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vendredi 24 février 2017

France2022 : Vive la fonction publique en France ... et ailleurs !


Tribune à contre-courant d'un libéralisme échevelé et des ravages d'inspiration libertaire ou anarchisante ... qui plombent le débat politique par leurs outrances, leur démagogie, la fausseté de leurs analyses et la désopilante niaiserie de certaines de leurs propositions soi-disant innovantes.

Où sera exprimé, en termes les plus vifs et chaleureux, l'éloge de la fonction publique et des fonctionnaires ! puis où seront énoncées quelques inflexions à apporter au modèle français (en bleu dans le texte qui suit).

Les fonctionnaires français sont devenus, pour certaines mauvaises langues et quelques esprits trop pressés, les boucs émissaires du marasme économique français comme si leurs statuts, leurs attributions et leurs rôles étaient responsables de tous nos maux. Les contributions du projet France2022 se devaient non seulement de réagir aux nombreuses inepties proférées par les relais d'opinion mal informés, de défendre la fonction publique mais aussi de montrer comment quelques ajustements bien pensés pourront contribuer à la dynamiser et à la perfectionner. 

Qui dit fonction publique dit déjà FONCTION et ce terme à lui seul devrait en dire long pour tous les contempteurs de la fonction publique ! Non pas "métier" ou "emploi", deux termes également incompris par les analystes trop pressés, mais "fonction" (voir à ce sujet le remarquable ouvrage du docteur Jouanjean : "Physiologie du risque face à l'Histoire". Ici en version partiellement consultable : extrait numérisé). 

Sans revenir à la richesse du mot "fonction", sans appréhender tout ce qu'il implique, je suis incapable de mesurer à quel point toutes les réflexions et toutes les actions au sujet de la fonction publique doivent être menées en tenant compte largement du champ immense de l'organisation sociale : des fonctions, pourquoi ? , pour qui ? par qui ? pour quoi ? ... et, aussi, en ne réduisant pas l'étendue des types de fonction concernés : fonctions de planification, de conception, d'élaboration, de construction, d'édification, de régulation, de sauvegarde, d'entretien, d'exécution, de contrôle, d'élimination ...

En réduisant le périmètre de leur réflexion, les pourfendeurs de la fonction publique française ont tendance à se focaliser sur ses coûts sans mesurer à quel point une fonction publique, bien organisée, et pas seulement réduite au strict minimum, est capable d'apporter à notre nation tout entière. En propageant des mensonges grossiers ou des solutions à l'emporte-pièce, ils nous font perdre de vue que toute société humaine a un besoin éminent d'organiser avec le plus grand soin l'ensemble des fonctions qui lui permettent de subsister, de croître, de prospérer, de se défendre, de panser ses plaies, de soigner et de guérir ses maux ...

Chaque fonctionnaire, selon ses domaines de compétences, son niveau de responsabilité, ... accomplit différentes tâches. Avant même de s'intéresser à cette variété, il est bon d'avoir une vision globale de la fonction publique. Nous remarquons dès lors que tout fonctionnaire est en charge d'une mission d'une importance capitale dans un monde mutilé par des excès de compétition dangereux pour les personnes et par des considérations de classe ou de caste qui n'ont pas lieu d'être. 

Tout fonctionnaire doit, autant que faire se peut, devenir un témoin de premier ordre d'une double notion fondamentale : l'éminente égalité de dignité et l'indispensable égalité de droits de tout citoyen. 

Au quotidien, tout fonctionnaire digne de ce nom, montre à qui veut bien le voir et l'entendre, que petits et grands ont foncièrement les mêmes droits et devoirs et qu'il doit en être effectivement de même que l'on soit riche ou pauvre, influent ou pas, fort ou faible, menaçant ou pas, ... 

Tout fonctionnaire devient alors le signe, qu'en ce monde, chacun a du prix pour une société qui risque, à tous moments et notamment en cette époque de grande tentation (voir les analyses sociologiques qui parlent de "l'homme superflu" et de "l'homme simplifié"), de considérer l'individu lambda comme un pion, un automate, une machine, une quantité négligeable, un poids à éliminer.

Selon ce point de vue général à propos de la fonction publique, notre monde contemporain a plus que jamais besoin de fonctionnaires de très grande qualité, de ces sentinelles qui veillent sur le bien de tous, sans considération oiseuse et pernicieuse de rang de naissance, de couleur de peau, de religion, de position sociale, ... Gardiens d'un trésor sans cesse menacé par le tout marchand, le tout libéral, le tout consumériste, ... les fonctionnaires constituent un groupe d'agents essentiels à la santé des corps intermédiaires et de chaque citoyen. Santé physique, psychique, morale et sprituelle. Sans les fonctionnaires, sans leur extrême vigilance, toute société est menacée par tous les courants qui tendent à isoler les personnes, à les exploiter, à les diviser, à les effrayer ...

Plus que jamais, dans notre monde contemporain, de nombreux pays dont la France doivent tout faire pour que les fonctionnaires développent une conscience toujours plus vive de leurs missions. Un Etat digne de ce nom est en mesure d'accroître leur rayonnement, non pas au détriment des autres mais à leur service. Un Etat digne de ce nom est capable d'entretenir une entente aussi parfaite que possible entre les fonctionnaires et le reste de la nation. Aujourd'hui, force est de constater que nous sommes loin de ce compte-là : en prenant toute une série de mesures bancales, l'Etat français a fini par attiser la mésentente, la méfiance, les jalousies, les rancoeurs, ... alors qu'un Etat vraiment libre à l'égard des "puissants" de ce monde aurait pu éviter que les fonctionnaires ne soient pris pour des cibles faciles selon des schémas de pensée dans lesquels le citoyen doit s'effacer pour devenir une marionnette aux mains de tous ceux qui ne raisonnent qu'en terme de parts de marché, de conquêtes futiles, de gains frauduleux ...

Un combat de grande ampleur attend les fonctionnaires français. Selon l'attitude qu'ils adopteront, notre pays leur devra, ou pas, de sortir de l'enlisement en lequel l'ont enfermé des années d'errance politique alors que tous les pays sont traversés par d'innombrables mutations.

Notons d'emblée que chaque grande catégorie de fonctionnaires déterminée par les pouvoirs régaliens principaux peut être tentée, à tout moment, de verser dans la tyrannie. Ainsi en va-t-il pour le juge, pour le policier, le médecin, l'enseignant ou ... le prêtre ! Raccourci curieux et hâtif, certes, mais volontaire pour stimuler la réflexion de tous ceux qui s'intéressent de près aux dysfonctionnements de la société française et à l'actualité brûlante de ces jours derniers. Nous y reviendrons ultérieurement.

Les citoyens les plus honnêtes et tous ceux qui sont de bonne foi reconnaissent volontiers que la France dispose de fonctionnaires remarquables mais s'accordent aussi pour penser que leurs missions sont entravées par un fatras de dispositions qui tendent "à filtrer le moucheron et à avaler le chameau". 

Ainsi en est-il d'enseignants à qui des "consciences éclairées" prétendent dicter LA méthode pédagogique à suivre impérativement sous peine de sanctions. Attitude imbécile qui produit de l'illettrisme en masse et de nombreux dégâts collatéraux alors qu'il faudrait laisser aux enseignants toute liberté pédagogique et leur assigner des objectifs intelligents, stables, audibles et simplement mesurables ; alors qu'il faudrait aussi sortir du mensonge institutionnel entretenu par de faux pédagogues qui ont prétendu refaire le monde de l'instruction et de l'éducation et qui ont réussi la "prouesse" de laisser au bord du chemin des centaines de milliers de jeunes. Hécatombe monstrueuse et sordide qui, au fond, ne fait que prolonger la volonté inavouée mais bien réelle d'éradiquer une jeunesse qui fait peur au confort des repus, jeunesse déjà sauvagement éliminée avant même qu'elle naisse pour un quart d'une génération en France (voir à ce propos la tribune consacrée à l'IVG).

Ainsi en est-il de personnels hospitaliers qui voient leurs missions s'intensifier en raison des blessures profondes dont le tissu social et le corps physique ou psychique des personnes sont de plus en plus marqués et qui constatent, dans le même temps, que des instances "supérieures", à la solde d'une économie de marché de plus en plus déréglée et d'une morale sans queue ni tête, leur imposent des conditions de travail indécentes et/ou des moyens réduits au nom d'une rentabilité intenable voire scandaleuse tout en leur demandant de rendre compte du moindre écart de budget, de la moindre faute professionnelle, de la moindre erreur comme si nous vivions sous un régime policier. Tandis que l'on tente de plus en plus de fliquer et de surveiller le travail quotidien dans les hôpitaux publics, travail à la fois vital et élémentaire, on laisse filer d'autres dépenses insensées telles que le remboursement du meurtre de l'enfant à naître.

