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mardi 9 mai 2017

France2022 : Quelle Europe pour demain ?



En forme de lettre ouverte 

et de réponse à Sylvain Tesson
(article paru dans Le Point :



En hommage aux penseurs grecs 

et en signe de gratitude à leur égard ...



Après l'Europe de la rente et du casino financier, quelle Europe pour demain ?

Construire la paix en Europe, un défi majeur, inventé et relevé avec brio par ses pères fondateurs et poursuivi avec zèle par leurs héritiers malgré des circonstances adverses et des conditions difficiles.

Circonstances adverses : un monde en feu de toutes parts où règne le plus souvent la loi de la jungle ; ici et là, des ennemis irréductibles de la liberté des peuples à disposer de leur destin, de la liberté tout court, des ennemis du christianisme ou du simple fait religieux, de la foi, de l'espérance et de la charité ... ; au sein même de l'Europe, des opposants farouches à toute vraie liberté, celle qui ne réside pas dans la multiplicité extravagante des choix mais dans des prises de décision assumées et des engagements fermes qui résistent à l'usure et à l'épreuve du temps !

Conditions difficiles : une histoire commune tissée de conflits incessants sur fond de barbarie, une multiplicité de langues, une grande diversité de cultures, d'organisations politiques, des intérêts convergents et divergents, des rancunes, des a priori, des tonnes d'incompréhension et de méconnaissance mutuelles ...

Au bout du compte, un projet exaltant qui tourne hélas au profit exclusif d'un petit nombre même si beaucoup ont pu, à un moment ou à un autre, bénéficié d'une construction audacieuse, inimaginable quelques décennies plus tôt. Tous n'ont pas eu, hélas, cette chance car certains héritiers des pères fondateurs de la communauté européenne d'intérêts ont construit une fausse paix, une paix selon l'esprit du monde. Certes, une grande partie de l'Europe n'a plus connu de guerre apparente depuis un moment mais tandis que les pays européens évitent enfin de s'affronter militairement, ils continuent à le faire sur d'autres plans. Pire encore, de très nombreuses personnes sans défense sont aujourd'hui victimes de ces combats et de tous les coups bas qui sont portés à ceux qui n'ont pas les moyens de se faire entendre, de faire valoir leurs propres intérêts ou besoins. 

Au bout du compte, un vaste territoire qui fait beaucoup d'envieux, qui attire une foule immense venue des quatre coins de l'horizon tandis que l'Europe est en train de se suicider pour s'être installée dans un confort qui exclut les jeunes pousses, pour être redevenue une sorte d'empire romain en déconfiture et même un théâtre ouvert à toutes sortes de barbaries. L'Europe, ensemble géographique avant d'être un espace géopolitique, lieu de mémoire plus que d'avenir semble-t-il, ... terrain convoité, admiré et honni, jalousé, détesté et envié, ... qui peine à se défendre puisqu'il paraît s'échiner à devenir indéfendable sur quantité de sujets.  

Sur la paix enfin établie entre des peuples qui avaient passé leur temps à se battre pour asseoir leur souveraineté s'est construit un patrimoine d'une valeur inestimable, un STOCK qui, à lui seul, justifie la force d'une monnaie commune, l'EURO. En temps de paix, nul besoin d'or (voir à ce propos l'histoire époustouflante et rocambolesque de l'évasion du trésor de la Banque de France en 1940) pour garantir la valeur de la monnaie : le stock des biens est une garantie suffisante mais ce stock a de plus en plus besoin d'être protégé, défendu contre tous les prédateurs. Ce stock a également besoin d'être entretenu, embelli, admiré, transformé, rendu effectivement disponible et accessible pour tous ceux dont une partie de l'existence est conditionnée par l'usage de ce stock ...
 
Premier défi et non des moindres : faire comprendre aux pacifistes de tout poil, dont quelques-uns sont prêts à user de violence, que le trésor européen a besoin d'une défense très très solide ; que la France et l'Angleterre n'ont pas à porter seules, ou presque, tout le poids de l'effort de défense d'ordre militaire ; qu'il est grand temps que tous les pays européens coopèrent à la défense d'un continent qui recèle des trésors, en veux-tu en voilà ! Défense tous azimuts : militaire, douanière, policière ... certes mais pas seulement et loin s'en faut : défense juridique, fiscale, économique, financière, ..., philosophique, littéraire, artistique, théologique, spirituelle, ...

Deuxième défi : faire comprendre à tous les citoyens européens et en particulier aux (fausses comme aux vraies) élites qu'une défense solide des biens commence par un respect de toute vie humaine, par une défense vraie du fruit des entrailles de toute femme car défendre des biens matériels, des positions terrestres ou maritimes, des trésors immatériels ... n'a de sens qu'en vue de leur usage par des personnes. Tant que l'Europe se montrera aussi hostile, dans les faits et juridiquement, au prodige de l'enfantement dès sa conception, aucun effort de défense commune des biens (territoire, frontière, savoir-faire, biens meubles et immeubles) n'aboutira : si nous ne prenons pas la peine de sauvegarder l'essentiel, le plus précieux, comment s'étonner que tout le reste (frontières, biens de toutes sortes, patrimoine, salariés, vieillards, infirmes, ...) ne soit plus à l'abri du premier prédateur venu, que ce prédateur soit un patron ou un employé voyou, un politicien véreux, une multinationale ou une petite entreprise malhonnête, un géant ou un nain étatique sans scrupule, une plate forme d'ubérisation ou n'importe quel autre acteur économique opportuniste profitant de vides juridiques ou de négligences politiques coupables pour se développer au détriment des autres et pour exploiter à vil prix tout ce qui peut l'être ...  ?

