, nouvelle monnaie de service et d'abondance dont la création est inscrite en tant que résolution majeure du projet France2022.



L’Escalier Umschreibung – Munich – One360.eu



Quatrième axe : développer les créneaux à haute valeur ajoutée, non seulement sur le plan environnemental mais aussi du point de vue de la qualité des produits. Nous sommes parvenus à une situation qui met en péril l'avenir de nos plus beaux fleurons. Il suffit pour cela de considérer l'exemple emblématique des agricultures françaises. Sous l'influence de pressions puissantes et par ignorance, nous avons pris un train de retard dans le développement de l'agriculture biologique. Certains secteurs ou certaines régions commencent à se réveiller. Encourageons ce mouvement en particulier pour le vin qui porte au degré le plus haut l'alliance de la tradition et de la modernité. Aux questions agricoles, nous lions le sujet épineux de l'aménagement d'un territoire national terrestre où se posent désormais des problèmes d'isolement et de desserte publique de plus en plus aigus.



Chambord Double Helix Staircase Stock Photo - Image: 70014609



Cinquième axe : avec un territoire maritime presqu'aussi vaste que celui de l'Amérique du Nord, la France dispose d'un potentiel aquatique de première importance. Toute activité économique et scientifique donnant d'exploiter intelligemment et justement ce patrimoine unique est à encourager sans retard.

Voir à ce propos le projet de loi d'économie bleue  défendue par Bruno Le Roux. Expression employée dans un autre sens que celle-ci défendu par Gunter Pauli où il est question d'économie non polluante. Mieux : d'économie où tout déchet devient matière première d'un nouveau processus.

Ceux qui pensent que la France peut, à elle seule, veiller au grain et parvenir à faire fructifier cet héritage manquent d'imagination. Non la France, plus que jamais doit tenter de coopérer avec ses partenaires européens, ses voisins de la Méditerranée et au-delà, sur tous les fronts où nous sommes présents. Les difficultés rencontrées par Patrice Franceschi, capitaine de la Boudeuse (cf. http://la-boudeuse.org/journal-de-bord/le-dernier-mot-du-capitaine/), sont une alerte parmi d'autres nous invitant à prendre au sérieux les défis d'un XXIème siècle au cours duquel les territoires maritimes joueront un rôle sans cesse grandissant. Afin d'atteindre des objectifs ambitieux, nul doute que l'école jouera un rôle déterminant pour susciter des vocations. Cela ne se fera pas, nous y reviendrons, en revoyant les rythmes scolaires au seul profit d'une pratique sportive plus intense : les plages horaires non consacrées aux enseignements généraux auront à faire une place beaucoup plus large à tous les domaines concrets où s'implantent les vocations précoces.




Sixième axe : pas de développement économique solide et porteur d'avenir sans une diplomatie de grande valeur et une culture intelligente du renseignement. La France a besoin de ce côté-là de redorer son blason. Ce ne sont pas quelques coups d'éclat, même bienvenus, qui peuvent rehausser son niveau : un travail de fond, jour après jour, est nécessaire. Un travail conduit par des hommes et des femmes solides à tous points de vue.
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Lumière sur nos ténèbres


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Difficile de comprendre la politique française sans faire appel aux traditions chrétiennes qui ont fortement imprégné son exercice et le sol où elle se déploie. Ajout du 16 octobre 2015 : Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur le rappelle dans son discours en la cathédrale de Strasbourg le 3 octobre 2015.

Pour justifier l'absence d'un grand parti démocrate chrétien en France, l'explication hâtive s'appuie sur l'argument de la laïcité à la française : ici, séparation nette (mais apparente) du politique et du religieux, inscription du spirituel dans la sphère privée. C'est oublier que l'Evangile s'est répandu sur l'ensemble du territoire et qu'il a déposé, à tous les niveaux de la société, les germes d'une présence diffuse : il suffit alors de prendre le temps de l'analyse pour découvrir ses racines en tous lieux. 

Les ronces du paganisme ou de tout autre envahisseur peuvent empêcher le christianisme de fleurir pleinement et de produire tous ses fruits mais qu'un vent sec se lève et que le soleil brûle ces ronces, nous verrons le moindre feu embraser cette paille et libérer un nouvel espace d'expansion pour l'Evangile. Les ronces ne pourront pas enfermer le parfum de l'Evangile et l'assigner à résidence surveillée : toute contrainte exercée à son endroit lui insuffle un regain de vigueur qui balaie tôt ou tard ses plus féroces contempteurs.

Notre propos ici n'est pas de prévoir ou de prédire les événements qui vont advenir même si cela n'est pas sans intérêt. Ajout du 16 octobre  2015 : voir à ce propos le livre de Jacques Attali chez Fayard : "Peut-on prévoir l'avenir ? Le sien, celui des autres"

Nous chercherons seulement à voir comment l'Evangile éclaire d'un jour lumineux la paralysie du politique en France. Nous découvrirons alors de quelles façons chaque responsable politique et chaque citoyen pourrait, en se nourrissant de l'Evangile, débloquer la situation critique que nous connaissons.

En étant davantage conscient de l'imprégnation évangélique de son environnement, le politique ne perdra plus de temps et d'énergie à diaboliser ses adversaires d'un jour ou de toute une vie : ceux-ci, comme lui-même, ont reçu une part de l'Evangile et bien rares sont les personnes qui n'en ont rien gardé. Que ces autres n'aient pas retenu les mêmes passages que lui ne l'étonnera pas. Quel est celui d'entre nous qui oserait affirmer qu'il a tout assimilé de l'Evangile au point de vivre à tout instant de l'esprit du Christ ?

Allons plus loin : même reçus et assimilés, les enseignements de l'Evangile ne se transforment pas en vertus du jour au lendemain. Nous sommes dépositaires d'un trésor à l'état de semence et il nous faudra beaucoup de patience, d'humilité, ... pour que cette semence parvienne à maturité. D'expérience, toute personne finit par savoir qu'elle est vulnérable : elle demeure un vase fragile au sein duquel les plus belles semences courent toujours un risque. Comment le politique pourrait-il l'ignorer ou échapper à la condition commune ?

