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vendredi 22 janvier 2016

France2022 : Réhabilitation de la mémoire de Louis XVI et prolongements constitutionnels. Pour une Révolution authentique


« Je voudrais que ma mort 
fît le bonheur des Français 
et pût écarter les malheurs que je prévois, 
le peuple livré à l’anarchie, 
devenu la victime de toutes les factions. »

Louis XVI


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Sous la mention : "C'est Louis XVI qui l'a fait : le saviez-vous ?", nous trouvons :

Louis XVI décida de soulager son peuple en le dispensant du droit de Joyeux avènement, impôt perçu à chaque changement de règne.
Louis XVI créa le corps des pompiers.
Louis XVI autorisa l’installation de pompes à feu, pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.
Louis XVI créa un mont-de-piété à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.
Louis XVI abandonna aux équipages de ses vaisseaux le tiers de la valeur des prises qui lui était réservé en temps de guerre.
Louis XVI décida d’aider l’abbé de l’Epée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune » auquel il enseignait un langage par signes de son invention. Le Roi lui versa alors une pension de 6000 livres sur sa propre cassette, contre l’avis de l’archevêché qui soupçonnait cet homme de jansénisme.
Louis XVI dota l’école de Valentin HAUY pour les aveugles.
Louis XVI donna l’ordre à ses commandants de vaisseaux de ne point inquiéter les pêcheurs Anglais et obtint la réciproque pour les pêcheurs Français.
Louis XVI donna le droit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux même leur pensions sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.
Louis XVI ordonna aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi » 90 ans avant la 1ere convention de Genève !
Louis XVI décida d’abolir le servage et la main morte dans le domaine royal et le droit de suite qui permettait aux seigneurs de faire poursuivre les serfs ou mainmortables qui quittaient leur domaine.
Louis XVI ordonna l’abolition de la question préparatoire et préalable (torture)
Louis XVI accorda le premier, le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés à l’assemblée des états généraux.
Louis XVI décida de faire construire à ses frais, des infirmeries « claires et aérées » dans les prisons.
Louis XVI s’inquiéta du sort qui était réservé aux prisonniers détenus en préventive de par leur inculpation, avant le procès. Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès (sujet d’une étonnante actualité) !
Louis XVI supprima de très nombreuses charges de la maison de Roi (plus du tiers).
Louis XVI permit aux femmes d’accéder à toutes les maîtrises.
Louis XVI finança tous les aménagements, de l’hôtel-Dieu pour que chaque malades ait son propre lit individuel.
Louis XVI employa le 1er, l’expression « Justice sociale ».
Louis XVI fonda un hôpital pour les enfants atteints de maladies contagieuses, aujourd’hui nommé : « Hôpital des enfants malades »
Louis XVI créa le Musé des Sciences et Techniques, futur Centre National des Arts et Métiers.
Louis XVI fonda l’école des mines.
Louis XVI finança sur ses propres fonds, les expériences d’aérostation des frères Montgolfier.
Louis XVI finança également les expériences de Jouffroy pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.
Louis XVI exempta les Juifs du péage corporel et autres droits humiliants.
Louis XVI accorda sept millions aux victimes du froid excessif en 1784.
Louis XVI accorda des pensions de retraites, à tous ceux qui exerçaient une profession maritime.
Louis XVI demanda l’établissement annuel de la balance du commerce.
Louis XVI créa le droit de propriété des auteurs et compositeurs de musique.
Louis XVI accorda l’état-civil aux non-catholiques.
Louis XVI créa l’Ecole de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le musée du Louvre.
Louis XVI lança une des plus grandes expéditions de découverte de son époque et choisit Jean-François de la Perouse  pour diriger une expédition autour du monde visant à compléter les découvertes de James Cook dans l’Océan Pacifique.
Louis XVI aida l’Amérique à proclamer son indépendance le 4 juillet 1776.
Source : « Louis XVI a la parole » de Paul et Pierrette GIRAULT de COURSAC, éd de l’OEIL


Il est temps que le peuple français, dans son ensemble, redécouvre l'une des figures majeures de son histoire et prenne la peine d'en réhabiliter la mémoire, non par nostalgie de la monarchie car ses élites ont eu bien des torts comme tous les tenants de quelque pouvoir quand il ne s'exerce pas au service de tous, mais afin de sortir de l'impasse où l'a conduit une forme de parricide : depuis le jour où quelques enragés, et même malades mentaux pour certains, ont réussi à faire exécuter l'un de ses rois les plus brillants, la France est comme orpheline. 