Troisième défi : associer la Russie à cet effort de défense militaire mais aussi morale de l'Europe, sans négliger d'être en bons termes avec toutes les autres hyperpuissances, sans être non plus le vassal de l'une d'entre elles, sans croire enfin qu'il y aurait d'une part les nations en tous points irréprochables et d'autre part celles que l'on pourrait mettre au ban des nations. Sortir en somme d'un manichéisme d'un autre âge qui sépare le bon et le mauvais, le bien et le mal d'une manière si absolue qu'il lui faut un dieu pour chacun et qu'il ne reste plus la moindre latitude pour un progrès moral car à force de condamner sans nuances, on fait perdre aussi la hiérarchie des biens et l'on finit par appeler bien : liberté, droit, émancipation, autonomie, vie, vérité ... ce qui est mal : esclavage, usurpation ou imposture, égocentrisme, mensonge et mise à mort de l'innocent ou de l'infirme.

Quatrième défi : combattre avec la plus extrême vigilance tout ce qui conduit à l'exploitation des travailleurs, c'est-à-dire, au développement d'une économie de la rente abusive, du profit maximal immédiat, des coups boursiers, ..., d'une économie fondée sur la précarité des personnes et même des corps intermédiaires, dans laquelle ceux qui possèdent thésaurisent de plus en plus tandis que ceux qui n'ont que leur force de travail à offrir sont traités comme des esclaves, des pions interchangeables, une marchandise jetable à l'envi, au besoin, ... au gré des caprices d'un mieux installé ou d'un plus filou ...

Cinquième défi : tenir compte, enfin, de l'avis des peuples d'Europe qui en ont assez que leur soit imposé un modèle économique broyant les personnes pour enrichir ceux qui jouent avec l'argent des autres, la santé psychique, physique et morale de nos compatriotes ; ceux pour qui tout s'achète et se vend ; ceux qui ont décidé plus ou moins sciemment que toute personne est un matériau comme un autre ; ceux que fascine le tout marchand ou la gratuité sans contrepartie ; ceux qui ne conçoivent le travail qu'en terme de jeu ou moyen d'assouvir leurs passions tristes et ceux qui voient la société des hommes comme simple théâtre où peuvent se déployer les passions les plus sottes et les plus sordides pourvu qu'ils ne soient pas eux-mêmes affectés par les conséquences de leur déchaînement ...

Sixième défi : passer d'une logique de STOCK à une logique de FLUX mais sans négliger l'intérêt des stocks de grande qualité et donc sans se croire obligé de tout faire fonctionner en flux tendu, de tout régler à la minute !  puisque nul bien ne sort de nulle part et que toute valeur digne d'intérêt ne peut résulter que d'un travail de longue haleine, d'un labeur souvent invisible de prime abord et même, pour une part, quasi inconnaissable pour celui qui ne fait pas l'effort de l'expérimenter ou de le connaître de manière sensible. Retrouver en somme les vertus de l'enracinement, du temps long, de la lenteur exigeante, du silence d'un geste assuré car pétri de savoir-faire acquis dans la durée. Redonner à notre jeunesse et à nos aînés le sens du geste bien ajusté, qu'il soit mental ou physique ; développer en chacun le goût d'une synchronicité reposante au rebours de toutes ces actions trépidantes qui fatiguent et détruisent la capacité de sentir ce qui est bon pour l'homme.

Septième défi : développer davantage le principe de subsidiarité pour ne garder à l'échelon européen qu'une structure fédérale légère qui laisse chaque nation maître de tout ce qui peut relever de sa responsabilité et ne prend en charge que les éléments transnationaux. Corollaire : ne pas imposer aux Etats des contraintes qui entravent leur souveraineté, les enfoncent dans des crises ingérables, ... Ce principe de subsidiarité, s'il est bien inscrit dans le traité de Maastricht (1992) et consacré par celui de Lisbonne (2007) ne tient pas assez compte de la souveraineté des Etats membres sur certains points, notamment la monnaie mais, plus généralement, de la nécessité de proposer un cadre transnational assez souple pour que chaque pays de l'Union européenne s'adapte progressivement et sans désastre à une ouverture des frontières qui met en péril ce qui est fragile par nature (l'enfant à naître et ses parents) mais aussi pour des raisons historiques différentes dans chaque contrée (appareil industriel, législation commerciale, droit du travail, ...) comme ce qui devient fragile en raison même de cette ouverture (tel ou tel secteur économique, telle ou telle disposition protectrice, telle ou telle profession réglementée ...). C'est pourquoi le projet France 2022 prévoit un triple "rempart" (non pas une ligne Maginot donnant l'illusion d'une protection efficace) pour les corps intermédiaires : celui de la Nation, celui de la Province et celui de la Municipalité. A l'intérieur de chaque périmètre, toute disposition commune européenne doit pouvoir être amendée ou, plus exactement paramétrée voire calibrée, afin qu'elle produise des effets bénéfiques pour le plus grand nombre et non pas seulement pour quelques-uns (toujours les mêmes : les puissants, les arrogants et les orgueilleux ?) et, surtout, qu'elle n'engendre pas le malheur des plus fragiles : si un corps intermédiaire, une personne doit s'adapter à des changements vraiment inéluctables et prévisibles, elle doit pouvoir aussi compter sur un accompagnement sérieux pour y parvenir. On ne saurait tolérer, dans une Union digne de ce nom, que le non droit l'emporte, y compris par des voies légales hasardeuses (l'IVG par exemple) au profit de ceux qui, à un moment donné, se retrouvent en position de faire prévaloir une volonté destructrice de plus petit que soi, d'un gêneur jugé trop encombrant, d'un poids considéré comme trop lourd, d'un infirme catalogué comme incurable ...