Plus grave encore : le plus vertueux n'échappe pas à la tentation de l'orgueil. Eût-il acquis une sagesse admirable et des vertus héroïques, un rien serait encore capable de le transformer en démon. Diaboliser ses adversaires ou un adversaire en particulier n'est-il pas le signe avant coureur que celui qui se livre à ce genre d'exercice a mis le pied sur une pente dangereuse ? Accuser avec insistance tel ou tel défaut chez autrui n'est-il pas l'indice que la personne accusatrice a quelques soucis avec ce qu'elle prétend dénoncer ? En parlant de l'autre, elle livre en filigrane ses bas fonds. En s'attaquant à la personne d'un candidat, elle révèle en creux la misère de son programme et la bassesse de ses ambitions. 

En 2017, nous aurons besoin au contraire d'un projet qui mette l'accent sur la nécessité grandissante de la miséricorde. Un candidat qui ne montrerait pas l'exemple en ce domaine perdrait tout crédit et ferait courir à notre nation le risque d'une propagation de la "dénonce". Si le politique ne sait pas éviter l'infestation puante de la calomnie ou de la médisance, qui le fera ? Les vautours médiatiques ?

Alors que les attaques de charognards sur des vivants et même d'oiseaux citadins sur des êtres humains font la une de l'actualité, les hommes vont-ils aussi participer aux dérèglements ou aux ajustements de la nature ? Quels remèdes à cette dérive batailleuse voire meurtrière ? Est-il donc vrai que le champ politique soit devenu cette arène où même les femmes se prennent pour des taureaux ? Dans un monde où le jeu collectif et la coopération devraient prévaloir, allons-nous laisser toute latitude à quelques individus assoiffés de pouvoir, de revanche et de notoriété ?

Le politique ne peut, aujourd'hui comme hier, se contenter de bribes évangéliques. S'il ne dépasse le vernis biblique qui apporte du brillant au salon ou à la ville, il cédera à la moindre tentation. Il cédera non seulement en privé mais aussi en place publique. Il cédera à l'infâme tentation de discréditer ses rivaux comme ses adversaires. Le triste spectacle que nous ont offert quelques-uns de nos politiques ces temps derniers est-il à même de guérir en profondeur tous ceux qui n'ont pas encore saisi la stérilité d'une attitude accusatrice ? Toute personne de bonne volonté le souhaite et l'espère mais ne saurait se réjouir qu'il faille de telles bassesses pour provoquer un électrochoc salutaire.

En découvrant un salut qui s'adresse à tous et qui dépasse l'existence propre de chacun, aucun politique n'ose encore prétendre qu'il sera en mesure de remédier à tous les maux, qu'il saura établir un paradis sur terre. Il n'imaginera plus que d'autres puissent avoir la prétention inverse : bâtir un enfer, même si les leçons de l'histoire et l'actualité commandent de rester vigilant pour être prêt à dénoncer toute tentative d'instaurer un régime de terreur. Il comprendra qu'il est inutile et nuisible de considérer les autres comme des ennemis ; que la citation : "l'enfer c'est les autres", mal comprise, appartient aux poubelles de l'histoire.

Nul besoin d'être très avancé spirituellement ou psychologiquement pour expérimenter que la tristesse ne résulte pas seulement du regard d'autrui mais aussi de la perception que l'on a de ce regard. Sans un travail long et patient sur notre manière de voir, nous cherchons des coupables en vain, nous condamnons des innocents et nous martyrisons des hommes et des femmes qu'une parole aimante délivrerait de nos soupçons, de nos jugements et de nos égarements.

Pour accéder au pouvoir, on a beaucoup tué : que de complots ; que d'assassinats ! Le venin de la calomnie remplace aujourd'hui le poison d'autrefois. La parole assassine vaut la dague d'antan. 

Citoyens ordinaires, spectateurs lassés ou excités par les joutes politiques, allons-nous laisser une vipère ou un vautour présider aux destinées de notre pays ? Aurions-nous une conception si guerrière du monde qu'il nous paraîtrait préférable d'être conduits par un(e) expert(e) en meurtres propres plutôt que par une personne inoffensive ?

Dans "la paille et la poutre", nous avions rappelé le principe bien connu de l'esprit de la louange : prendre la parole en toutes circonstances pour bénir et remercier, admirer et louer. Ici, nous allons plus loin : comment faire grandir cette force avant même de l'exercer ? Comment orienter l'arc de notre esprit avant de décocher nos flèches ? 

Ce serait une illusion de croire qu'il est possible à l'homme de renoncer sans dommage à ses instincts guerriers. Plutôt que de vouloir le transformer en chiffe molle, prenons la peine de lui donner un espace de combat où son prochain n'est plus un jouet à détruire mais un partenaire de jeux sains et même saints, instructifs et porteurs de progrès authentiques. C'est l'une des ambitions du projet France2022.

jeudi 9 octobre 2014

Statut de citoyen municipal

En plus du statut national de citoyen français (nationalité), le projet France 2022 prévoit la création d'un statut de citoyen municipal, ouvrant des devoirs et des droits spécifiques.

Toute personne domicilié sur le territoire français peut acquérir le statut de citoyen municipal dans la seule municipalité où se situe la résidence de sa domiciliation. Ce statut est donc attaché à une municipalité unique et précise. Les critères d'acquisition de ce statut sont définis par l'assemblée des maires de chaque province. Une personne change de statut de citoyen municipal chaque fois que le lieu de sa résidence de domiciliation change. 

Les critères d'acquisition sont déterminés selon un cadre défini au niveau de chaque province. Ce cadre en fixe les modalités et les variations possibles. A priori, il ne paraît pas utile de définir des critères compliqués : le seul fait de résider principalement sur le territoire d'une municipalité depuis plus de trois mois (par exemple), attestés par la municipalité, devrait habituellement suffire. Cela signifie cependant que toute personne désirant obtenir le statut de citoyen municipal d'une municipalité donnée ne pourrait pas faire valoir une durée de résidence ou de domiciliation sans que le délai de trois mois n'ait été authentifié par la municipalité concernée. Une personne qui aurait résidé clandestinement et produisant des factures pour faire valoir son droit ne pourrait y prétendre. Elle aurait dû, par une démarche prévue à cet effet, déclarer la date du début de son installation ou de sa domiciliation dans une résidence du territoire de la municipalité.

Le statut de citoyen municipal donnerait des droits spécifiques non lié à la nationalité comme celui d'être électeur ou bien élu aux élections municipales. Il donnerait aussi, dans les conditions fixées par la municipalité, des droits d'usage des biens et services mis à la disposition des citoyens de ladite municipalité. Ces droits d'usage ne seraient pas un carcan : une municipalité donnée, par des accords de réciprocité ou par tout autre type d'accord, peut concéder des droits à des citoyens municipaux résidant principalement sur le territoire d'une autre municipalité.