En prélude à cette tribune, on suivra avec curiosité et intérêt un court extrait d'un débat opposant Stéphane Bern et Jean-Michel Blanquer en 1989 à propos des monarchies.

Ayant décapité la tête du Père de la Nation, la France a perdu la sienne. Nous en fûmes témoins chaque jour au récit des aventures d'un chef d'Etat qui, de cette fonction, en avait le nom sans en avoir l'étoffe. 

En dépit de ce que vient d'affirmer l'un des anciens hôtes de l'Elysée, ce manque d'étoffe date de plus d'une vingtaine années puisqu'il concerne au premier chef celui qui dénigre ses successeurs pour de très bêtes questions d'orgueil revanchard et par un manque évident de lucidité sur son propre compte : bénéficiant depuis des dizaines d'années d'un traitement de faveur éhonté et même scandaleux, les subsides dont il dispose sans le moindre scrupule (?) constituent ces sortes de biens que le riche confisque aux veuves, aux orphelins et aux parents seuls et qui devraient être restitués à qui de droit ; ces sortes de biens dont manquent aussi des femmes désemparées qui choisissent d'avorter plutôt que de garder en elles une promesse de vie et de bonheur authentique. Si cet homme (qui se reconnaîtra aisément à la lecture de cette tribune) parvenait enfin (il n'est jamais trop tard) à clarifier sa conscience et à faire amende honorable, il léguerait une partie de sa fortune au bénéfice d'une fondation destinée à toutes les femmes que l'IVG risque encore de léser gravement ; une fondation soutenant enfin ces promesses de vie sans lesquelles une nation dépérit. Pour qui écrivit un jour : "Le pouvoir et la vie", il y aurait, dans cet acte de fondation, une cohérence enfin recouvrée.

Ce manque d'étoffe au sommet de l'Etat français ne tient pas seulement aux défauts des uns et des autres car il n'existe aucun homme sans failles mais aux prétentions d'une république si mal organisée qu'elle n'a pas encore compris que le rôle d'un Chef d'Etat (plutôt Chef de la Nation) n'est pas de s'occuper de tout, qu'il a d'abord un rôle symbolique et qu'il lui revient d'assumer cette charge en faisant preuve de très solides vertus et non pas de simples habilités tactiques.

Il est temps que nous comprenions que ce rôle éminent de Chef de la Nation ne peut être assumé par un chef de parti, ancien ou nouveau, que ses nombreuses prises de position antérieures vont handicaper, en raison même du combat politique et de la concurrence très vive qui se manifeste dans la pêche aux suffrages. Ses positions censément tranchées lui auront fait perdre le statut et même la stature de rassembleur qui incombe au Chef de la Nation tant il est vrai que rassembler un parti, même divisé, n'a pas grand chose à voir avec le rassemblement d'une nation. Pour aller plus loin sur ce thème, voir l'étude de Simone Weil sur les partis politiques.

Un chef de parti cogne fort sur des adversaires (et même ses anciens alliés !) pour souder ses troupes tandis qu'un vrai Chef de la Nation fait en sorte que nul ne soit en position d'écraser ou d'éliminer ceux qui ne sont pas du même avis que lui. Il s'abstient aussi de partir en guerre pour donner l'illusion que la nation fait corps contre un ennemi extérieur et même fabriqué de toutes pièces pour les besoins de sa cause. 

Un chef de nation digne de ce nom propose aux corps intermédiaires du pays et à tous les citoyens de bonne volonté de grands et nobles défis qui donnent à chacun, non pas de combattre ses voisins mais : 

* de livrer bataille en son coeur contre toutes les pesanteurs qui ramènent tout à lui au détriment des autres ;

* de s'unir à d'autres pour agir en bonne entente avec eux, non en vue de détruire, de démolir ou de saccager mais en vue de bâtir, de construire, d'édifier ou de réparer voire de sauvegarder ou de sauver.