Ainsi en est-il de forces de l'ordre à qui l'on a fini par demander l'impossible : restaurer une sécurité des biens et des personnes, mise à mal par de multiples facteurs qui n'ont rien à voir avec l'exercice difficile mais possible d'une surveillance bien organisée et suivie, le cas échéant, de contrôles respectueux voire d'interventions musclées. Policiers, gendarmes et militaires doivent aujourd'hui faire face à d'innombrables débordements, parfois d'une violence extrême, qui reflètent l'état de décomposition d'une société où le mensonge règne en maître absolu parce que la violence exercée à l'encontre des plus faibles est tout simplement niée quand elle n'est pas justifiée par des arguments qui ne tiennent pas la route. Dès lors que les plus faibles sont les premières victimes d'un système politique dévoyé et d'une société hypocrite, aucun d'entre nous n'est à l'abri d'une sauvagerie qui habite le coeur des hommes depuis la nuit des temps et que seul l'amour fondé sur la vérité est capable d'endiguer par l'usage d'une force maîtresse d'elle-même. En favorisant la mise à mort physique ou l'élimination sociale d'une grande partie de la jeunesse, nos gouvernements successifs, soutenus par des parlements corrompus, ont contribué à rendre les missions des forces de l'ordre de plus en plus risquées et improductives : au lieu de s'attaquer à la racine des maux qui gangrènent le corps tout entier de la société, elles sont envoyées sur des terrains minés où seront vite dénoncés leur impuissance, leur excès de zèle, ... et où elles seront poussées à la faute par tous ceux qui les honnissent pour le principe, ceux-là même qui justifieront, au nom d'une fausse liberté, le droit d'avorter ou d'euthanasier.

Ainsi en est-il de juges complètement déboussolés qui ne savent plus où donner de la tête tant se sont amoncelées les affaires à traiter dans l'urgence parce que le citoyen, lui-même, de plus en plus paumé, est incité à chercher un bouc émissaire commode chaque fois qu'il se trouve en difficulté ; parce que dans une société où la recherche d'un coupable facile est devenu monnaie courante, chacun peut devenir l'objet d'accusations insensées quand ce n'est pas de menaces directes ou de coups d'une violence inouïe ; parce que dans un pays où les bases du droit ont été laminées par la possibilité légale de tuer un être humain en gestation, il est devenu de plus en plus difficile de faire appliquer ou respecter des lois justes puisque n'importe quel intérêt puissant peut se prévaloir d'une force sans aucune limite pour obtenir quelque-chose d'illégitime.

Où chacun peut finalement constater que la barbarie (à visage humain ?) à l'encontre des plus faibles, sous couvert de "droit" et de licence abusive, finit par se retourner contre n'importe lequel d'entre nous, des politiques injustement accusés ou salis au moindre citoyen persécuté par un plus fort que lui. 

Dans cet état de désordre permanent, les fonctionnaires français ont un rôle capital à jouer : ou bien, ils choisissent d'être complices du mensonge et de se taire voire de collaborer, ou bien ils se rebellent en refusant de pratiquer des actes légaux mais illégitimes ; en refusant de se laisser intimider par des pouvoirs qui cherchent à les disqualifier ; en conduisant leurs missions avec autorité et compétence, au mépris du qu'en-dira-t-on.

Il faudrait ici mentionner tous les actes de bravoure et d'intelligence d'une multitude de fonctionnaires qui accomplissent jour après jour leur mission sans se laisser influencer par des modes passagères, des règlements aberrants, des consignes  ridicules, des lois iniques ... et qui ne pensent qu'à rendre le plus parfaitement possible les services qui entrent dans le champ de leur compétence sans pour autant accéder aux demandes qui risquent de mettre en péril la santé, la renommée, le travail ... ou la vie d'un autre. Il faudrait ici louer tous les fonctionnaires qui ont le sens du bien public et qui veillent à ne pas gaspiller des deniers dont ils sont les intendants prudents. Ils savent, en leur for intérieur, que toute dépense somptuaire ou irréfléchie se fait toujours au détriment d'un pauvre.

Pour accomplir leurs missions essentielles, les fonctionnaires français sont-ils déjà trop nombreux ? Question épineuse qui divise la classe politique et, à leur suite, des citoyens peu, mal informés ou qui pensent être plus informés que les autres. Vaste question dont la résolution suppose un état des lieux précis et honnête de la situation actuelle ; un état des lieux qui prenne soin de compter tous les contractuels que l'Etat embauche pour pallier ... le manque de fonctionnaires ! et, bien entendu, couvrir des missions sans prendre le risque financier d'une carrière à vie.

Nous voici rendus à l'un des noeuds du problème : fonctionnaires à vie, oui ou non ? Qui dit "fonctionnaire" dit-il aussi "statut particulier" incluant la garantie d'un contrat d'embauche à vie sans la moindre remise en cause ?

Pour assainir un terrain miné depuis longtemps par un encadrement sclérosé, le projet France2022 prévoit de modifier le statut des fonctionnaires. Non pas, évidemment, pour le mettre en péril mais pour sauvegarder le meilleur de la fonction publique. Dans un pays aussi divisé que la France, il serait bien plus sain que chacun fasse, un jour ou l'autre, au cours de sa carrière, l'expérience d'une mission dans la fonction publique pour comprendre, le plus souvent, qu'il n'y a pas lieu d'accuser de tous les maux l'un des fers de lance de notre pays : pour qui veut bien regarder la réalité sans a priori stupide, sans mauvaise foi, on ne rencontre pas plus d'incapables ici qu'ailleurs, dans le public que dans le privé et l'on y trouve autant de serviteurs dévoués qu'en d'autres lieux, autant d'imaginations fertiles et astucieuses que dans les espaces dédiés à la créativité.

Afin de favoriser cette expérience, mieux vaudrait que les fonctionnaires bénéficient de contrats à longue durée mais pas d'un emploi garanti à vie. Mieux vaudrait également que, dans tout foyer fiscal à deux revenus, un seul puisse bénéficier du statut de fonctionnaire afin que s'établisse en France, un réel partage des avantages et des inconvénients d'une situation qui met en péril de nombreux foyers : que les uns bénéficient d'une sécurité maximale quand les autres sont menacés au-delà de leurs forces est en effet insensé. Le moindre choc économique finit par avoir des répercussions désastreuses sur des corps intermédiaires fragilisés par l'absence de régulations de sauvegarde qui donnent à tous les moyens de se protéger des aléas nombreux que réserve l'existence terrestre et que surajoute un environnement mondialisé.

Dans le même esprit, il est nécessaire d'enrichir la fonction publique de l'apport d'une jeunesse aujourd'hui désoeuvrée, déboussolée, sacrifiée, abandonnée. Une solution simple et juste consiste à construire un véritable service civique pour tous, sans exception, qui accorde une part très honorable à l'un des piliers de notre modèle social. Non pas un service civil qui profite seulement aux plus diplômés trouvant là un moyen commode de vivre des expériences exaltantes ou aux entreprises qui ont trouvé là une façon économique d'expatrier des talents mais une mission d'intérêt général et de bien commun, non seulement justifiée par la crise profonde que traverse la France mais encore justifiée par le principe du don réciproque : tout citoyen bénéficiant largement de tous les progrès accomplis en matière d'instruction (sans céder à la critique facile de ce qui existe), de soin, de sécurité, ... se doit, un jour ou l'autre de "donner" à son tour. Les critiques hâtives diront que certains le font déjà par le biais de l'impôt mais voilà bien un argument très faible qui ne s'appuie que sur un aspect du problème et qui oublie l'essentiel.






mardi 21 février 2017

France2022 : Ce que je crois


En 1953, les éditions Grasset lançait la collection : "Ce que je crois", dans laquelle nombre de penseurs de grand talent ont pu faire part de leurs croyances. Un régal et une bénédiction pour tous les esprits libres qui peuvent ainsi goûter la prodigieuse variété et le sel unique de ce partage d'opinions et de convictions.

Nombre de nos politiques feraient bien de s'en inspirer et de nous livrer le fond de leur pensée ! Citoyens appelés à voter (ou plutôt à élire ?), à choisir notre meilleur candidat et son programme censément idéal en ces temps d'élection présidentielle (printemps 2017), nous attendons avec impatience de pouvoir juger sur pièce quelques écrits nous livrant un "ce que je crois" si possible sincère et charpenté.