Le statut de citoyen municipal appelle aussi des devoirs. Un devoir fondamental est de se conformer aux lois et usages en vigueur sur le territoire de la municipalité. Ce devoir s'applique de toutes façons à toute personne présente sur ce territoire-là à un moment donné. Un devoir spécifique consiste dans toutes les obligations de déclaration prévues par la municipalité. Nous verrons que ces obligations sont essentielles en raison du rôle majeur des nouvelles municipalités, en particulier comme foyers principaux de connaissances du terrain et de ses modifications.

En proposant la création d'un statut de citoyen municipal, le projet France 2022 ne néglige pas les risques encourus. Par exemple le risque que des personnes organisées et mal intentionnées se saisissent de l'occasion pour créer quelque république locale autonome aux pratiques douteuses, liberticides, sectaires, totalitaires ... 

Rappelons ici, pour rassurer les lecteurs inquiets, que la nouvelle organisation territoriale prévoit un contrôle renforcé du pouvoir central (Etat, province, département) qui, déchargé de missions non régaliennes, devra veiller mieux qu'il ne le fait aujourd'hui sur l'environnement des corps intermédiaires, notamment devra prévenir toute tentative de prise de contrôle d'une municipalité par des intérêts particuliers, qu'ils soient d'ordre économique, religieux, ... 

Qui dit "contrôle renforcé" ne dit pas "état policier" mais "gestion performante des informations stratégiques des territoires locaux". 

La création du statut de citoyen municipal vise à produire une amélioration nette de la connaissance des "passagers" clandestins d'un paquebot France qui est aujourd'hui incapable de bien gérer les flux migratoires faute d'un bon outil d'identification simple des résidents et d'une délégation territoriale bien ajustée (en l'occurrence, l'échelon municipal, au sens des nouvelles municipalités définies dans la nouvelle organisation territoriale de la France, nous paraît le plus approprié).

La création du statut de citoyen municipal vise aussi à éviter une crispation malsaine sur la question de l'identité française et de la nationalité : tout étranger amené à résider en France doit se sentir pleinement accueilli sur notre sol dès lors qu'il en respecte les lois et les usages. Citoyen à part entière par le seul fait de résider en France, il acquiert une reconnaissance assez précoce pour ne plus éprouver, pendant de longues années, le sentiment de n'être pas embarqués dans le même bateau que les passagers possédant déjà la nationalité française.

jeudi 21 août 2014

Réforme de la fiscalité patrimoniale


Ajout du 28 février 2020 : remarquable interview de Stéphane Bern à propos de l'entretien et de la restauration du patrimoine.

La réforme de la fiscalité patrimoniale ne manquera pas d'échauffer les esprits l'année prochaine et tant que l'enjeu des présidentielles de 2012 aura cours. Qu'adviendra-t-il dans l'intervalle et ensuite ? Nous ne le savons pas mais une chose est sûre : bien peu de candidats prendront le risque de mécontenter ou d'effrayer ceux qui détiennent quelque patrimoine. On dira beaucoup en laissant entendre que l'on fera peu. On proclamera que l'on a révolutionné un domaine archaïque sans l'avoir pourtant effleuré. Quand la règle d'or est de ne pas déranger les intérêts d'une minorité influente, le politique n'ose plus rien.

Taxer pour quoi et comment taxer ? L'état de nos finances publiques en France justifie que l'on essaie d'augmenter les recettes tout en diminuant les dépenses. La taxation de la seule détention d'un capital a montré ses limites : des ménages modestes se sont trouvés assujettis à l'ISF du jour au lendemain, atteints par la spéculation sur les biens immobiliers. Propriétaires d'une maison bien située, ils sont devenus riches sans l'avoir vraiment cherché. En excluant la résidence principale de l'ISF, on résout certes le problème. Le faire aussi pour une résidence secondaire plairait à quelques-uns mais nuirait à tous ceux qui peinent déjà à se loger. Une voie plus prometteuse, semble-t-il, est de poursuivre et d'amplifier une politique plus ambitieuse en matière de construction et de rénovation de logements pour tenter d'enrayer la montée des prix de l'immobilier. Restent des questions : sommes-nous certains que l'embellie immobilière ne soit due qu'à la faiblesse de l'offre ? D'où vient la poussée de la demande de logement ? Est-elle inéluctable ?

Le projet France2022 va plus loin : il soutient l'idée déplaisante que notre pays n'a aucun intérêt à se lancer dans une course aux constructions nouvelles de manière inconsidérée. Déplaisante parce qu'elle semble nier a priori la nécessité d'augmenter le parc immobilier, comme si nous contestions au fond le principe intangible du "toujours plus" ou de la "forte croissance". Comme si nous cédions aux sirènes du malthusianisme alors que nous souhaitons, au contraire, que l'Etat soutienne la croissance de la population française et par conséquent du secteur de la construction (et de la rénovation) mais de façon prudente et donc sans omettre une donnée fondamentale : les résidents français ont été peu à peu "chassés" de leur habitat d'origine.

Ainsi en va-t-il de Paris intramuros, capitale dans laquelle la densité de population a évolué de manière surprenante : alors que quelques arrondissements de l'ouest et du nord parisiens ont vu leur densité de population croître, d'autres arrondissements ont perdu un très grand nombre de résidents (au profit d'occupants temporaires ou de fonds de garantie). Ce "mouvement" des résidents reste caché si l'on s'en tient à une approche globale qui agglomère les données de tous les arrondissements : on dira que Paris se vide "un peu" de ses habitants permanents alors qu'en réalité, des arrondissements étendus en superficie sont bien plus densément peuplés qu'autrefois (1872) tandis que des arrondissements moins étendus sont beaucoup moins densément peuplés (qu'en 1872).


Un simple calcul au résultat saisissant donnera au lecteur la mesure de l'ampleur du phénomène et pourra l'inciter à creuser un thème majeur de l'époque contemporaine : la question du logement puis celle de l'utilisation des locaux disponibles. Si vous calculez le nombre potentiel de résidents sur tout le territoire de la métropole française en prenant comme base la densité de population de l'arrondissement le plus densément peuplé en 1872 soit 76 656 habitants au kilomètre carré dans le troisième arrondissement de Parisce (source wikipédia), vous obtenez un peuplement de toute la France supérieur à 40 milliards d'habitants (76 656 * 550.000) !