Huitième défi : cesser de ruminer les difficultés inhérentes à toute construction d'envergure pour se tourner résolument vers des continents qui attendent une aide intelligente, bienveillante, efficace, humble ... de l'Europe à l'image du fonds présidé par Jean-Louis Borloo : Energies pour l'Afrique car c'est un fait indéniable que depuis les horreurs de la Première et de la Seconde Guerre mondiales, l'Europe, envahie d'un sentiment de culpabilité et censément montrée du doigt par tous les accusateurs qui oublient facilement leurs propres exactions, est devenue incapable de rayonner comme elle a pu le faire autrefois. [Point à développer longuement]. Il est grand temps que l'aide au développement en Afrique cesse d'être une course à l'échalote où chaque pays joue sa partition personnelle sans se soucier de savoir ce que fait son voisin. Les pratiques actuelles induisent gaspillage, corruption, retard, ... et deviennent ridicules si on les compare à celles d'un empire tel que la Chine qui s'implante à marche forcée sur le continent africain en faisant preuve de beaucoup plus d'intelligence et de cohérence que les Européens oeuvrant en ordre dispersé.

Pour relever ces défis, se souvenir à chaque instant que nous sommes tous handicapés. 

Pas un seul d'entre nous n'échappe à la condition de tout homme : blessé par le péché (et pas seulement originel mais aussi personnel), chacun d'entre nous avance en claudiquant, pense de manière imparfaite, agit parfois à contre sens, fait le mal qu'il voudrait éviter ou omet de faire le bien pourtant à sa portée. 

Tous infirmes dans l'ordre de la foi, de l'espérance (désir d'un bien futur, difficile mais possible) et de la charité, comment pouvons-nous admettre que l'Europe qui se pense et se dit civilisée tolère sur son sol ces lieux où sont assassinés, jour après jour, une multitude d'êtres en gestation qu'une vue à court terme condamne au bûcher. En raison même de notre infirmité ou par manque de courage ?

Comment l'Europe qui s'enorgueillit de l'abolition de la peine de mort pour les criminels peut-elle tolérer la condamnation de tous ceux qui, dès avant leur naissance, sont exterminés pour de multiples raisons sans fondement solide, pour des motifs le plus souvent calamiteux dont quelques-uns relèvent d'un eugénisme d'un autre âge ? A cette aune-là, aucun d'entre nous ne "mériterait" de naître : l'un devrait être exécuté pour sa jalousie maladive, l'autre pour son orgueil censément imbécile, ... tel autre pour sa paresse indécrottable, ... un autre encore pour son infortune ou bien pour le poids de ses échecs, de ses méfaits, de ses infidélités, trahisons, mensonges, abandons, injustices, reniements, ...

Quand on ne laisse aucune chance au tout-petit en gestation, lequel d'entre nous peut espérer être jugé suffisamment digne de vivre ? Aucun d'entre nous, en vérité car, hélas, il se trouvera toujours un autre qui jugera que nous n'avons pas notre place ici-bas. Aucun d'entre nous ne peut échapper aux raisonnements tordus, aux jugements imbéciles qui, affirmant une chose tout à fait exacte (ou erronée), oublient tout le reste : ce reste pourtant indispensable afin d'établir une proportion et donc pour émettre une vérité bien assise et non pas un semblant de vérité qui flotte dans le vide. Ainsi en va-t-il des pensées à courte vue sur l'espace planétaire qui le jugent déjà saturé de présence humaine. Ces pensées-là s'égarent par manque de connaissance, par l'ignorance de la notion de quotient et pire encore par manque d'ouverture sur un domaine vital pour l'esprit humain : la connaissance du fait religieux, l'univers des croyances et leur nécessaire régulation, non pour brimer la liberté (quels sont les croyants éduqués qui se sentent prisonniers de dogmes ? Aucun d'entre eux puisque la première règle de toute religion bien constituée est justement la libre pensée et le questionnement fourni !), mais pour donner à chacun l'assise indispensable à tout vrai travail religieux. Rendu à lui-même, sans le secours d'autrui et d'une communauté croyante bien structurée, la personne isolée est livré au paganisme le plus noir : non celui qui se déclare incroyant (chose impossible pour le commun des mortels) mais celui qui prétend bâtir seul un édifice de croyances solide et utile au quotidien comme dans les situations exceptionnelles. Autant se lancer dans la construction d'une théorie profane et finir par s'y casser les dents ! L'homme seul, le misanthrope, le désabusé n'a pas d'autre issue, même dans l'ordre des réalités tangibles. Alors que dire de son destin dans l'ordre des plus évanescentes ou des plus subtiles ?

L'homme (vraiment) moderne finira par comprendre les trésors légués par les anciens : ils ont compris la difficulté insurmontable pour l'esprit humain isolé de bâtir quoique ce soit de solide sans les apports des générations précédentes. Ainsi en sera-t-il pour la construction européenne : tant que nous ne reviendrons pas aux fondements de cet édifice, tant que nous ne comprendrons pas la signification du mot "paix" pour tous et non pas à la manière du monde qui ne vise que le confort de quelques-uns, nous nous agiterons en vain et l'Europe sombrera sous les coups de la barbarie. 