En vérité, nous attendons plus que cela. Nous attendons bien entendu une adéquation aussi parfaite que possible entre ces croyances exprimées et les actes posés en dépit de la faiblesse humaine qui, pour chacun d'entre nous, se manifeste par un écart parfois gigantesque entre les paroles  et les oeuvres (pour les esprits curieux, voir le comparateur des programmes de l'IFRAP pour la présidentielle 2017).  Nous attendons encore davantage et ce plus se dévoilera tout au long de cette tribune.

Quelques esprits chagrins mégoteront sur le terme "croyances" et défendront celui de "principes", "promesses", "propositions" ou "mesures", ... 

Sourions de cette volonté d'échapper au terme "croyances" comme s'il était tabou ! Une vive lumière éclairera soudain notre esprit embrumé : "Mais, bon sang, de quoi ont-ils donc si peur ?".

Nous découvrirons que ces esprits chagrins ont si peur de croire, si peur d'être dans l'incertitude que certains d'entre eux ont complètement perdu le nord à force de vouloir tout maîtriser, tout contrôler, tout certifier. En veux-tu une illustration cher lecteur ?

Regarde donc ce que la laïcité à la française - 

transcription politique du "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu" -, chef d'oeuvre de la pensée universelle issu de la réponse magistrale donnée par le Christ à ceux qui essayaient de lui tendre un piège, 

a fini par produire : 

des absurdités sans nom que d'aucuns voudraient, en ces temps d'élection, étendre au plus grand nombre, c'est-à-dire à tous les citoyens au travail ! Quelle folie ! ! Pour tout dire : folie déicide qui prépare des lendemains très douloureux pour le commun des mortels si nous laissions faire ceux qui osent propager les dernières options laïcardes à tout crin.

Toi qui es curieux, agile d'esprit, nous te proposons de chercher quelques temps où le bât blesse et nous reviendrons bientôt pour t'offrir une solution possible à cette énigme. Veux-tu un indice ? En voici un : nos "élites" françaises et même européennes (presque toutes) sont aujourd'hui si frileuses et si peu instruites du fait religieux qu'elles se trouvent complètement dépassées par le souffle conquérant d'un type particulier d'islam qu'un simple bon sens évangélique est pourtant capable d'apprécier à sa très juste valeur ... et de ne pas redouter outre mesure même s'il s'avère terriblement meurtrier dans certaines circonstances précises et en effet se révèle effroyable pour les victimes de ses accès de violence.

Celui qui a du temps devant lui et assez de patience, trouvera quelques clefs de lecture et quelques indices supplémentaires dans deux tribunes plus anciennes du projet France2022 : L'islam en France et Pourquoi deviennent-ils djihadistes ?
   
Un ministère et un gouvernement en perdition ont choisi d'interdire aux fonctionnaires d'exprimer leurs croyances religieuses dans l'exercice de leurs fonctions. Qu'espèrent-ils ainsi ? Museler ceux qui désirent témoigner de leur foi ? Endiguer la montée d'un islam conquérant ? Ne risquent-ils pas, au contraire, de renforcer l'élan d'un mouvement qui trouvera rapidement bien des manières de contourner cet interdit ?

Notons au passage que beaucoup de nos édiles politiques en Europe et en France sont si dépassés par les événements qu'ils n'en sont plus à une contradiction près : tandis qu'ils n'ont cessé de faire reculer les acquis anciens en s'en prenant à des interdits structurant tels que celui de tuer (le tout petit dans le sein de sa mère ou la personne en fin de vie), ils s'imaginent par l'instauration de nouveaux interdits fort contestables pouvoir reprendre le contrôle d'une situation qui leur échappe de plus en plus. 

Tandis qu'ils cherchent en vain à interdire l'expression publique de la foi religieuse, ils tolèrent que s'exprime n'importe quelle opinion sur une multitude de sujets dont aucune autorité digne de ce nom n'est en mesure de réguler les flux. Où est le gain ? D'un côté, des religions multiséculaires qui ont eu le temps de mûrir l'expression de leur foi et de l'autre côté une kyrielle d'officines qui distillent quantité d'informations douteuses que les moyens modernes de communication transmettent à la vitesse de l'éclair.

Pourquoi interdire de propager ce qui s'est construit au fil des siècles et laisser libre cours à tout le reste ? Parce que nous aurions d'un côté des "croyances" sujettes à caution et de l'autre des "certitudes" bien établies ? Quel drôle de parti pris ! Qui ne voit, au contraire, que nous avons affaire de tous côtés à des croyances, c'est-à-dire à des affirmations, des assertions, ... qu'aucun être humain n'est véritablement capable de démontrer ! Qui ne voit que la plupart d'entre nous, faute de temps et de compétences, se trouve chaque jour en train de gober des informations qu'il ne pourra pas vérifier et qu'il devra donc tenir pour vraies ou pour fausses à moins de suspendre son jugement ce qui l'installe cependant aussi dans l'incertitude.

Nous devons à la vérité de reconnaître que nous sommes le plus souvent dans la plus grande incertitude et tant que nous n'acceptons pas l'inconfort de cette situation (mais aussi ses avantages), nous nous crispons sur l'idée que seul le démontrable doit avoir droit de cité dans la sphère publique. Les plus sectaires, quant à eux, décident d'en éliminer les aspects religieux pour ne retenir qu'un reste dont la validité est bien moindre, c'est-à-dire tout un fatras de pseudo-sciences en lesquelles s'amoncellent nombre de présupposés invérifiables (théorie du genre et compagnie par exemple). Ce faisant, ils amputent les sociétés dites modernes d'une richesse insondable et finissent par créer un enfer ... pavé de fausses bonnes intentions.

Il est tout à fait curieux en effet de voir comment un gouvernement aux abois tente d'interdire aux fonctionnaires français d'exprimer leur foi tandis que sur des chaînes publiques à grande diffusion, on peut voir le premier penseur venu nous expliquer doctement que Jésus-Christ est un mythe, qu'Il n'a jamais existé ... faisant ainsi passer tous les martyrs de la foi pour des hurluberlus, tous les chefs d'oeuvre de l'art sacré pour des plaquettes de propagande d'une légende, bien des penseurs pour des charlots et les théologiens pour des farceurs ... Au final, drôle de conception de la laïcité !

A une heure de large audience, nous est donné d'entendre un homme épris d'absolu mais blessé dans sa jeunesse renvoyer une foule de génies : Bach, Mozart, Gustave Doré, Rembrandt, Michel-Ange, Gabriel Fauré, Mendelsohn, Francis Poulenc, Pergolèse, Schubert, Messiaen, Léonard de Vinci ... au rang des naïfs qui ont bâti une oeuvre colossale sur du vent ! Un Messie fabriqué de toutes pièces pour les besoins d'une cause obscure. 

Tandis que l'on interdit à des fonctionnaires qui ont bien les pieds sur terre et la tête au Ciel d'oser dire à leurs élèves ou au citoyen lambda ce qui les anime en profondeur, on laisserait donc le bêtisier d'un traumatisé d'une certaine église grand ouvert devant des enfants tout ouïe, des adolescents en friche et des adultes en mal de direction spirituelle ? Quel mépris pour tant d'hommes et de femmes qui osent se présenter jour après jour devant une jeunesse assoiffée de vérité et en quête de liberté, devant un public qui crève d'ignorance religieuse. Quelle fausse gloire pour notre petit penseur si souvent combattu avec outrance et qui trouve ce jour-là un réconfort bien mal venu. Ce "deux poids, deux mesures" risquent fort de s'effondrer sous peu et l'on plaint par avance tous ceux qui auront contribué aux combats d'arrière garde de tous les paumés de la chose religieuse, de tous ces cuistres qui s'imaginent assez armés pour nous rebâtir un corpus "religieux" digne d'intérêt et d'une fiabilité à toute épreuve ! Comme si un ego nombriliste à souhait pouvait construire quelque-chose de tant soit peu solide ...

lundi 23 novembre 2015

France2022 : Pourquoi deviennent-ils djihadistes ?