Dans certaines régions touchées par la récession économique, les promoteurs ont constaté que l'offre de logement ne trouvait pas suffisamment d'acquéreurs tandis qu'en région parisienne, où la population afflue à la recherche d'un bassin d'emploi solide, la pénurie de logements s'accentue alors même que Paris intra muros a pu abriter, par le passé, beaucoup plus de résidents qu'à l'heure actuelle dans certains arrondissements (cf. le paragraphe "répartition de la population" sur Wikipédia).

L'Ile de France fait un effort de construction immobilière mais dans une direction dangereuse pour notre territoire : couverture de terrains à vocation agricole par des bâtiments peu élevés. Nous reviendrons ultérieurement sur la gravité de cette situation pour concentrer notre attention sur une donnée oubliée : la population française dispose aujourd'hui d'un parc immobilier sous occupé et dont la propriété est mal distribuée. Pour corriger l'aménagement parfois anarchique de notre territoire et la disparition de sols d'intérêt général (terres agricoles ou terrains libres de toute construction dont l'artificialisation excessive pose de graves problèmes économiques, sociaux et environnementaux), le projet France2022 défend la mise en place d'un calcul du taux d'occupation des logements. Ce taux sera un facteur à prendre en compte pour l'octroi des permis de construire et il entrera dans le calcul de l'imposition patrimoniale.

Pour éviter une complexité qui entraînerait l'irritation des citoyens et l'inefficacité de l'administration, le calcul du taux d'occupation ne cherchera pas l'exactitude absolue mais une approximation de bonne qualité. Dans sa déclaration annuelle de revenu, chaque foyer fiscal fera état des biens immobiliers dont il aura été propriétaire et/ou locataire dans l'année et il indiquera à l'administration la fraction d'occupation du foyer sur chacun de ces biens. Comme pour l'heureuse (pas pour tout le monde ...) disposition concernant les revenus, cette déclaration sera pré-remplie à l'aide de données collectées par d'autres voies : déclarations locatives au niveau municipal notamment.

Il ne faudrait pas s'enthousiasmer ou se raidir trop vite à la lecture d'une telle proposition : l'essentiel n'est pas dans le calcul d'un taux, aussi parfait soit-il. Dans un monde où nous prenons conscience des limites de nos ressources, nous ne parviendrons à une meilleure adéquation des besoins et des produits disponibles qu'à la condition d'augmenter notre connaissance des emplois des biens déjà existants. Atteindre un objectif aussi ambitieux demande d'établir des priorités. Le logement et l'immobilier en général (bureaux et établissements scolaires), est certainement la priorité n°1. Les moyens de transport constituent la priorité n°2.

A partir d'une connaissance plus fine de l'emploi du patrimoine, il devient possible d'établir une règle de taxation qui pénalise le sous-emploi et allège l'imposition des emplois au-dessus d'une norme de référence. Il s'agit donc d'abord de fixer l'orientation principale de la fiscalité patrimoniale : non pas un moyen de combler les caisses d'un Etat dispendieux ou imprévoyant mais un outil de régulation des fortunes qui limitent l'accumulation abusive des biens immobiliers par les uns et l'appauvrissement du plus grand nombre. Nous entendons ici fortune comme le rapport entre la possession et l'usage (et un usage qui soit une occupation effective en excluant donc un usage spéculatif du bien ou même l'usage de ce bien comme fond de garantie).

Pour donner une idée rapide de la fiscalité envisagée, on peut la présenter comme une taxation du rapport mètres carrés occupés (dans le temps) sur mètres carrés disponibles (dans le temps). Ce premier volet d'imposition a pour but de restreindre la disparité des taux d'occupation et les écarts entre les foyers fiscaux d'une part et les régions françaises d'autre part. Un second volet fiscal, fondé sur la taxation des revenus des biens immobiliers, aura pour objectif de limiter la hausse abusive des loyers. Il sera construit sur des effets de seuil visant à décourager un propriétaire de franchir des limites déraisonnables. Pour accroître l'efficacité du premier volet, le second volet peut tenir compte du taux d'occupation : plus l'emploi est faible, plus le propriétaire est autorisé à dépasser les limites ; plus l'emploi est fort, plus ce dépassement est contenu.

Toute personne informée des questions vitales pour une société avancée comme la nôtre comprend, en filigrane, que de telles dispositions ont d'autres buts (et pas seulement écologiques dans un sens étroit voire malthusien) : la France ne dépassera la crise actuelle qu'en se distinguant par une politique largement en faveur de la vie et, par conséquent, qui favorise l'accueil des enfants, des vieillards, des jeunes foyers et des familles. Il serait vain d'ailleurs d'augmenter ou de modifier l'imposition du patrimoine si l'on renonçait à en faire une arme contre la désespérance ou la morosité ambiante : on ne ferait qu'alourdir les charges des uns sans alléger celles des autres. Concrètement, il nous faut parvenir à un dispositif qui réduise les contributions locatives d'un foyer fiscal qui s'enrichit de la venue d'une personne, qu'elle soit âgée ou qu'elle babille. En bref : dès que le taux d'occupation d'un logement augmente, son loyer ... diminue par compensation fiscale.

Après ce rapide tour d'horizon, il nous faut creuser la question de la fiscalité patrimoniale en déplaçant le sujet : le principal enjeu, même s'il paraît crucial aujourd'hui, n'est pas de remplir des caisses publiques vidangées, il n'y pas d'autre terme, par des politiques irresponsables. La question de fond est celle-ci : sommes-nous prêts à inscrire la question patrimoniale au coeur de la complexité moderne ? Sommes-nous prêts à utiliser les moyens techniques nouveaux pour améliorer notre connaissance du patrimoine privé et public des Français ? Et cela, non seulement à propos des stocks et des flux mais également des emplois. Sommes-nous prêts à lutter contre le réflexe stratégique de tout corps qui se sent menacé : cacher une partie de ses ressources et de ses revenus, jouer sur ses déclarations pour éviter d'être déplumé. Réflexe animal, sinon humain, qui pousse au mensonge alors que le gouvernement d'une société de plus en plus complexe demanderait au contraire un surcroît et même un sursaut de vérité. De la qualité de la déclaration patrimoniale, de sa conception jusqu'au recueil des informations, dépend pour une bonne part le salut de nos finances publiques trop souvent pilotées sur la base de flux et ne s'intéressant aux stocks que d'une manière maladroite et peu efficace (ISF). Au bout du compte, la paix et la prospérité en France résulteront de l'effort sans précédent que nous voudrons bien consentir pour améliorer notre connaissance solide (et donc aussi exacte et exhaustive que possible) des biens que nous possédons, que nous employons et que nous détruisons. Notons à ce propos et au sujet d'un thème critique pour une conscience encore éveillée que la destruction d'enfant avant le terme de leur naissance est l'un des maux dont les conséquences sont redoutables. Les sociétés qui l'ont pratiquée depuis plusieurs décennies finissent par en mesurer le poids écrasant (la dictature du parti en Chine notamment).