A celui qui se déclare païen pour montrer sa différence, pour se distinguer des croyants soi disant coincés, moutons de Panurge ou hypocrites, une seule réponse : la tentation païenne est de tous les âges et elle guette chacun d'entre nous puisque vient toujours un moment où notre orgueil prétend ajuster autrement les vérités reçues. Il s'essaie à diverses combinaisons ou déformations, à toutes sortes d'agencements qu'il croit nouveaux ; bouscule quelques hiérarchies ; élimine ceci ; ajoute cela et finit bien las d'avoir remué en pure perte les tenants et les aboutissants d'une foi bien plus solide qu'il ne le pensait de prime abord. Il n'aurait sûrement pas osé le faire avec une théorie mathématique ou physique en prétextant le manque de temps, de moyens, de compétences ... mais pourquoi diable se croit-il autorisé à remettre en cause ce qui le dépasse dans l'ordre religieux ?  Soit au bout du compte, dans l'ordre de ce qui unit les hommes, bien plus qu'il ne les divise !

En remontant loin dans le temps, nous débarquons dans la Grèce antique où vivaient les pères premiers de l'Europe, ceux qui furent capables, tels Euclide, d'offrir au monde les fondements axiomatiques de toute théorie et donc aussi de toute théologie bien construite : des fondations admises sur lesquelles reposent ensuite des raisonnements plus ou moins savants, d'une grande rigueur logique, qui permettent d'établir des déductions nouvelles. Démarche solide qui donne à St Paul les outils d'une pensée où s'enchaînent des affirmations d'une grande force (pour qui veut bien suivre les chemins qu'il emprunte) puisqu'elles sont articulées de manière logique sur d'autres affirmations qui leur tiennent lieu de prémisses. Ainsi de l'affirmation selon laquelle "la foi chrétienne est vaine si le Christ n'est pas ressuscité".

Nous avons là les racines chrétiennes de la construction européenne et de l'édification de l'Europe qui rendent compte du combat qui se joue encore sous nos yeux : l'un des continents les plus barbares de la Terre a été transfiguré par l'annonce de l'Evangile et nous sommes héritiers de ce cataclysme spirituel, culturel, politique, juridique, économique, social ... que ses opposants veulent maintenant inverser en puisant dans toutes sortes de philosophies païennes c'est-à-dire non pas essentiellement athées mais fruits d'imaginations isolées de quelques têtes tourmentées. Dans le combat que se livrent aujourd'hui une multitude de forces contraires, il est sain de se souvenir qu'au fond l'Evangile se répandit en priorité sur des terres et des peuples qui en avaient ... le plus besoin ! et comment s'étonner dès lors que ce même Evangile soit largement combattu en Europe ? Ailleurs ne vivaient certes pas des peuples exempts de tout reproche mais, certainement, des peuples communiant davantage avec la nature que l'on aurait tort de qualifier, pour cette raison, de peuples païens : non, en se penchant sur les merveilles de la Création, ils ont, chacun à leur façon, construit des cosmogonies très riches de sens pour l'homme contemporain.

C'est pourquoi, il est urgent pour les peuples d'Europe qu'ils s'aperçoivent qu'ils font fausse route en tournant le dos à l'Evangile car non seulement ils risquent de revenir aux pires barabaries (ce qu'ils n'ont pas manqué de faire au XXème siècle en atteignant, on l'espère tous, l'indépassable) mais encore ils risquent de se méprendre sur leurs supériorités : elles ne viennent pas tant d'un génie qui serait proprement européen ; elles résultent de l'évangélisation précoce de l'Europe et de tout ce qui a facilité cette évolution, dont la pensée grecque, l'organisation romaine, le savoir-faire agricole et artisanal des Gaulois, les trésors du judaïsme.

En revenant aux origines de leur puissance, les Européens ne perdront pas de vue que, dans toute intervention extérieure, ils doivent veiller au respect des cultures qui se sont forgées sur les autres continents. Ils doivent aussi revenir aux sources de la première évangélisation sans quoi, ils n'ont rien à dire, rien à apporter au reste du monde.

En ce mois de mai 2017, cent ans après les apparitions de la Vierge Marie à Fatima, nous sommes à un tournant de l'histoire de l'Europe : ou bien elle poursuivra dans la voie de l'effondrement qui guette toute origine barbare ou bien elle tiendra compte de l'intégralité de son histoire et saura reconnaître les dangers INTERNES qui la menacent et pas seulement ceux qui paraissent la mettre en péril de l'extérieur.

En choisissant la mort préférentielle des tout-petits sans défense, l'Europe a tourné le dos à l'Evangile et risque à tout moment d'être livrée aux démons de la barbarie. En restant crispée sur ces faux acquis libertaires, elle encourt de surcroît le risque d'être la risée d'autres continents où si la mort des sans défense est aussi monnaie courante du moins n'a-t-elle pas été rendue légale (carte de référence). En l'espèce, on peut évidemment juger à la hâte et taxer les autres d'hypocrisie mais ce serait aller vite en besogne : la levée d'un interdit ne fait qu'amplifier l'hémorragie ; elle détruit de manière illusoire la notion de faute voire de crime et provoque l'errance si caractéristique des personnes et des groupes humains sans repères moraux.

En négligeant la plainte qui monte des sans voix assassinés pour préserver (à court terme) le confort des générations antérieures, l'Europe court encore le risque d'être aphone et inaudible dans le concert des nations. Sans une remise en cause du permis de tuer, sans l'abolition de la peine de mort pour les tout petits, les prestations internationales de l'Europe ressemblent beaucoup plus à des gesticulations sans portée qu'à des gestes posés avec gravité. Elle aura beau s'époumoner pour réclamer ici et là le respect des droits fondamentaux, elle n'obtiendra rien de plus qu'un refus poli et ironique de ceux qui non seulement lui contestent tout droit d'ingérence mais qui ne sont pas prêts à recevoir des leçons de bienséance de la part de nations qui ne savent plus protéger l'enfant à naître de la barbarie toujours prête à renaître de ses cendres.