"Il y a ceux qui, 
lassés de la fadeur de leur existence,
excédés par la médiocrité 
du monde qui les entoure,
aspirent à plus de piquant, 
de grandeur, de pureté - 
et qui confondent le sel et le sang,
la grandeur avec l'orgueil et la puissance,
la pureté avec un fanatisme assassin.
Cette confusion s'est toujours produite,
mais son actualité 
est d'une particulière acuité
comme le montrent les agissements
des intégristes assassins
qui saccagent lieux et mémoire des lieux,
supplicient et massacrent
tous ceux qui ne partagent pas 
leur conception de la grandeur, 
de la pureté,
tous ceux qui ne leur sont pas 
absolument inféodés.
Croient-ils s'inscrire dans la lignée d'Abraham
parti radicalement de l'avant,
vers lui-même comme un autre ?
Impossible -
ils ont la haine de toute altérité,
de toute diversité,
la haine et le mépris des autres
justes bons à être soumis, exploités, humiliés,
et une délectation à tuer."

"Quatre actes de présence.
Vivre ici et maintenant."

Sylvie Germain



"Le danger n’est pas 
dans ce que l’on ignore 
mais dans ce que l’on croit certain 
et qui justement ne l’est pas."

Mark Twain 



"La devise républicaine : Liberté, égalité, fraternité 
proclame la liberté, réclame l'égalité 
et réconcilie ces soeurs ennemies 
en leur rappelant qu'elles sont soeurs, 
en mettant au-dessus de tout la fraternité. 
Qu'on prenne de ce biais la devise républicaine, 
on trouvera que le troisième terme 
lève la contradiction si souvent signalée 
entre les deux autres 
et que la fraternité est l'essentiel."

Henri Bergson


"Les idolâtres te paraissent plus vivants que les chrétiens.
Quoi d'étonnant ?

Les idoles tirent à elles
ce qu'il y a de meilleur dans l'homme :
elles ont besoin de notre ardeur,
elles qui, par essence, sont froides et mortes.
Elles ne sont pas Dieu 
pour s'accommoder de misères et de déchets !

Cette voracité des idoles -
leur besoin perpétuel de grasses proies -
éclaire le cycle de certains retours à Dieu.
Après avoir tari l'homme jusqu'aux moelles,
l'idole l'abandonne sur le chemin.
- Qu'ai-je à faire de toi maintenant ?
Il faudrait être Dieu pour trouver encore
quelque chose à ronger en toi !"

"L'échelle de Jacob"
Gustave Thibon, 1942




Résumé : tribune qui analyse l'échec de tout djihad intérieur qui ne repose pas sur le secours de la grâce mais qui s'appuie uniquement sur les efforts d'un orgueil mis en déroute et finalement meurtrier : ce que je n'arrive pas à réformer en mon for intérieur par mes seules forces me conduit à vouloir changer l'extérieur en cherchant quelques sujets coupables et en usant, hélas, d'une violence maladive.


L'élaboration du projet France2022 repose sur le constat de dysfonctionnements et de carences sans négliger la vision à long terme, c'est-à-dire la prospective qui cherche à anticiper les transitions ou les mutations à venir, lesquelles se produiront :

* pour remédier aux maux de la France et des sociétés actuelles  ;
* en raison de progrès résultant d'inventions prévisibles ou tout à         fait surprenantes ;
* en raison de l'accroissement de la population mondiale ;
* par effondrement des ressources d'origine fossile ;
* par le jeu des antagonismes et des alliances géostratégiques.

L'analyse fine des progrès techniques de l'humanité permet de découvrir des mouvements de fond qui affectent tous les secteurs, toutes les strates, tous les savoirs-faire, tous les outils, tous les métiers, toutes les relations ... et certaines inventions ont le don de remettre en cause beaucoup de choses à la fois. 

Il suffit de songer à l'utilisation d'un outil scripteur pour dessiner ou écrire puis à l'imprimerie et maintenant à l'informatique pour mesurer à quel point des sauts techniques sont capables de bouleverser l'histoire des hommes. Sans compter le perfectionnement des armes de chasse ou de guerre ... le premier engin automobile ou volant ... la mise en oeuvre de l'électricité ... la découverte puis la maîtrise des procédés de culture, d'élevage ou de fermentation ... 

Afin de ne pas se perdre dans l'immensité des progrès accomplis depuis la nuit des temps et jusqu'à ce jour,  il suffit de prendre de la hauteur et de constater que l'humanité fait en sorte de seconder les fonctions de l'homme à l'état de nature dans le but d'en augmenter la portée ou de remédier à certaines de leurs déficiences. Revers de la médaille : le risque de perturber gravement l'homéostasie d'un organisme vivant (être humain, plante ou animal mais aussi entreprise, corps intermédiaire, société, nation, continent ou planète) en recherche perpétuelle de l'équilibre dynamique lui assurant de pouvoir rester en vie, de se développer et de fructifier. Toutes les "prothèses" qu'inventent les hommes leur font courir des risques d'accident, de mésusage, de nuisance volontaire ou involontaire. 

En 2015 puis dans les années à venir, tout être humain a la faculté de se tenir dans une position, source d'euphorie et de responsabilités nouvelles : jamais auparavant, ne lui avait été donné de pouvoir discerner, avec autant de facilité et de bonheur, les grandes directions du progrès technique. Pour qui veut bien faire l'effort de prendre connaissance des trajectoires déjà suivies par l'humanité, l'avenir, bien loin d'être menaçant et inquiétant, apparaît au contraire tout à fait lumineux. 

Si de nombreuses incertitudes subsistent, jamais ne fut donné à l'observateur attentif autant de moyens qu'aujourd'hui pour tenter de prédire ce qui va se passer. D'où l'intérêt grandissant que peut avoir désormais la prospective ... menée de manière intelligente, magnanime, lucide et très humble voire très locale : scruter son propre avenir par l'identification des invariants et des variables de son existence actuelle. Voir à ce propos le livre récent de Jacques Attali : "Peut-on prévoir l'avenir ? Le sien, celui des autres" chez Fayard.

La vision à long terme du projet France2022 s'appuie sur l'actualité et le passé de la France sans se laisser contraindre, soit par des habitudes de pensée ou par des affirmations erronées, soit par des limitations d'espérance ou par des arguments frileux ou pusillanimes qui enferment l'esprit et le corps dans des enceintes sclérosées, des sépulcres blanchis. 

Cette approche de long terme ne se laisse détourner de son but - un projet magnanime, solide et viable pour que la France relève la tête, rayonne davantage et respecte profondément chacun, quelle que soit sa condition ... en toute humilité et pour le bien du plus grand nombre - ni par les faux-semblants mis en lumière par Michel Volle, ni par de faux-problèmes mis en avant pour dissimuler les véritables enjeux cruciaux de l'époque contemporaine. 

L'idolâtrie du confort, pour un petit nombre sur Terre, conduit bien souvent à prôner des solutions d'inspiration malthusienne qui ne tiennent aucun compte des possibilités de réduction des gaspillages et du formidable potentiel d'inventivité de l'intelligence humaine comme des trésors de bonté que peuvent susciter, dans le coeur d'un homme, la détresse et les souffrances d'autrui, si bien que dans toute situation désespérante au premier abord, l'esprit d'audace et la diligence de la charité active décèlent toujours des indices pour tracer avec courage, suivre avec ténacité et parcourir jusqu'au bout un chemin de remédiation et de salut.

A la suite de Josef  Pieper (lien vers un texte de référence sur ce philosophe donné en anglais, le texte français étant trop lapidaire dans Wikipedia) qui dénonçait l'abus d'un langage mensonger s'éloignant de plus en plus de la réalité des faits ou déformant subtilement leur récit, les tribunes du projet France2022 n'hésitent pas à entrer dans le vif du sujet selon des angles de vue trop souvent oubliés parce qu'ils révèlent les carences de l'analyse partielle voire partiale : nombreux sont les commentateurs de l'actualité qui passent sous silence des données pourtant bien attestées et pèchent alors non pas seulement par inexactitudes mais plus encore par incomplétudes, tordant de la sorte la vérité selon l'un ou l'autre de ces deux axes majeurs. 

Prendre en compte des données tues, voilées ou camouflées change radicalement les perspectives : ce qui paraissait désespérant ne l'est pas autant qu'on l'affirmait et ce qui était perçu comme intangible, comme un progrès, ... perd soudain son lustre de pacotille. Il suffit d'intégrer le nombre annuel d'avortements connus en France, au moins 220.000 par an, pour faire chuter l'espérance de vie d'une vingtaine d'années en France, la faisant passer de 80 ans à moins de 60 ans.