Avant même d'envisager de nouvelles taxes, de nouvelles niches, ... nous aurons à toiletter et à réformer tout ce qui limite la connaissance vraie de la situation patrimoniale des corps de la République. Il conviendrait donc de parler d'abord de la "réforme de la déclaration patrimoniale" en la détachant de "la réforme de la fiscalité patrimoniale" même si les deux réformes sont évidemment liées.

Paragraphe ajouté après septembre 2011 :


Ne pas améliorer la connaissance patrimoniale avant de réformer le système de prélèvement c'est prendre le risque d'adopter des mesures inutiles et nuisibles comme le révèle l'analyse fine des conséquences de décisions fiscales hâtives, mal pensées et finalement contre productives. Cf. par exemple : http://www.atlantico.fr/decryptage/plan-rigueur-immobilier-classes-moyennes-174339.html


L'enseignement en deuil

Une grande figure des lettres françaises, de l'Université et de l'Académie vient de nous quitter. Dès 1984, Jacqueline de Romilly tirait l'alarme en écrivant : "L'enseignement en détresse". Depuis, nous ne comptons plus le nombre d'ouvrages parus qui s'inquiètent de l'état de notre système éducatif. Nous n'entrerons pas ici dans une discussion des multiples thèmes qui tissent les diagnostics portés. Avant guerre, l'un de nos plus éminents philosophes, Jacques Maritain, indiquait déjà dans sa "Philosophie de l'éducation" les piliers d'une instruction fondées non seulement sur l'étude des sciences mais aussi des humanités classiques. Si nous avions entendu son appel venu d'Outre Atlantique, Jacqueline de Romilly n'aurait pas eu à faire part de son inquiétude.

En rapprochant la disparition de notre brillante helléniste à 97 ans, la poursuite de la carrière du professeur Luc Montagnier en Chine à l'âge de 78 ans et l'actualité encore tiède des retraites, nous allons proposer d'ouvrir un autre chantier capital : le recrutement et la carrière des enseignants.

Nous avons rappelé ailleurs qu'un des principaux obstacles à l'amélioration de l'éducation des jeunes résidait dans la désertion et la division des adultes. En ces temps de vaches maigres pour les finances de l'Etat, la tentation la plus forte est de vouloir réduire, coûte que coûte, le poids des fonctionnaires. Nous répondons par un paradoxe : diminuons la charge financière mais augmentons, sans tarder, le nombre des acteurs. Nous ne sortirons pas du marasme actuel sans un effort accru et renouvelé en direction de notre jeunesse. L'Etat pourrait choisir de se désengager et de laisser le champ de l'éducation occupé par des initiatives privées. Ce n'est pas cette voie que soutient notre projet présidentiel. Les plus féroces partisans d'un enseignement libéré du joug de l'Etat devraient se souvenir que de nombreuses écoles privées ne tiendraient pas sans deniers publics.

Notre proposition a pour but d'augmenter la présence des adultes auprès des jeunes, de diminuer les coûts salariaux du corps enseignant, de régler une partie de la question des retraites, de réduire le chômage en France, d'améliorer enfin l'orientation et l'éducation.

Première mesure : l'entrée et la sortie des enseignants dans notre système éducatif seraient retardées. L'âge minimum pour exercer ce métier devrait dépendre de plusieurs facteurs, le principal étant la situation de l'emploi en France (ou dans chacune des cinq provinces). Au niveau actuel de sous-emploi et à titre indicatif, l'âge minimal serait compris entre 35 et 40 ans et l'âge maximal entre 70 et 75 ans. Dès qu'un enseignant peut percevoir sa retraite, il n'est pas tenu de quitter toutes fonctions d'enseignement : il peut continuer à exercer et il perçoit alors un complément de revenu.

De prime abord, vouloir diminuer les coûts salariaux en proposant une entrée tardive des personnels dans l'enseignement relève de l'utopie. A moins qu'une modification de la pyramide des âges et de la composition du corps enseignant n'entraîne une amélioration sensible des résultats scolaires. Ce qui reste à prouver. Isoler la première mesure d'un ensemble de réformes scolaires ne permet pas d'y voir clair. Le lecteur indulgent et patient - il en existe - comprendra que l'on se contente ici d'énumérer les avantages attendus.

Il ne nous paraît pas naturel, c'est le mot le plus doux, qu'un adulte n'ayant jamais exercé une profession ou encadré des jeunes pendant plusieurs années dans un mouvement associatif, un club sportif, un atelier artistique, ... se trouve catapulté auprès d'enfants et de jeunes comme maître, professeur, éducateur, entraîneur ou patron. Cela ne signifie pas, évidemment, que tout jeune professeur dans le système actuel, se trouve condamné à errer, à balbutier, à échouer. Il existe même des enseignants qui, sans être encore trentenaires sont excellents. La valeur n'attend pas le nombre des années dit-on. C'est une question de talent, de travail, de vocation. Imposer un âge minimal d'entrée dans la profession enseignante ne doit donc pas exclure une dérogation pour qui se sentirait suffisamment préparé et armé pour conduire plusieurs diligences d'une trentaine de chevaux sauvages.

Une des premières choses que découvre un adulte en dehors de l'enseignement c'est la difficulté d'une conduite honnête d'affaires prospères dans le monde ou l'exigence d'un engagement bénévole : en tous lieux, le fort essaie d'abuser de sa force, l'habile parvient à tromper le maladroit, le voleur s'empare des biens d'un autre, le prédateur exploite le cheptel de ses proies. Une fois rendu dans l'enceinte d'un établissement, il ne s'étonnera guère d'avoir affaire à des chenapans, d'avoir à exercer une vigilance de chaque instant, d'avoir à éduquer plus qu'à instruire.