Dès lors que l'on prend conscience des conséquences dramatiques d'un choix mortifère : économies en panne, chômage croissant, misère grandissante, ruine financière, dépressions en série ... , on ne s'étonne plus que l'Europe ait tant de mal à venir en aide à ses membres ; qu'elle devienne prisonnière de ses créanciers et qu'elle se trouve ligotée de toutes parts. En refusant les risques d'une vie nouvelle, elle s'apprête à en assumer de bien plus grands : isolement sur la scène internationale, déclassement, délitement, vieillissement, invasion ... toutes menaces qui s'abattent aussi sur celle qui choisit la mort de son enfant plutôt que sa mise au monde sur une Terre en lent travail d'accouchement et donc en effet traversée par de multiples douleurs mais qui, par la foi et l'espérance, n'oublie jamais le terme : une délivrance joyeuse et pleine de promesses car, au fond, le pire n'est jamais sûr.

Par un travail prodigieux d'intelligence, les penseurs et savants grecs ont offert au monde les clefs nécessaires à la construction des édifices matériels et spirituels les plus audacieux : appui sur le travail des anciens, mise en ordre, dépoussiérage, élagage, distinctions claires, nettes et précises ... Il serait dramatique qu'en ce début de XXIème siècle nous perdions tout ce que nous leur devons au profit de modes passagères, de principes à très courte vue, de croyances déraisonnables et de lubies héritées de la nuit des temps qui se parent d'artifices "modernes" pour faire avaler la pilule amère de leurs effets délétères sur les personnes, les corps intermédiaires et le corps social dans son ensemble.

Parmi ces lubies, la fausse croyance en un dieu féroce et vengeur qui exigerait le sacrifice des enfants pour satisfaire son goût du sang humain. Triste Europe qui s'est faite pour un temps qu'il faut espérer bientôt révolu, au nom d'universaux plus que douteux, le porte étendard de ce dieu-là. La liberté authentique des hommes et des femmes adultes n'est jamais au prix de la mort du tout petit, de son effacement ou de sa destruction : elle est au contraire proportionnelle au degré d'égard que nous avons pour ce qui est le plus faible et le plus vulnérable ; à la passion inventive qui nous anime dès que nous acceptons l'incertain et l'imprévu comme données fondamentales de l'existence humaine.

A l'Europe qui doute d'elle-même à juste raison puisqu'elle est en train de renier ce qui a contribué à son essor inouï ; à l'Europe frileuse et donneuse de leçons alors qu'elle est si mal placée pour en prodiguer ; à l'Europe incertaine et champ de ruines invisibles ou camouflées ; à l'Europe du déclin programmé, nous devons substituer l'Europe réconciliée avec son propre passé, consciente des trésors dont elle est l'heureuse dépositaire, fière du travail accompli par les anciens qui l'ont peuplée, l'Europe toujours en quête d'une vérité humble, vivante et chaleureuse, l'Europe asile pour tous ceux que leurs propres pays rejettent, torturent ou bannissent, l'Europe des conquêtes utiles à tous les habitants de la terre, l'Europe des avancées majeures en matière scientifique, artistique, philosophique, théologique et spirituelle, l'Europe d'une paix sans compromissions avec le monde des ténèbres.

Au terme de ce parcours, mon cher Sylvain, que dire de plus ? Bien des choses encore, sans doute, mais tandis que monte le silence assourdissant des agneaux que l'on abat avant terme, ne vaut-il pas mieux prendre le temps de ne plus rien dire et d'écouter le cri de ceux qu'une vision erronée du destin de l'homme condamne sans préavis ? Ils tombent sous les coups d'une logique follement misanthrope et folle tout court qui semble avoir perdu le legs reçu des générations antérieures, celles qui ont lutté pour que nous voyons le jour, celles qui ne se sont jamais laissé intimider par les mystères de la nature et du vivant ou par les revers de fortune ou par la grande faucheuse, celles qui étaient capables de semer sans pouvoir récolter, bâtir sans être en mesure de voir l'oeuvre achevée.

J'ai le pressentiment qu'un jour viendra où ta passion d'écrire montrera le chemin étroit qui peut sortir l'humanité d'impasses redoutables, ces lieux où les hommes s'agglutinant s'imaginent bien vite qu'ils n'y a pas de place pour les autres et que chacun doit donc écraser ses voisins pour s'assurer un espace suffisant. Toi qui a déjà parcouru tant de contrées dites reculées, tu sais qu'il suffit pourtant de changer de regard, soit en se mettant en route soit en restant immobile et aux aguets. Qu'alors vient le moment où ce qui paraissait figé se met soudain en mouvement et où ce qui errait sans but consent à prendre une nouvelle direction à la faveur d'une rencontre déterminante ou d'une contrariété salutaire.






mardi 22 novembre 2016

France2022 : L’IVG, un droit fondamental ?




Tous ces êtres qui s'agitent ...
Que cherchent-ils ?
Ils ont tous soif d'avorter de quelque-chose.
Ils n'ont pas la force de laisser mûrir dans leurs entrailles
leur douleur, leur solitude ou leur Dieu,
et ils cherchent des moyens rapides et proches
de se débarrasser de ces choses :
qui les bras d'une femme,
qui une vie facile,
qui les vains jeux de la gloire ou du pouvoir.