Pourquoi certains jeunes, élevés en France (et ailleurs), partent-ils s'entraîner pour revenir ensuite assassiner le premier venu, avec la plus grande lâcheté, tout en se prenant pour des martyrs ou en étant déclarés comme tels par ceux qui les recrutent, les excitent et les préparent à exécuter des actes de barbarie sans aucune hésitation et avec un sang froid qui parvient à glacer le coeur le plus fermé à la détresse d'autrui ? Sont-ils seulement animés par le nihilisme le plus abject ? Sont-ils mûs par la seule volonté de puissance d'un ego surdimensionné et totalement déséquilibré ? De quelles maladies spirituelles et corporelles sont-ils atteints ?

Pourquoi des jeunes qui devraient se mettre au service d'oeuvres de vie avec enthousiasme et pleins de générosité choisissent-ils, au contraire, de participer à des massacres et de se livrer, corps et âme, à la remorque d'une destruction systématique de constructions anciennes, de structures vitales pour des centaines de milliers d'habitants ? Pourquoi agissent-ils en fanatiques ? De quelles idolâtries sont-ils les esclaves ? Par qui, pourquoi et dans quels buts sont-ils armés ?

Pourquoi (et pour quoi) cette folie morbide et destructrice, organisée avec autant de soin et de génie maléfique que celle qui broya des millions d'êtres humains en Europe, en Chine et ailleurs en Asie, en URSS ... ?  Moins figée au XXIème siècle qu'au siècle précédent en raison de la mobilité grandissante de l'existence humaine, elle lui emprunte l'absurdité de tout combat déséquilibré : il ne s'agit pas d'une guerre à proprement parler où les belligérants s'affrontent à armes quasi égales mais d'une violence d'un soi-disant fort contre beaucoup plus faible que lui. Celui qui attaque ne laisse aucune chance à sa victime, ne lui offre aucune possibilité de fuite, de défense ou de reddition. (Fait qui n'est pas nouveau, loin s'en faut, et qui eut largement cours au XXème pendant la seconde guerre mondiale ainsi que le décrit August von Kageneck dans son livre "Examen de conscience - Nous étions vaincus mais nous nous croyions innocents").

Ainsi en va-t-il, non pas seulement de terroristes minables mais bien davantage de médecins pour ainsi dire réquisitionnés par un pouvoir, lâche et veule, qui les a si bien conditionnés qu'ils peuvent participer, à toute heure, sans trop de scrupules (?), à la mise à mort de millions d'enfants qui ne demandaient qu'à voir le jour.

Plusieurs dysfonctionnements concourent à cette situation dramatique : méconnaissances ou ignorances spirituelles, éthiques, juridiques, morales, déontologiques, théologiques, métaphysiques, philosophiques, scientifiques, artistiques, religieuses, ... ; absence de magnanimité et d'humilité, perte du sens des vertus humaines, jeunesse désoeuvrée, mollesse, corruption et gabegie politiques, obscurcissement des consciences par l'empoisonnement d'un langage trompeur qui s'accommode trop souvent de demi-vérités et qui fait donc le lit des mensonges. 

Depuis des années, nos gouvernements successifs ont pris l'habitude en France de rendre notre pays de plus en plus vulnérable par la promotion et la mise en oeuvre de projets sans la moindre grandeur. Cela commence dès 1975 avec la loi dépénalisant l'avortement qui, sous couvert d'un droit, a instauré le crime d'Etat organisé contre ceux qui sont sans la moindre défense. 

Situation d'autant plus paradoxale et malsaine qu'il fut décidé quelques années plus tard de renoncer à la peine de mort pour des criminels, comme si le tout petit en gestation n'avait pas autant le droit de vivre qu'une personne potentiellement dangereuse. Situation absurde où l'on postule que le tueur s'amendera et deviendra fréquentable après des années de prison tandis que l'enfant à naître n'aurait pas sa place parmi nous. 

Si l'on estime, selon une perspective qui ne peut-être que surnaturelle, que le violeur et le tueur auront leur place en société, qu'est-ce qui empêche, d'un point de vue simplement naturel, et a fortiori surnaturel, de penser que celui qui va naître n'aurait pas la sienne ? Si l'on pense qu'une prise en charge, un accompagnement ... bien menés arriveront à permettre la réinsertion d'un criminel, pourquoi s'imaginer qu'une éducation de qualité, même moyenne, ne parviendrait pas à favoriser l'insertion de toute personne en gestation ? A moins d'invoquer l'argument du nombre : quelques centaines de grands criminels contre des millions d'enfants, on ne voit pas pourquoi une action très improbable - obtenir la rédemption d'un condamné pour crime(s) - aurait plus de chance d'aboutir qu'une tâche habituelle : élever un enfant, même inattendu ou non souhaité. 

Il ne faut, certes pas, méconnaître le risque du handicap grave résultant d'un désamour maternel et/ou paternel a priori ou d'une situation morale voire matérielle aggravante mais, plutôt que de financer de plus en plus largement le meurtre de l'enfant à naître, il conviendrait de soutenir, matériellement et spirituellement, toutes les femmes qui hésitent encore à garder leur enfant ou qui subissent des pressions insoutenables pour les pousser à l'avortement. Voir par exemple ce reportage qui montre comment l'omerta sur l'IVG entretient des souffrances qui auraient pu être évitées par davantage de courage, de maîtrise de soi, de prudence et de justice, de magnanimité et d'humilité.

L'argument de la souffrance à venir d'un enfant a priori rejeté et quand même accepté, contre fortune bon coeur, ne tient pas non plus car cette souffrance hypothétique (mais aussi constatée) est finalement remplacée par celle d'une femme qui regrette son acte jusqu'à la fin de ses jours ou qui si elle paraît s'en être sortie indemne, développe des maladies ou des comportements qui manifestent autrement que quelque-chose en elle ne va pas. A cette souffrance de la mère, il faut ajouter, dans une perspective qui dépasse le plan visible, la souffrance de l'enfant éliminé et toutes les répercussions traumatiques que peuvent avoir sa disparition.

N'envisager que le pire pour l'enfant c'est oublier que sa venue est capable de transformer en profondeur le coeur d'une femme et/ou d'un homme, de chambouler son existence et ses croyances comme de lui donner des ailes alors qu'il ou elle pense n'avoir que des pieds de plomb parce qu'il ou elle redoute d'être incapable de faire face, d'être submergé(e) par les difficultés, les obstacles qui, pourtant, s'aplaniront souvent par miracle. Refuser l'existence terrestre au tout petit en gestation c'est prendre le risque de choisir le misérabilisme, la pusillanimité et la douleur incessante.

Tant que la société française, tout entière, ne sera pas revenue à l'esprit de gratitude qui s'émerveille de toute naissance, il est clair que bien des femmes et bien des hommes ne pourront pas accueillir le bonheur d'être parents. Les pressions intérieures que les hommes et les femmes s'infligent sont si fortes, les pressions extérieures qu'ils subissent sont si redoutables que c'est le corps intégral de la société qui doit résister sinon les femmes sont les premières victimes  et cela va jusqu'au meurtre qui risque de hanter leur conscience pendant des années.

Chaque jour, combien de médecins tuent et blessent encore plus de personnes que le 13 novembre dernier ? 

L'acte de l'avortement est si répugnant, si contraire à l'exercice de la médecine, si choquant pour toute conscience un tant soit peu éclairée, que nombre de médecins en France choisissent de ne plus prêter leur concours à l'une des plus tragiques barbaries de l'histoire des hommes : ils savent que pour faucher une vie à son commencement, il faut déployer un arsenal puissant, médicamenteux ou physique, qui atteint de plein fouet une dynamique prodigieuse. Cela ne se fait pas sans moyens redoutables. 

Nul doute qu'ils seront encore plus nombreux au fil du temps : un homme ou une femme ne passe pas un concours difficile et ne consacre pas de longues années de sa jeunesse à devenir capable de soigner et de guérir pour se transformer finalement en bourreau de service à la solde d'un pouvoir corrompu jusqu'à la moelle et même jusqu'au sommet de l'Etat puisque les anciens locataires de l'Elysée perçoivent jusqu'à leur décès des subsides qui dépassent le million d'Euros par an en cumulant toutes leurs retraites et indemnités, sans compter quelques avantages en nature ! Un véritable scandale quand on sait que certains sont  grassement rémunérés de surcroît pour la moindre de leur prestation en public. Les sommes perçues sur le dos des contribuables seraient bien utiles pour venir en aide à ceux qui manquent du nécessaire et notamment aux femmes qui hésitent à garder leur enfant pour des questions d'argent. Le projet France2022 prévoit de faire cesser cette confiscation par quelques-uns de sommes qui reviennent de droit à des personnes beaucoup plus nécessiteuses.