Il est prévu dans le projet France2022 de remédier à l'état de fait qui règne en France depuis plus de quarante ans. De nouvelles dispositions éviteront par principe qu'un chef de parti puisse se présenter à l'élection présidentielle. Cela nous a valu depuis plusieurs décennies d'être "gouvernés" (il faudrait plutôt dire : "malmenés") par des arrivistes songeant beaucoup plus à leurs propres intérêts et à leurs petits plaisirs - y compris le plaisir d'exercer un pouvoir tyrannique, colérique, secret ou carrément occulte - qu'aux difficultés rencontrées par une multitude ou qu'aux bonnes pratiques initiées par quelques-uns dans un pays où il semble que l'ambition personnelle prime sur tout autre considération.

On aura beau d'ailleurs proposer maints et maints ajustements judicieux, rien de meilleur n'adviendra vraiment tant que la France n'aura pas guéri sa mémoire blessée et même dévastée en reconnaissant l'absurdité du geste qui élimina celui qui venait de réformer de main de maître un pays au bord de l'hystérie et qui aurait permis à la France de déployer son génie propre s'il n'avait pas été victime, entre autres, des pressions exercées par une coalition de marchands qui voulaient imposer à la France et, en particulier aux plus pauvres, le joug du tout marchand, la loi de la jungle d'un commerce sans frein et sans limite, non plus régi par la police du Roi mais désormais libre de spéculer à sa guise, quitte à affamer le peuple (voir à ce propos le récit passionnant et l'analyse percutante de Marion Sigaut à l'occasion de la crise des Gilets jaunes). 

Il n'est pas exagéré de dire que si Louis XVI avait pu régner sans en être empêché par quelques illuminés ou malades mentaux ou par des régions hostiles à la France, l'Europe n'aurait pas sombré dans cette violence inouïe qui l'a mise à terre au XXème siècle et qui la rend aujourd'hui si peu sûre d'elle-même, si fragile au fond et même suicidaire quand elle n'est pas injustement accusée par d'autres pays d'être responsable de tous leurs maux.

Voir à ce propos Le Roi Stigmatisé, une présentation de cet homme exceptionnel, un aperçu de ses aptitudes scientifiques ainsi que le texte empreint de noblesse du testament de Louis XVI.

A la réhabilitation de la mémoire de Louis XVI, il convient de joindre celle de Marie-Antoinette et du dauphin, cet enfant qui fut martyrisé de manière ignoble par ses tortionnaires.





Louis XVII a la prison du temple vers 1792-1795, allongé dans sa cellule de la prison du Temple ou il est enferme depuis le 13 aout 1792.



Pour ancrer dans le concret de nos existences quotidiennes cette réhabilitation d'une famille royale martyrisée, le projet France2022 prévoit une charte de grands principes au service d'une saine, et même sainte, Union Nationale.

Réfléchir sur l'Ancien Régime, ses mérites et ses faiblesses, sur les républiques, leurs mérites et leurs faiblesses, c'est devenir capable de distinguer des notions qui ont fini par être oubliées et confondues. Oublis et confusions qui ont engendré la pagaille et l'impuissance dont nous sommes chaque jour les témoins.

Première confusion : de "l'Etat, c'est moi" attribué faussement à Louis XIV à l'identification de la Nation à l'Etat, comment se dépêtrer ? 

Le projet France2022 prévoit de bien distinguer Nation et Etat (et a fortiori, Chef de l'Etat) en ramenant le niveau étatique au niveau provincial. Nous obtenons ainsi un (super) "Etat" fédéral français constitué de cinq provinces ayant chacune une organisation de type étatique. La France retrouve alors un statut de Nation beaucoup plus clair : un territoire, un peuple de langue française et une histoire commune ainsi qu'un droit positif enfin remis à l'endroit ... Cet ensemble a besoin d'être gouverné en évitant de conduire une politique nationale (voire nationaliste)  ou vaguement européenne voire internationaliste, beaucoup trop uniforme pour tenir compte des particularités des différents territoires et de la diversité des peuples.