Ils ne veulent pas enfanter dans la douleur
mais où est leur gain ?
Ils avortent aussi dans la douleur -
et dans la douleur stérile et sans issue
car l'avortement n'est jamais une délivrance :
le fruit vert arraché se survit dans les entrailles
par une plaie qu'on n'arrache pas.


L'échelle de Jacob

Gustave Thibon




Schafe können sicher weiden,  
Les moutons peuvent paître en sécurité  
Wo ein guter Hirte wacht.  
Là où un bon berger veille.  
Wo Regenten wohl regieren,
Là où les régents gouvernent bien,  
Kann man Ruh und Friede spüren  
On peut sentir le calme et la paix  
Und was Länder glücklich macht.  
Et ce qui rend un pays heureux.


 Extrait de la cantate BWV 208
Johann Sebastian Bach

pour qui prendra le temps ...
d'entendre, d'écouter et de comprendre.




Chicanerie (?) politicienne : un candidat au second tour de la primaire des Républicains en 2017 attaque son rival sur l'IVG, espérant d'une part engranger quelques soutiens supplémentaires pour s'être montré le véritable défenseur de l'IVG contre une supposée remise en cause du droit à l'avortement de la part de son adversaire ; espérant d'autre part lui soutirer des suffrages en le faisant passer pour incohérent et versatile auprès d'électeurs exigeants en matière de rigueur morale ou fervents défenseurs de tout enfant à naître.

Attitude pitoyable et révélatrice d'un triste état d'esprit puisque, à cette heure-là, on comptait sur les doigts d'une main les politiques élu(e)s prêt(e)s à se risquer dans une marche à contre courant, prêt(e)s à contester, enfin, le droit de s'en prendre à un être sans défense. De bonne guerre pensent certains mais, gare à l'effet boomerang, cher Monsieur. D'autant que votre chicanerie s'est appuyée sur un jeu sémantique de fort mauvais aloi : quand votre adversaire a contesté l'adjectif "fondamental", il ne l'a pas fait (hélas) pour remettre en cause une pratique barbare - l'élimination de tout-petits sans défense - mais simplement pour préciser que ce droit d'avorter n'est pas fondamental au sens de "constitutionnel", n'étant pas en effet inscrit dans la Constitution de la Vème république en France. En vous en prenant à lui, pour un gain fort douteux, vous avez simplement ignoré avec superbe ce détail de vocabulaire afin de le faire passer pour un politique inconsistant alors que lui-même rappelle (toujours hélas) qu'il n'a jamais remis en cause le droit d'avorter (*) même si sa conscience, et la vôtre aussi d'ailleurs, réprouve l'acte d'avorter ... mais qui, sauf délabrement intérieur avancé, ne le réprouve au fond de lui-même ?

(*) Heureusement pour lui, il n'a pu participer au vote de la loi puisqu'il n'était pas encore député en 1975. Il ne le fut pour la première fois qu'en 1981, devenant à 27 ans, le benjamin de l'Assemblée Nationale. Un article du "Monde" très détaillé montre qu'il a pris soin de ne pas banaliser l'avortement en votant contre des dispositions ouvrant de plus en plus la dérogation de tuer tout en soutenant malheureusement, en 2014, la résolution réaffirmant "le droit fondamental à l'IVG".

L'IVG, un droit fondamental ? Certainement ... mais pas au sens où l'entend l'agresseur ni même l'offensé. Le droit de tuer des innocents, des fondements de l'avenir, de notre avenir commun. Un droit qui touche si profondément les bases de notre société. Oui, voilà bien un droit fondamental. 

Il est si fondamental ce "droit" à l'IVG que, désormais, qui peut prétendre empêcher le meurtre de l'un ou l'autre d'entre nous ? Qui sommes-nous, les uns et les autres, pour mériter davantage qu'un innocent en germe, le droit de vivre ? Qui nous défendra, les uns et les autres, contre tout barbare qui aura décidé que nous sommes de trop, que nous coûtons ou même risquons de coûter trop cher parce que nous sommes malades, infirmes, handicapés, âgés, au chômage, en surnombre à l'aune d'un calcul malthusien, inutiles aux yeux de quelques puissants. Contre tout barbare qui décrétera que notre religion n'est pas conforme à la révélation divine au nom de laquelle il prétend nous éliminer ? Contre tout barbare qui jugera maladivement et sévèrement notre histoire nationale, du haut de son ignorance crasse et de sa haine tenace ? Contre tout fanatique qui ira jusqu'à remettre en cause l'existence de Jésus (pourquoi pas en théorie ? : chacun doit pouvoir demeurer libre de croire ou non telle ou telle assertion) et qui, se faisant, fera passer ceux qui ont annoncé le contraire pour des menteurs et des mystificateurs puisque cette croyance ancienne a largement précédé sa propre naissance (*) ? Qui nous défendra puisque celui ou celle qui devrait l'être dans le sein de sa mère ne l'est plus du tout par le droit et les juristes français ?

(*) Croire ou ne pas croire, deux attitudes qui paraissent symétriques et se valoir l'une l'autre mais croire suppose un complément d'objet. Selon ce complément, la symétrie est plus ou moins juste. S'il s'agit de croire un fait récent, un récit nouveau ... la symétrie est quasi parfaite. S'agissant de l'existence du Christ qui précède désormais l'existence de tous ceux qui sont nés après Lui, il y a rupture de symétrie : croire que Jésus a existé c'est faire confiance à ceux qui ont témoigné de son existence ; croire le contraire, c'est mettre en doute leur parole. 