Ceux qui défendent l'IVG prétendent, pour se disculper, qu'il ne s'agit que de foetus et pas encore de personne. En sommes-nous si sûrs ? L'horreur vécue en plein Paris se renouvelle chaque jour dans les coulisses de nos hôpitaux et de nos cliniques, évidemment sans le moindre écho dans certains médias inféodés aux pouvoirs mortifères mais le silence des agneaux qu'on abat ainsi finira bien un jour par faire un bruit assourdissant car deux vies ont été fauchées, celle de l'enfant et celle de la mère. Si lui n'a plus la possibilité de parler directement, il lui reste le moyen de se faire entendre par la voix de sa mère qui, prenant son courage à deux mains et sans fausse honte, osera un jour témoigner en sa faveur. Ce faisant, elle retrouvera la joie d'être mère et par son audace, évitera beaucoup de drames.

Que l'on admette ou non la légitimité de cette tuerie, elle fait de notre pays, comme tant d'autres, la cible de choix de tous ceux qui estiment que l'occident (mais pas seulement lui !) mérite un châtiment pour son inconduite. Ceux qui administrent les coups de la revanche n'ont aucune leçon à donner en matière de bienséance, de morale ou d'éthique. Cela ne les empêche pas de s'arroger le droit de punir notre pays puisqu'ils le jugent infidèle. Criante stupidité, bien sûr. Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu'il se repente et qu'il change de voie. 

Dieu ne demande pas à d'anciens ou perpétuels délinquants de faire régner la terreur pour que d'autres se convertissent. Le spectacle d'une confusion totale et d'un apparent non sens absolu n'a jamais permis à quiconque de revenir à davantage de justice, plus de compassion ou de compréhension durables ; d'abandonner ses folies pour choisir de se comporter plus sainement et plus saintement. 

L'absurdité des massacres du 13 novembre fera dire à certains que l'homme est décidément un loup pour les autres, que le monde est bien pourri, que les musulmans sont ceci, la France cela, les services de renseignement ceci, la diplomatie française cela ... 

Combien seront-ils ceux qui s'interrogeront sans se laisser décourager par l'horreur ; se mettront en marche pour lutter avec patience, non d'abord contre des dysfonctionnements externes mais contre ce qui, en eux, fait obstacle à l'avènement d'un monde pacifié et capable d'accueillir tout être humain comme une bénédiction ?

Le mariage pour tous est venu bêtement ajouter une couche au constat de décadence que les adversaires de la France, de l'Europe et d'ailleurs se plaisent à dresser pour légitimer leurs exactions.
Si nos parlementaires avaient pris à coeur la défense du peuple français, ils auraient évité une telle idiotie. Certains en sont au contraire tout à fait fiers car ils en font un acte de résistance contre la barbarie des pourfendeurs de la relation homosexuelle. Ils oublient qu'il existe des moyens autrement plus intelligents d'obtenir le respect des personnes, quels que soient leurs agissements et leurs choix de vie. 
Davantage de fermeté diplomatique voire économique à l'égard des pays qui laissent libre cours aux vengeances, aux moqueries, aux tortures et aux exécutions sommaires des personnes jugées "non conformes" ou "anormales" aurait beaucoup plus d'effet que cette espèce de provocation imbécile consistant à instaurer un mariage, soi-disant "pour tous", ce qui s'appelle se foutre de la gueule du monde et tend à faire miroiter un faux espoir à tous ceux qui ne rencontrent jamais l'âme soeur ou pensent ne pas la rencontrer. C'est aussi contribuer à diminuer encore le crédit d'un pays qui n'aura finalement plus grand chose d'intéressant à apporter dans le monde s'il continue à pratiquer le ski hors piste. Cela ne fait qu'engendrer des avalanches meurtrières. Que peut en effet défendre un pays qui se prétend "normal" jusqu'au plus haut niveau mais qui n'hésite pas à multiplier les actes médicaux prénataux pour éliminer le plus possible toute déficience jugée anormale ? Ainsi en va-t-il de la trisomie 21. Les Etats qui pratiquent l'élimination ou qui mettent au banc de la société les "anormaux" pour leurs comportement jugés "déviants" auront beau jeu de rétorquer à la France qu'elle est la première à pratiquer largement l'élimination de l'innocent soit pour des raisons médicales aberrantes soit pour assurer le confort de tous ceux qui redoutent l'arrivée d'une nouvelle vie jugée problématique, emportés qu'ils sont par des pensées délétères. Parmi les 8 à 10 millions de victimes de l'avortement en France depuis 1975, combien seraient devenus délinquants ? Une infime poignée ! A chaque génération, naissent et/ou grandissent des "monstres", des "barbares", des "cinglés" ... ainsi dénommés par ceux qui sont le plus durs envers l'anormalité. Penser que des conditions initiales déplorables, difficiles ou non idéales déterminent automatiquement une existence pitoyable  c'est se tromper lourdement sur les immenses capacités de rebond, de résilience, d'entraide qui se mettent en oeuvre autour des personnes en difficulté et, contrairement à ce que l'on entend dire et répéter, l'humanité progresse chaque jour dans le sens d'une prise de conscience et d'une prise en charge de plus en plus fines, efficaces et chaleureuses de la détresse d'autrui. A l'inverse, penser que des conditions initiales en apparence favorables (ou qui le sont réellement) suffisent à engendrer des personnes saines d'esprit et de comportement, c'est oublier la responsabilité personnelle et la (fausse) liberté individuelle qui peut conduire quiconque à devenir délinquant et criminel.
Les combats, les attentats, les guerres, les crimes ... même répandus sur la planète représentent une minuscule part de la réalité terrestre car, si le mal dispose maintenant de moyens très puissants, le bien en dispose également. A chacun de nous de savoir en user dans le sens d'un bien véritable et non pas en faveur de maux présentés comme des biens par des artifices de langage, des raisonnements foireux ou des mensonges grotesques. 
Ce qui précède semble contredire ce qui était dit au paragraphe précédent : ne pas chercher en dehors de soi ce qui fait obstacle à la paix mais chercher d'abord en soi. Contradiction apparente qui se résout bien simplement : à trop détériorer les conditions ou l'environnement de l'existence humaine, une politique imbécile en vient à rendre très difficile voire quasi impossible le seul djihad légitime, celui qui consiste à se réformer d'abord soi-même. En effet, quand de très graves exactions comme le meurtre de l'enfant dans le sein de sa mère sont présentées comme des actes banals voire faussement légitimes (puisque légaux), les consciences finissent par ne plus avoir de repères solides. C'est alors qu'une société dans son ensemble, un pays tout entier et même tout un continent se trouvent embarqués dans une course folle que des esprits fatigués, échauffés ou déréglés, pensent pouvoir arrêter par d'autres meurtres. Peine infernale : demain d'autres enfants seront encore tués par de pauvres femmes qui se diront : "Dans ce monde de fous (??), je préfère "assassiner" mon enfant plutôt que de le voir un jour tomber sous les balles d'un tueur embusqué ou devenir criminel faute d'avoir pu l'élever décemment." Raisonnement, pourtant bancal ou incomplet, qui ne tient pas compte de la réalité et de la vérité : votre enfant, Madame, Mademoiselle, Monsieur, a autant de chances de tomber ainsi que de gagner un jour le gros lot à un jeu d'argent ... Beaucoup d'autres enfants ne verront pas le jour à cause de raisonnements analogues alors qu'il aurait suffi que leur mère et leur père entendent et comprennent que le malheur n'est jamais sûr puisqu'il représente, à l'échelle de la planète, une part infime de la réalité humaine comme le rappelle justement Matthieu Ricard et que ce malheur est voué au néant dans une perspective eschatologique : à la fin des temps, seul le bien véritable subsistera pour le bonheur des bienheureux tandis que le mal sera jeté en pâture à ceux qui auront choisi de s'en nourrir de manière exclusive. 

Il en est, hélas, qui ont des nausées à la seule idée que l'on puisse distinguer le bien du mal mais qui, à la première injustice selon leur point de vue, se réveillent soudain pour dénoncer le mal qu'elle signifie ou révèle. Cette incohérence ne peut empêcher de considérer que l'un et l'autre ne se valent pas ; de dire à temps et à contre-temps que la situation du pécheur - notre condition commune - est redoutable : celui ou celle qui commet un mal objectif risque de prendre la fâcheuse habitude d'aller de plus en plus loin dans le vice et dans la torture d'autrui.