Un point essentiel ne manquera pas alors d'attirer son attention : seules résistent au déferlement du mal, les communautés d'adultes profondément soudées par un idéal fort et dense. Il s'agit bien de résistance et non de réussite : la santé insolente de quelques sociétés prédatrices n'abuse pas l'intelligence de celui qui connaît le prix de certaines victoires. De même que les exploits sportifs obtenus à longueur de stupéfiants ne sauraient faire illusion. Instruit par l'expérience de la dure réalité d'un monde où le mensonge tente d'imposer sa loi, le professeur ne redoutera plus d'être sévère à l'égard de tous ceux qui balaient toute vérité d'un revers de la main. La note, aussi humiliante et aussi imparfaite soit-elle reflète une réalité qui n'est pas seulement traumatisante. Elle fournit le point de départ d'un diagnostic qui jettera parfois une lumière assez crue. L'échec scolaire d'un élève manifeste bien l'inadéquation d'un mode d'enseignement et d'un contenu à ses aptitudes. Si l'élève doit tenter de réveiller ses forces les plus vives, les acteurs eux-mêmes doivent accepter que le système soit réformé.

L'enseignant qui a exercé une profession ou qui a eu des responsabilités associatives en dehors de l'éducation nationale sait qu'une entreprise, une association qui ne fait pas sans arrêt l'effort d'être performante (honnêtement) et de s'adapter aux conditions changeantes de son environnement tout en maintenant vaille que vaille ses fondamentaux les plus sûrs se trouve rapidement laminée par le rouleau compresseur de la concurrence, de la mode ou des lubies inventées par telle ou telle discipline prétendument scientifique. On peut juger cela complètement absurde et tirer sur le monde à vue, on peut vouloir la révolution, ... mais c'est ainsi. Plutôt que d'endormir ses élèves par un discours rassurant ou lénifiant, l'enseignant aura à coeur de préparer ses élèves au combat titanesque de la vie. Aujourd'hui comme hier, plus qu'hier, il ne suffit pas d'être talentueux. Il faut beaucoup et bien travailler. Non pour "gagner plus" mais tout simplement pour vivre dignement. Non pour "gagner sa vie" mais pour être capable de la donner pour ceux que l'on aime.


Un an après


Plusieurs années après l'ouverture de cette tribune, il est temps de revoir les messages déjà publiés pour étoffer et consolider le projet. Voici la méthode et les règles qui seront suivies pour cette révision :

1. Quand un élément aura été ajouté à un message existant, il sera signalé par la couleur bleue dans une nouvelle version du message (version 2).

2. Pour éviter les surcharges, les éléments supprimés ne seront pas indiqués : ils pourront être retrouvés par rapprochement de la version 2 et de la version 1.

3. Pour éviter l'excès des répétitions et les anachronismes, un message ne passera en version 2 qu'à la condition d'avoir fait l'objet de modifications substancielles ou d'ajouts inconcevables lors de la première rédaction : référence à un livre non encore publié ou à un événement postérieur, ... Nous nous garderons d'ajouts qui pourraient donner l'illusion d'une préscience de l'avenir. Si certains passages ont une allure prophétique, ce ne peut être au sens de la prédiction du futur : il s'agit plutôt d'une annonce intemporelle.

Principe de caducité des lois


Le projet France2022 prévoit d'introduire un principe de caducité des lois, fondé sur les conditions de leur approbation par le Parlement, sur leur champ d'application et sur tout autre élément pouvant apparaître d'intérêt public majeur. Au lieu de se plaindre sans cesse de la multiplicité des textes, de l'impossibilité de mettre de l'ordre dans un arsenal de plus en plus fourni voire contradictoire, de rouspéter parce que certains textes n'en finissent pas d'attendre les décrets d'application, nous pouvons favoriser un nettoyage automatique des lois françaises en mettant en place la validité temporaire d'une partie des lois. Aujourd'hui, une loi court tant qu'elle n'a pas été abrogée. Demain, une loi caduque arrivant au terme de sa date de validité devrait être soumise à un nouveau vote après amendement éventuel pour être encore en vigueur.

Il n'est pas question ici d'entrer dans le détail d'un tel changement mais simplement d'en indiquer les motifs principaux. Dégraisser automatiquement n'est pas un argument suffisant. La raison fondamentale tient surtout à la volonté d'éliminer des textes de circonstance, passés en force sous la pression de groupes organisés qui ont réussi à obtenir satisfaction grâce à des bancs parlementaires clairsemés et grâce à de très courtes majorités. Si l'on peut fort bien concevoir que cette facilité soit maintenue pour éviter un enlisement des procédures d'adoption ou pour répondre à des situations d'urgence, il n'est pas raisonnable, il est même nuisible qu'elle permette de promouvoir ad vitam aeternam des dispositions qui n'ont pas réuni un large consensus.

Ce principe de caducité serait d'autant plus fermement appliqué qu'il concernerait des domaines sensibles. Nous pensons notamment au domaine bioéthique, au Code civil ou au Code pénal. Les lois remettant en cause des pratiques anciennes seraient également soumises au principe de caducité. Rien n'empêcherait enfin de prolonger la durée de validité des lois ayant donné la preuve, à l'usage, de leur grand intérêt.

Baptême et politique



Ce jour-là, nous fêtions Saint Rémi. Ce fut l'occasion pour nous de protester sans violence mais avec détermination contre certaines tendances et même dérives de la politique européenne. L'agenda européen en était l'une des manifestations les plus récentes : mention des fêtes non chrétiennes et omission des fêtes chrétiennes. Pour le moins curieux. Il ne manque pas d'intelligences assez compliquées pour justifier cette asymétrie. Laissons-les à leurs complications sans entrer plus avant dans des considérations alambiquées. Agissons plutôt avec simplicité en accueillant au jour le jour ce que nous propose les calendriers du catholicisme romain, orthodoxe ou oriental. C'est une mine d'or à ciel ouvert où l'extraction des pépites hors de prix est à la portée de tous, sans danger, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

La mémoire de Saint Rémi sera pour nous le prétexte d'une réflexion sur le sacrement du Baptême et sur ses implications politiques. Cela dans un esprit qui ne cherche pas des correspondances étranges mais des liens inédits. Non pour le seul plaisir d'une spéculation intellectuelle - ce qui n'est pas défendu - mais pour mettre sur la table quelques pierres précieuses dont l'aspect grossier ne découragera pas les plus habiles et les plus entreprenants : ce que le travailleur de la mine extrait a toujours pâle figure pour l'oeil non exercé. Sans l'imagination du tailleur, le joyau reste caché sous la gangue. Sans le travail expert du joaillier, le rubis, le saphir, l'émeraude ou le diamant n'atteint pas la plénitude de son éclat. Le lecteur patient, curieux et conscient des enjeux politiques comprend qu'un projet présidentiel ne parvient pas à rayonner comme joyau de politique pure sans l'intervention de spécialistes de politique politicienne et, plus fondamentalement encore, sans la participation enthousiaste, critique et tenace de tous les citoyens qui ont la volonté d'apporter leur contribution, aussi modeste soit-elle, au travail incessant que requiert la marche d'un pays, sa régulation, son entretien, son développement, ...