Que l'on ne s'étonne pas, ensuite, que nos forces de sécurité - policiers, gendarmes et militaires sur notre territoire ou en OPEX -  soient de plus en plus débordées tous azimuts : le surcroît de travail et l'accroissement du danger qu'elles doivent désormais assumer ne tient pas seulement à un manque de moyens ou à des sous-effectifs ou à une recrudescence de la violence. Nos forces de sécurité ont à faire face à une avalanche de menaces qui abusent de nos faiblesses intrinsèques, ces faiblesses que nous avons laissé prospérer par lâcheté, ignorance et démission. Parmi ces faiblesses : ce que nous infligeons à des tout-petits sans défense au nom d'un droit usurpé, le droit de disposer de la vie d'une personne sans défense, sinon celle qu'une mère (ou un père) qui n'étant pas harcelée par des "proches" ou par le laxisme ambiant, qui n'étant pas mis en difficulté par une situation (et une politique) économique(s) désastreuse, serait en mesure de lui apporter.
          
L'IVG un droit fondamental ? Oui, certainement, puisque son institution a profondément sapé les bases et les fondements de notre droit, ce droit pourtant sensé protéger les plus faibles puisque les forts n'ont pas besoin du droit pour faire valoir leurs intérêts. 

Plus rien n'empêche à présent que d'autres lois, d'autres décrets ou règlements, d'autres exactions, encore plus liberticides, encore plus meurtrières ne s'installent ou ne sévissent en France même si l'avortement atteint en réalité un sommet d'ignominie et paraît quasi indépassable dans l'ordre de l'horreur, fût-il propre pour une médecine qui a perdu le sens du bien et toute référence au Serment d'Hippocrate car nous devons, à la vérité des faits, de dire que cet acte peut se dérouler dans des conditions sordides ainsi que le rappelle avec beaucoup de lucidité, de clairvoyance et de courage Julie Graziani : quand le plus faible n'est même plus protégé par la condition d'une détresse avérée - condition éliminée fin 2016 du texte de loi originel -, par un délai de réflexion d'une semaine - encore supprimé fin 2016 -, qu'en sera-t-il de tous ceux qui se croient à l'abri ? Quand le bois vert est ainsi traité, qu'en sera-t-il du bois sec et du bois mort, c'est-à-dire de chacun d'entre nous, le jour où il basculera en situation de pauvreté radicale et de faiblesse qui le mettra à la merci d'un plus fort que lui ?
         
Qui osera enfin dénoncer, avec le courage et la franchise d'une jeune députée, la supercherie de l'IVG sans redouter de passer pour un conservateur attardé ? Qui osera braver les insultes de tous ceux qui, droits dans leurs bottes, affirment sans rire que le meurtre de l'innocent est "un droit durement acquis pour les femmes" alors qu'il le fut par mensonges, au terme d'un processus rendu houleux par le recours à l'injure et à la dérision, par attisement de la haine et des peurs, tant du côté des partisans de l'avortement que du côté de ses détracteurs ? Alors aussi que, loin d'être "pour" les femmes, ce faux droit se retourne d'abord contre elles en ouvrant des plaies qui durent ensuite pendant des années : dépression, solitude, désenchantement, dépréciation et mésestime de soi, ...

Michel Debré avait dénoncé à l'époque l'un des mensonges (**) les plus grossiers, celui de l'emploi d'un terme laissant croire à une simple mise en suspension (interruption) d'un processus, pourtant arrêté définitivement et de manière irréversible, de sorte que nous devrions parler, non d'IVG mais d'AVG, d'Arrêt volontaire de grossesse, un acte qui comporte tous les éléments du crime odieux (de surcroît organisé) et sans circonstances atténuantes en vérité pour celui ou celle qui le commet : incitation au meurtre par des tiers en bien des cas (parents de la femme enceinte, père biologique de l'enfant assassiné, personnel médical à la botte d'un eugénisme d'un autre âge, ...), préméditation des protagonistes, rémunération de l'exécuteur et acte de pleine conscience (physique et mentale mentale mais non morale) à l'encontre d'une personne n'ayant aucun moyen de se défendre, sans parler de la complicité implicite et tacite, imposée de fait à l'ensemble des contribuables français et de tous les citoyens ; de sorte, enfin, que certains lieux de nos hôpitaux et cliniques ont été transformés en camps de la mort et d'extermination de tous ceux dont personne n'a voulu la poursuite de l'existence parmi nous, soit une hécatombe journalière (en jours ouvrés) d'environ 1000 morts. Que cela se fasse de manière faussement hygiénique en aggrave l'insondable abomination : voilà donc un crime qui se répète selon un rite censé faire disparaître toutes traces compromettantes et qui tend à le rendre aussi banal que n'importe quelle intervention médicale de routine alors qu'il arrive que l'enfant expulsé du sein maternel soit laissé à l'agonie pendant plusieurs minutes.

(**) Rappelons pour mémoire que l'IVG fut dépénalisé à la suite de campagnes organisées par ses partisans qui n'hésitèrent pas à mentir délibérément pour donner l'impression qu'il fallait remédier à une situation catastrophique. Ainsi peut-on lire le nombre farfelu de "un million d'avortements par an" dans le manifeste des 343.

Sans ce droit délétère et si dangereux pour l'avenir de la France comme pour de nombreux pays, nous ne devrions pas être seulement 9 milliards à l'horizon des années 2050 mais beaucoup plus nombreux. Voilà l'un des motifs véritables (***) pour lesquels les zélateurs de l'IVG (et de la stérilisation à grande échelle) s'acharnent à tenir l'indéfendable sous couvert de libre choix, de générosité trompeuse à l'égard des femmes ou de ces enfants qui seraient promis, ipso facto et fatalement, à une vie d'errance, de misère et de désamour si on ne les tuait pas. 