De nombreux commentateurs ont affirmé que le commando contre Charlie Hebdo en janvier 2015 s'en était pris à la "liberté d'expression". C'était aller un peu vite en besogne. Certes, il a tenté de faire taire les artisans d'un hebdomadaire qui s'exprimaient sans aucune retenue mais ceux-là oublient que, malheureusement, les assassins se sont mobilisés pour une guerre "sainte" (faussement sainte évidemment : seule est sainte la Paix) pour défendre leur citadelle contre les assauts des moqueurs et de la dérision à bon compte. Qu'ils aient usé de ce prétexte de l'attaque en abusant de qualificatifs caricaturaux (blasphèmes, crimes, ...) ou en grossissant l'offense pour exprimer leur volonté de toute puissance et alimenter le moulin de la terreur ne doit pas nous dispenser de réfléchir sur nos propres comportements de soi-disant "civilisés". 

Ce n'est pas en tournant en dérision un prophète, un religieux, une religion, une autorité morale, un pouvoir quelconque ... que l'on fait avancer d'un pouce la civilisation. On obtient, en revanche, une excitation qui tourne parfois au drame quand l'offensé se sert du prétexte de l'offense pour alimenter sa propagande ou pour exécuter ses plans maléfiques, pour asseoir son pouvoir policier ou dictatorial. Ainsi, parler de radicalisation de l'islam revient à méconnaître sa transposée : islamisation de la radicalité dans laquelle, les offenses supposées ou réelles contre l'islam, deviennent du pain béni pour tous les révolutionnaires en mal de terrain de jeu. Ils auront tôt fait de prendre le prétexte de la soi-disant défense de l'islam, d'une religion soit-disant offensée, d'un Coran soi-disant non respecté, d'une charia mal appliquée, ... pour instaurer leur loi sanglante partout où ils rencontreront, soit une résistance molle, soit une configuration rêvée pour la justification de leurs exactions. 

Au fond, non seulement notre législation devient de plus en plus permissive faisant de la France la risée de ceux qui cherchent le plus petit argument pour s'en prendre à elle mais, de surcroît, certains se croient autorisés en France à tourner en dérision un adversaire qui n'en demande pas tant pour se déchaîner. Jeu absurde qui conduit à une escalade de la violence, des deux côtés, et provoque des catastrophes sanglantes. N'importe quel adversaire assez rusé n'hésitera pas une seconde à s'auto-justifier, à sanctifier au besoin les pourfendeurs de la France et ceux qui commettent l'irréparable au nom d'Allah ou d'un autre. 

Nous parlons de "terroristes" pour désigner ceux qui commettent des atrocités sur notre sol alors qu'eux-mêmes se prennent pour des héros. Sont-ils donc si fous que cela ? Ne le sommes-nous pas à leurs yeux ? Ne se considèrent-ils pas plutôt comme des résistants en lutte contre des Etats qu'ils jugent sataniques, mécréants et barbares ? Ne veulent-ils pas simplement abattre des sociétés qu'ils trouvent perverties jusqu'à la moelle, qui n'hésitent pas à se déclarer massivement athées (ce qui revient tout simplement à dire soit que l'univers est éternel soit que Dieu s'en est retiré) et qui manifestent leur athéisme par le sort qu'elles réservent à beaucoup de leurs enfants sans même essayer de les sauver, par l'établissement de lois qui leur paraissent tout à fait contraires à l'ordre divin tel qu'ils le conçoivent ? 

Sourire d'une telle hypothèse risquerait de nous faire passer à coté d'un levier d'action puissant : comprendre enfin qu'une partie de notre jeunesse en a assez de l'hypocrisie d'une société qui affirme, haut et fort, vouloir le bien de tous, sans aucune discrimination, sans la moindre intolérance, ... mais qui, en sous main, par des manipulations grossières, odieuses et scandaleuses, organise minutieusement les circonstances favorables à la perpétuation de crimes quotidiens contre les membres les plus fragiles en son sein et, comble de l'ironie, contre ceux qui ont le plus grand potentiel de vie ; une société devenue aussi incapable d'entendre la rancoeur de tous ces jeunes laissés pour compte parce que broyés par une machine économique qui tourne à vide au seul profit de quelques "élites" confortablement assises aux manettes d'un colosse aux pieds d'argile ou de quelques réseaux fort actifs pour ôter à la France toute dignité. 

En dernière analyse, avortements et chômage de masse sont intimement liés. Ils expriment à la face des générations montantes une haine sordide : celle que vouent des rentiers ou leurs comparses à l'égard de toute jeune pousse, elle qui prendra un jour la place d'une plante devenue bien grasse à force de faire de l'ombre à celle qui voudrait voir la lumière. 

Dans un pays où l'obscurcissement des consciences est devenu monnaie courante, les pseudos martyrs de la guerre "sainte" se font exploser comme des sentinelles désespérées (et encore plus désespérantes) en s'imaginant que quelques étincelles vont suffire à nous réveiller de notre torpeur et à jeter une lumière bienfaisante sur nos égarements. 

Il est urgent de dire haut et fort à cette jeunesse désoeuvrée et complètement perdue qu'il existe bien d'autres moyens de lutter à armes égales, sans aucune barbarie, par des actions magnanimes et généreuses, par le souci des pauvres, par une parole de vérité, ... afin qu'advienne un monde plus juste mais demeurant imparfait jusqu'à la fin des temps. 

Il est urgent aussi d'apprendre à tous ces jeunes en manque de terrain de combats judicieux que le premier vrai combat commence par la réforme de soi, jour après jour, éminemment patiente et humble, par un djihad de chaque instant qui vise, non pas à détruire les "mauvais" qui m'entourent, mais à chasser sans relâche du temple intérieur de ma conscience les démons de la bêtise, de l'ignorance, de la luxure, de la gourmandise, de la suffisance, de l'ingratitude, de l'orgueil, de la jalousie, de l'envie, de la paresse ou de l'acédie ...

La prudence la plus élémentaire devrait nous inciter à mieux comprendre les ressorts du déferlement de haine réciproque qui jette l'un contre l'autre des Etats armés jusqu'aux dents et des bandes d'égorgeurs que d'autres Etats alimentent en matériel de guerre. L'un de ces ressorts tient à de très graves méconnaissances du rôle majeur des religions et de la nécessité pour les membres de chacune d'elles de s'exprimer vigoureusement dans toutes les circonstances où des hommes perdent de vue l'essentiel et se fabriquent des idoles très dangereuses.

Ainsi en est-il de l'idôlatrie du confort et son corollaire boursouflé en France : l'idôlatrie de la rente de situation où les plaisirs d'état dominent tous les autres plaisirs. Ordre abominable dans lequel chacun essaie d'obtenir un poste ou une position qui le mette à l'abri des vicissitudes du temps et des aléas de l'existence. Une fois obtenue, la situation de rente sera défendue bec et ongles, jusqu'à l'aberration la plus totale.

Ainsi en est-il de l'idolâtrie du sacrifice sanglant comme si un sacrifice d'êtres humains ou d'animaux pouvait plaire à Dieu et nous obtenir des faveurs qui ne nous seraient pas déjà offertes à profusion. Faucher tant de vies humaines avant la naissance peut-il donc apporter un mieux être à tous ceux qui souffrent la faim et le dénuement, sont victimes d'atrocités, sont déportés, massacrés ou torturés ? Ne s'agit-il pas plutôt d'assurer notre confort en évitant d'être dérangés par la venue de gêneurs potentiels, de rivaux, de contradicteurs ... ? 

Tirer sur des passants, des personnes attablées ou présentes à un spectacle apporte-t-il une once de mieux être au reste du monde ? Par un curieux renversement de perspective, on dira : "Oui ! Voyez la solidarité qui s'est manifestée dans l'épreuve !". Encore un jugement hâtif  et même pervers ou dangereux qui oublie que cette générosité est capable de se mobiliser sans qu'il soit "nécessaire" de s'enfoncer dans la barbarie. Les miracles qui se sont produits dans les camps de concentration durant la seconde guerre mondiale et bien des années plus tard sont là pour témoigner des trésors d'imagination et des ressources admirables du coeur humain. Reproduire encore et encore des sacrifices sanglants en s'en prenant au hasard à n'importe lequel d'entre nous, à des cibles humaines bien choisies, à des objectifs civils ou militaires, aux plus fragiles et à des êtres sans défense, c'est piétiner, mépriser l'intelligence humaine et la bonté foncière d'un être créé à l'image et à la ressemblance d'un Dieu Miséricordieux par excellence. C'est aussi désespérer des autres en se plaçant au-dessus du commun des mortels dans un élan d'orgueil infernal. 