Le mot "baptême" a conquis quelques territoires de notre langue : baptême du feu, baptême de l'air, baptême de plongée, ... rappelant à ceux dont la mémoire faiblirait que les racines chrétiennes de la France existent et qu'elles n'ont pas cessé de vivre. Ces racines se sont développées en croissant et en se ramifiant. 

"Baptême" indique un commencement, un franchissement de seuil, un passage, une entrée, l'intégration dans un corps, ... Cette sémantique, aussi riche soit-elle, risque d'occulter les profondeurs vivifiantes du Baptême chrétien : plongé dans les eaux de la mort avec le Christ, le baptisé ressuscite avec Lui ; risque aussi de faire perdre de vue qu'au jour de son Baptême, le rejeton sauvage se trouve greffé d'un double point de vue : il devient membre du Corps du Christ et il est établi comme celui qui porte une triple greffe. Son intelligence, sa mémoire et sa volonté ont désormais la capacité de produire des fruits qui n'ont plus l'amertume et l'acidité des productions sauvages. A tout homme de bonne volonté est offert la double possibilité de devenir nourrissier par ses oeuvres spirituelles et matérielles aussi bien que d'être l'hôte servi et rassasié par celui qui l'accueille en ami comme un frère au banquet d'une république où chacun est, tour à tour, maître et serviteur.

L'intelligence non greffée a la capacité d'être vive, forte, puissante comme le sont les arbres qu'aucune main d'homme n'a plantés. L'intelligence non greffée peut se répandre à profusion, surprendre par l'ampleur de ses recherches et de ses vues. Il lui manque pourtant cette lumière qui lui permet d'éclairer les êtres et les choses de l'intérieur. Non greffée, elle peut avoir la précision du laser mais elle conserve cette froideur qui la rend incapable de réchauffer et de consoler. Sans le secours du Baptême, elle chevauche les steppes de la connaissance avec impétuosité pendant le jour et perd courage dès que vient la nuit : elle redoute l'obscurité. Les mystères l'intriguent et la stimulent. Leur épaisseur la renvoie à ses fragilités et à ses limites.

Le sacrement du Baptême greffe l'intelligence sans détruire sa nature initiale, sans anéantir sa vigueur. En lui apportant le don de la foi en Jésus-Christ, il lui permet de se déployer sur un plan surnaturel. Ses fruits auront désormais le parfum et la saveur, la consistance et la structure qui nourrissent plus parfaitement ceux qui les reçoivent et leur communiquent le désir, la force d'être à leur tour, disciples et apôtres.

Sur fond de paganisme, les critiques contre l'intelligence greffée nous révèlent en creux ses principales forces : on lui reproche son obéissance voire sa docilité, son attachement à des maîtres et même sa fidélité. Tout ce qu'un détracteur bien au chaud et bien à l'abri finira par reprocher au chien de la ferme : ses qualités essentielles lui paraîtront toujours inférieures à celles de la bête sauvage en liberté. Il n'a cure que l'homme soit un loup pour l'homme du moment qu'il se trouve épargné.

Pour celui qui redoute d'être à l'image de l'agneau de Dieu, jusqu'au sacrifice de sa vie, le réconfort vient du rappel ou de l'annonce qu'il reçoit au jour de son baptême une autre grâce : celle de se conduire en berger. Nous sortons alors d'une opposition simpliste, sur le plan animal, entre vie sauvage et vie domestiquée. Même si la mort physique semble mettre fin à son chant de louange, son action ne s'arrêtera pas en cet instant mais se prolongera et s'intensifiera au fil du temps. Le berger non mercenaire risque sa vie pour ceux qui lui sont confiés. Il croit que sa disparition ne signifie pas la fin du monde. Un autre se lèvera pour prendre sa suite. Vouloir opposer l'obéissance du disciple et le courage supposé du libre penseur est donc stérile. Nul n'est plus libre que l'homme détaché de sa propre vie. En devenant un modèle d'abnégation, il suscite chez d'autres le goût de l'aventure et la force d'avancer en dépit des contradictions.

En offrant à l'intelligence la possibilité de naviguer sur un plan surnaturel, le baptême lui donne de situer toutes choses dans une perspective eschatologique : la fin ne justifie pas les moyens mais les ordonne en vue d'un accomplissement qui transcende ce que les yeux perçoivent. Ne se souciant plus des apparences factices, l'intelligence baptisée se trouve libérée des entraves qui assujettissent l'intelligence sauvage cherchant d'abord à plaire, quitte à user d'artifices. Elle est rendue à son devoir naturel : éclairer tout l'être et pas seulement ses facettes plaisantes mais, toujours, sur fond de miséricorde.

Interventions de l'Etat


En poussant au maximum le principe de subsidiarité qui donne aux instances locales - nouvelles municipalités de grande dimension et cinq provinces seulement - les moyens de gouverner leur territoire, nous obtenons un Etat central qui se concentre sur les missions nationales avec plus d'énergie et d'imagination et qui, libéré des soucis de la gestion quotidienne des affaires intérieures, se préoccupe davantage des questions internationales et européennes, c'est-à-dire de tout ce qui conditionne les actions locales et intérieures. 

Une présentation aussi schématique ne doit pas faire illusion : il est clair que les jeux (géo)politiques intérieur et extérieur sont interdépendants mais il y a au moins deux façons d'envisager leur interaction. La première consiste à faire en sorte que ce soit les mêmes acteurs qui s'occupent de tout. La seconde organise des rôles séparés et les confie à des personnes différentes en veillant à la coordination de l'ensemble. Nous avons déjà abordé cette question à propos des mandats électoraux et en prévoyant leur non cumul. Il nous faudra aller plus loin.

Déléguer le gouvernement des affaires intérieures aux nouvelles municipalités et aux nouvelles provinces n'est pas sans risque : corruption, clientélisme, défauts de coordination, ... Avec les possibilités de contrôle automatique dont nous disposons en 2010, ces risques peuvent cependant être contenus.