(***) D'autres motifs cachés et déterminants seront analysés ultérieurement tel celui du détournement du sens des mots ou de leur emploi à contre sens. Par exemple : défendre l'avortement au nom de la liberté, c'est se moquer du monde et prendre les autres pour des imbéciles. Aurait-on pareillement l'idée de défendre le vol ou le viol au nom de la liberté de l'agresseur ?

Pour mettre à jour ces motifs cachés, nous étudierons l'avortement sous trois angles qui se complètent : l'avortement comme cause, l'avortement comme conséquence et l'avortement comme signe. Par exemple, l'avortement en tant que cause majeure de chômage et de violence en France ; l'avortement comme conséquence d'un calcul à court terme et d'une détérioration des rapports entre l'homme et la femme ou encore l'avortement comme révélateur d'un combat contre l'intériorité au profit d'externalités fort douteuses.

A la racine de cet acharnement pro IVG, on ne trouvera plus ces bons sentiments qui tentent de justifier l'indéfendable mais la peur viscérale de tous ceux qui redoutent un emballement démographique. Les pauvres diables ne savent pas compter et s'alarment à tort car notre planète Terre n'a pas été conçue pour des esprits pusillanimes mais pour des âmes généreuses et des corps entreprenants, pour des esprits inventifs et prompts à chercher de vrais remèdes non toxiques ; pour des esprits libres ; pour accueillir une multitude de vivants, aussi nombreux que les étoiles du ciel ou que les grains de sable au bord de la mer. 

Qu'ils rentrent en eux mêmes et réfléchissent. Il n'y a pas si longtemps, quelques dizaines d'années à peine - années cinquante, environ 200.000 habitants pour 370 hectares -, le 11ème arrondissement de Paris accueillait une densité de population telle, que cette même densité - environ 54.000 habitants au km2 -, rapportée à la superficie de la France - un demi-million de km2 -, donne une population d'environ 30 MILLIARDS d'êtres humains, seulement en métropole française !

Certes, il n'est pas question de généraliser une densité de population aussi élevée à tout le territoire d'un pays quand elle s'accompagne de misère et de pauvreté mais espérons que nombreux seront, parmi tous nos compatriotes, ceux qui reconnaîtront ou découvriront que la planète Terre offre de la marge, assez de place pour tous, assez d'espace pour ne pas se laisser impressionner ou influencer par les peurs d'origine malthusienne et ne pas subir les conséquences immondes qu'elles engendrent, dans les esprits et les coeurs et jusque dans le sein maternel qui aurait dû rester, plus encore qu'autrefois en ces temps modernes de confort, au moins en certains lieux terrestres tels que la France, un lieu sacré et inviolable, un abri sûr pour les plus petits d'entre nous, qu'ils aient été désirés ou qu'ils soient arrivés par surprise ou par accident voire par imprudence car, choisir la mort de l'innocent comme seul remède, porte en bien des cas, sinon dans tous les cas, les germes d'une attaque sans bornes contre tout gêneur que l'on aura tôt fait de déclarer coupable : si le tout petit ne trouve plus d'avocat, qui prendra notre défense, nous qui sommes capables de tomber, à tout moment, dans des travers, des fautes, délits et crimes, censément répréhensibles, nous qui demeurons, à chaque instant, ou le sujet et/ou l'objet d'une haine incompréhensible ? Voir à ce propos les analyses percutantes du grand économiste Colin Clark qui démonta les mensonges grossiers des Nations Unies et démontra que la planète Terre est capable de nourrir beaucoup plus de personnes que ne le laissent croire ceux qui sont obsédés par le manque et les pénuries.

Qu'on ne s'y trompe pas : n'importe lequel d'entre nous peut devenir un jour le bouc émissaire d'une violence à court de victimes ou de profits malhonnêtes. 

Qui ne voit qu'une violence sourde et aveugle est en train de monter contre le vivant, contre les personnes et les institutions légitimes au profit d'un ordre où règnent, en maîtres, l'argent roi, les profits scandaleux à très brève échéance et leurs adorateurs zélés ? Voir à ce sujet "Main basse sur les vivants" de Monette Vacquin.

Au terme de ce plaidoyer en faveur d'une défense radicale de l'enfant à naître, en France comme ailleurs, il nous reste à réentendre la voix puissante de celui qui a osé braver l'empire soviétique et qui a participé si activement à la décomposition d'une entreprise de haines et de mensonges que cela faillit lui coûter la vie. 

Que jamais la peur ne guide nos choix puisque, même convoqués devant un tribunal ou emprisonnés pour avoir défendu le droit des plus faibles, rien ne pourra nous atteindre et nous empêcher de proclamer, à temps et à contre temps, des vérités qui dérangent le confort des repus, des frileux ou des pusillanimes, c'est-à-dire, hélas en vérité, chacun d'entre nous, dès lors qu'il s'installe comme rentiers d'idées mortes ou de vues idéales bien trop éloignées du réel.

Réel à l'opposé des fausses croyances d'un esprit aveuglé.

Certes, notre lot commun est de préférer parfois l'aveuglement, l'illusion, l'indifférence, le mépris, la fermeture et l'omission quand il faudrait, au contraire, ouvrir les yeux et tenir debout, au pied d'une croix qui cherche à nous anéantir tandis qu'elle est en train de mettre à mort un innocent.

Seul le courage de la vérité nous permettra de sortir, un jour en France, en Europe et ailleurs, de dizaines d'années de mensonges et de meurtres que rien ne justifiait sinon l'ignorance, l'égoïsme et la peur.