Ainsi en est-il de l'idolâtrie d'un ordre politique qui serait idéal, où les rouages de l'Etat seraient si bien huilés et les différents pouvoirs si bien régis qu'aucun homme n'aurait plus le loisir de se fourvoyer, de se tromper, de fauter, de mal faire, de spolier un plus faible que lui ... Il manque aux adorateurs d'un tel système la connaissance d'une parole lumineuse du Christ au sujet du bien et du mal quand Il recommande de ne pas arracher l'ivraie de peur de porter atteinte au bon grain. 

Vouloir à toute force que la cité, une région, un pays soit gouvernés sans ratés, sans aucune corruption et dans le respect absolu des préceptes divins c'est méconnaître la pâte humaine, la faiblesse de la chair entendue dans un sens très large (non pas seulement la peau, les viscères, les sens, les tendances nuisibles, les crispations sur un avoir toujours en péril, l'éducation reçue, les expériences vécues, ses pouvoirs, ses positions, ses sécurités, ... mais tout ce qui fait l'homme actuel, en particulier tout ce qu'il a reçu en héritage en l'acceptant plus ou moins bien - ce que St Paul qualifie justement de "vieil homme" en chacun de nous - par opposition à l'homme en devenir, l'homme spirituel, vivant ... qui se renouvelle sans cesse), c'est se leurrer profondément sur la tentation récurrente de tout homme et pas seulement de telle ou telle catégorie, de tirer quelque avantage de sa position au sein d'une organisation aussi parfaite soit-elle sur le papier. Non, il n'existe pas un système politique idéal. Aucune solution miracle ne parviendra jamais à instaurer sur terre un régime exempt de défauts.

Un tel constat n'invite pas à se résigner et à passer sur toutes les malversations dont nous sommes aujourd'hui les témoins au sein des dictatures comme de nos démocraties. Au contraire. Chacun de nous a la faculté d'agir à son échelle en réformant sa façon de vivre pour ne pas être complice d'un ordre crapuleux et en se donnant les moyens de bousculer cet ordre sans pour autant aller s'en prendre au premier venu ou tirer au hasard sur des personnes rassemblées. Ajouter ses propres exactions à celles d'un pouvoir corrompu ne fait que renforcer le dit pouvoir et le rendre encore plus odieux.

Notons enfin qu'en démocratie, il existe toujours des moyens de s'exprimer et de révéler la corruption ou l'indigence d'un pouvoir en place. Nous en avons eu récemment la preuve à propos du projet d'inscription dans la Constitution de ladite "déchéance de nationalité". Voir par exemple à ce sujet l'article : "La déchéance de nationalité, une aberration aux antipodes du droit français traditionnel" publié par le Rougeetlenoir.

Pour aller plus loin : P. Frédéric Louzeau intervenant au Collège des Bernardins le 4 février 2016 à propos des libertés menacées.






samedi 1 mars 2014

La brebis égarée


Elle ne supportait pas l'idée 
qu'an lendemain même 
de la défaite du nazisme, 
deux peuples détestés par Hitler 
se dressent l'un contre l'autre, 
en arrivent à s'entre-tuer, 
chacun étant persuadé d'être 
parfaitement dans son droit 
et unique victime d'une injustice. 

Les Juifs 
parce qu'ils venaient de subir 
ce qu'un peuple connaître de pire, 
une tentative d'anéantissement, 
et qu'ils étaient déterminés 
à tout mettre en oeuvre 
pour qu'une telle chose 
ne se reproduise plus jamais ; 

les Arabes 
parce que la réparation du mal, 
en quelque sorte, 
se faisait à leurs dépens, 
alors qu'ils n'étaient pour rien 
dans le crime perpétré en Europe.

Les Echelles du Levant, p. 158
Amin Maalouf

La brebis hors du troupeau est en danger de mort : elle est à la merci d'une chute, de l'attaque d'un prédateur, du froid, d'un manque de nourriture ... La voici menacée de toutes parts. 

Il n'est que de suivre, pas à pas, Gunnar Gunnarson et son "Berger de l'Avent" parti à la recherche des brebis égarées dans la montagne islandaise, pour saisir ce qu'il faut à l'homme, de courage et de ténacité, quand il a décidé de refuser la mort de celles qui se sont attardées ou perdues en chemin.


L'homme fautif, celui qui a été pris, la main dans le sac, comme celui qui a échappé à la justice de ce monde, est comme une brebis égarée. Si nul ne part à sa recherche, il ira à sa perte. S'il refuse une main secourable, il s'enfoncera davantage.

Celle qui a choisi d'éliminer l'enfant qu'elle portait en elle, quelle que soit la raison de son geste, erre comme une brebis égarée. Si personne ne vient à sa rencontre pour la relever, elle se perdra ou se détruira pour faire justice elle-même. S'il lui reste assez de force et de lucidité pour ne pas se haïr à tort, il lui arrivera de chercher à démolir autour d'elle, propageant les pires idées et prônant quelques évolutions absurdes.

Vouloir réduire la violence, sans réfléchir aux conséquences de l'extermination licite d'un millier d'innocents chaque jour ouvrable en France, soit une exécution toutes les 30 secondes ouvrables, voilà bien une volonté de brebis égarée. L'animal perdu n'est pas seulement tel ou tel - chacun de nous en vérité, à un moment ou l'autre - mais aussi un pays tout entier, un continent, un monde en déclin où la mort redoutée serait devenue une panacée.

Parmi les nations, chaque patrie est en proie à une série d'égarements. Certains jurent dans le paysage médiatique ou dans l'opinion. D'autres sont plus discrets et ce ne sont pas les moins dangereux. Depuis des années, une nation se distingue et si nous n'arrivons pas à la remettre sur le sentier du bercail, il est à craindre qu'elle ne finisse dans le ravin. Elle est armée jusqu'aux dents mais n'a jamais eu aussi peur. Elle vit grassement mais demeure insatisfaite. Plusieurs attendent qu'elles s'endorment pour la rôtir en méchoui.

"Oeil pour oeil, dent pour dent" était un progrès mais voilà deux mille ans que raisonne un appel plus pressant, plus exigeant, pour nous inviter à ne pas répondre à la violence par la violence. La brebis égarée est-elle encore en mesure de l'entendre ? Qui saura la convaincre qu'il n'est pas dans sa nature d'être agressive, que la crainte d'offenser est salutaire puisqu'elle délivre de la peur ?

Quand une brebis s'est mal comportée, notre instinct nous pousse à la mettre à l'écart voire à la rejeter. Autrefois, elle était frappée, torturée et même tuée. Aujourd'hui, l'enfermement qui précédait le supplice est devenu le châtiment. Lieux de détention provisoire, nos prisons n'avaient pas été conçues pour la prolongation du séjour. Malgré de nouvelles constructions, des aménagements et des rénovations, l'emprisonnement engendre beaucoup de pauvretés et de misères : au lieu d'améliorer, nous provoquons, trop souvent, l'aggravation. Quelques rédemptions exceptionnelles ne cachent pas l'incohérence et l'inadéquation de nos pratiques pénales.

Le projet France2022 prévoit de réduire la durée des peines de prison pour des malversations sans violence envers les personnes et de limiter les décisions d'enfermement dans tous les cas où la sanction de la mise à l'écart n'est pas justifiée par des raisons graves de sûreté. Un exemple : toute personne ayant commis des malversations financières doit être tenue de réparer les préjudices qu'elle a causés mais n'a pas à être enfermée. Seules devraient être emprisonnées (et soignées) les personnes ayant tué ou agit violemment (viols, coups et blessures, séquestration, menaces ...). 

Le projet France2022 prévoit plus fondamentalement de remédier aux causes de ces mises en prison sans prétendre, cela va de soit, parvenir à les éliminer. L'une de ces causes majeures est la consommation excessive d'alcool (on estime qu'aujourd'hui un tiers des prisonniers sont incarcérés à cause de l'alcool) qui provoque tôt ou tard des situations de violences telles que leurs auteurs se retrouvent derrière les barreaux. Ces excès eux-mêmes sont les conséquences de multiples causes dont l'analyse fournit de nombreuses pistes de travail en vue d'améliorer les conditions de vie en France en atténuant, notamment, les effets de mesures qui engendrent les structures de péché et de mort, ces toiles d'araignée, en lesquelles se laissent piéger tous ceux qui ne sont pas armés pour les percevoir, s'en écarter ou les éviter.