Si l'on comprenait la nouvelle organisation territoriale proposée comme une tentative d'affaiblissement de l'Etat français, on passerait à côté de l'un de ses objectifs majeurs : donner au contraire à l'Etat des fondations locales plus solides qui lui permettent de résister, le cas échéant, à toute vélléité de dissolution des Etats au sein de l'Union européenne. En particulier, il nous paraît essentiel de subordonner l'application de certaines directives européennes à l'approbation unanime des cinq provinces françaises définies dans la nouvelle organisation.

Le principe de la subsidiarité doit s'appliquer non seulement pour les différents niveaux de gouvernement mais s'étendre aussi à l'ensemble des corps intermédiaires : familles, associations, entreprises, ... Le projet récuse en effet et vise à contrecarrer le double mouvement général qui s'est instauré peu à peu en France : d'une part, un Etat central omniprésent et d'autre part un affaiblissement de ce même Etat, laissant le champ libre à n'importe quel intérêt privé assez puissant pour dire "zut" à l'Etat quand cela lui chante. Ce double mouvement amplifie le désarroi des Français : quand une situation empire ou paraît empirer, les citoyens français concernés ont l'impression d'être balotés par des courants qui échappent à tout contrôle. Cela ne fait alors que renforcer la tendance actuelle et partagée par beaucoup qui consiste à rechercher un bouc émissaire facile dès qu'une crise apparaît. Le comble est atteint quand l'Etat devenu impuissant se trouve sur le banc des accusés, quand des citoyens mécontents ne se rendent plus aux urnes et saisissent n'importe quel prétexte pour descendre dans la rue.

La décentralisation amorcée depuis 1982 n'a fait que prolonger un mode de gouvernement général qui tend à dépouiller chaque corps intermédiaire de ses prérogatives "naturelles" et à l'accuser à tort dès que rien ne va plus le concernant. On atteint le summum de l'intrication quand l'accusé, lui-même, ne trouve pour seule défense que d'accuser un autre corps intermédiaire. En 2010, nous sommes rendus en un point où la pelote de la société semble bourrée de noeuds en tous sens et où l'on risque, faute de mieux, d'être tenté de tirer brutalement et très fort pour démêler le tout.

Il faut noter également que les régions et mêmes les conseils généraux actuels se sont crus investis soudain d'une vocation internationale et ... roulez jeunesse : un tel crée des maisons, un autre des "ambassades", ... et puis quoi encore ? Non seulement chacun expérimente en apprenti sorcier mais chacun tend à rouler pour son propre compte. Sans le dire et en faisant comme si cela était sans importance, on a mis en place un jeu où s'instaurent des rapports de force entre provinces et pouvoir central. Que certains tirent leur épingle du jeu en s'appuyant sur leurs atouts, pourquoi pas au fond ? " Où est le mal ? " diront certains. "Et d'ailleurs, n'est-ce pas une chance pour les territoires dynamiques de pouvoir ainsi s'affranchir de la tutelle du pouvoir central ?". Certains pensent qu'il est préférable de défendre des couleurs locales, un pavillon régional, pour limiter les risques que fait courir une image nationale détériorée. Le jour où le pouvoir central sera exsangue financièrement, on pressent le retour des pratiques féodales et on imagine, flottant aux quatre coins du monde, les étendarts des régions les plus conquérantes et prospères. Cela ne serait-il pas le sens de l'histoire : montée des libertés et des capacités des personnes morales et physiques ? Un citoyen ordinaire en pleine possession de ses moyens en 2010 ne dispose-t-il pas au fond, d'un pouvoir bien supérieur à celui de n'importe quel monarque des temps anciens : pouvoir d'influencer, de connaître, de se déplacer, d'informer, de communiquer ... ? Chacun n'a évidemment pas les moyens de construire Versailles ou de faire enfermer un rival (tant mieux !) mais que de progrès du potentiel d'action individuelle en quelques siècles. De quoi faire pâlir de jalousie le monarque le plus absolu ! Que dire alors d'une région française et de tous ceux qui détiennent de sucroît quelque pouvoir collectif ? La tentation n'est-elle pas devenue très grande de se prendre pour un dieu ?

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les différentes instances de pouvoir n'avaient pas pris les fâcheuses habitudes de dépenser plus qu'elles ne perçoivent. Pour éponger le déficit ou l'éviter, ces instances locales se tournent vers celles qui sont "au-dessus" quand les dotations sont au rendez-vous ou bien décident de ponctionner le citoyen ordinaire beaucoup plus que de raison comme cela est prévu dans les nouvelles orientations du budget national. Toutes n'agissent pas ainsi fort heureusement : des maires vigoureux ont su réduire l'endettement de leur commune. La tentation reste forte néanmoins de se laisser aller au penchant le plus communément partagé : laisser filer les charges en reportant aux lendemains lointains le souci de couvrir les dettes accumulées.

Revenant au thème de ce message, nul besoin d'être grand clerc pour s'apercevoir qu'un pouvoir central qui est devenu incapable de contenir ses dépenses n'a plus aucune légitimité pour contrôler les frasques des pouvoirs locaux. Au mieux peut-il confier au pouvoir judiciaire le soin de poursuivre les plus mauvais élèves. En espérant ne pas tomber lui-même sous les coups de ce gendarme. Quitte à le corrompre ... Scénario noir, certes, mais pas si improbable. En bref : pour que l'Etat puisse de nouveau intervenir efficacement, il faut que le pouvoir central retrouve une bonne santé financière ... sans tuer la poule aux oeufs d'or c'est-à-dire sans ponctionner à l'excès les corps intermédiaires ou les citoyens encore assez riches pour éponger les dettes de l'Etat. 

Précisons que nous ne confondons pas ici la dette du pouvoir central et la dette de la France : notre pays a de beaux actifs. Cela ne doit pas nous endormir car l'affaiblissement du pouvoir central en cours depuis une quarantaine d'années, s'il plaît à ceux qui prônent le tout marchand et par voie de conséquence la destruction de toutes les barrières régulant les échanges de biens et de services, cet affaiblissement est le prélude à la disparition de toutes les défenses qui protègent l'homme de l'esclavage. Croire qu'une fois que le pouvoir central aura quasiment disparu, d'autres instances plus saines prendront le relais, c'est se bercer d'illusion : là où le sommet de l'Etat est défaillant s'installent des puissants qui prennent en main le pays pour servir leurs seuls intérêts. Et quand la misère générale finit par gagner tout un pays, seuls les braves et les humbles, en majorité ceux qui croient au Ciel, ceux qui sont de bonne volonté, répondent présents pour redresser la barre.