Deuxième confusion : citoyenneté et nationalité. Comment tenir compte de ces deux réalités, sans les confondre, les réduire ou en exagérer la portée ?

En établissant de grands ensembles de cités peu nombreux (200 ensembles par province), régis par des municipalités largement autonomes, le statut de citoyen, résident d'un territoire administré et gouverné par une municipalité, est dissocié de celui de "membre" d'une nation. 

Alors que la Nation est renforcée pour éviter sa dissolution dans un grand tout informe qui finit par inquiéter beaucoup de nos contemporains, le concept de nationalité n'est plus obsédant et nous évitons son apparition dans de nombreux débats, apparition incessante parce que ces débats sont mal posés. Ce qui prime pour tout nouvel arrivant, ce n'est plus l'acquisition de la nationalité française mais la réussite de son accueil en tant que citoyen, c'est-à-dire en tant que membre d'une cité qui, elle-même appartient à une province (à un Etat) et, au final, à une Nation.

Nous obtenons une Nation française qui rassemble les habitants de cinq Etats (provinces) en métropole auxquels sont rattachés les territoires d'outre-mer, chaque Etat étant lui-même, non pas le rassemblement d'individus mais la réunion de cités.

Avec cette nouvelle organisation, le Chef de la Nation et son épouse (ou inversement) a surtout une fonction symbolique puisque l'essentiel du travail politique et démocratique se déroule au niveau d'une cité (comme l'indique l'étymologie du mot "politique"), se consolide au niveau d'une province (qui a le rang d'Etat) tandis qu'il est couronné au niveau national et achevé au niveau international. 

Qui dit "rôle symbolique" pour le Chef de la Nation ne dit pas "potiche" ou "gadget" ou "figurant" mais pouvoir de nomination des autorités du pays et concentration de son énergie sur ce pouvoir déterminant pour la bonne marche de la France. Non plus ce simulacre de pouvoir tous azimuts qui ne rime à rien et disperse le chef de l'Etat de la Vème république mais un véritable rôle de discernement au service des institutions majeures du pays. 

En pratique, tous les postes sensibles de gouvernement locaux seront doublés afin que les responsabilités qu'ils supposent soient assumés par un tandem de deux personnalités : l'une choisie par vote, l'autre par nomination (*). Par exemple : un gouverneur de Province élu, doublé d'un vice-gouverneur choisi par le pouvoir central de telle sorte qu'aucune personne seule n'en vienne à prendre des décisions mettant en péril, qui les finances d'un corps intermédiaire, qui l'avenir ou la salubrité d'un territoire, ...  Le principe de cette double gouvernance est détaillé ci-après. 

(*) Pour honorer le principe démocratique vaillamment argumenté et défendu par Etienne Chouard, il est possible de mettre en oeuvre une nomination parmi des personnalités choisies et proposées par des citoyens tirés au sort.

En d'autres termes, le projet France2022 tend a instituer un triple niveau républicain : au niveau le plus proche du terrain, la cité, ce que nous appelons aujourd'hui commune et qui peut être un village, un bourg ou une ville. D'où une première république : la municipalité. 

Cette première république réunit plusieurs cités qui mettent en commun leurs ressources afin de parvenir à transformer et à édifier un territoire, un environnement où chacun trouve une réponse juste à ses attentes les plus élémentaires grâce au travail des membres de cette république, celle-ci ne faisant appel que de manière exceptionnelle à l'extérieur de son territoire pour subvenir à ses propres besoins élémentaires : eau, nourriture, vêtements et matériaux de construction, besoins incluant ce qui rend possible leur production : connaissances, énergie, machines, outils, défense du territoire, ... Pour tout lecteur intéressé par une telle organisation de la cité, nous recommandons de prendre connaissance des principes d'autonomie remis à l'ordre du jour par la permaculture et nous invitons toute personne curieuse à se pencher sur le concept et l'édification de villes intelligentes, vaste concept qui ne se réduit pas à l'informatisation de nos cités mais qui s'étend à toutes les fonctions, à toutes les structures, à tous les mécanismes et à toutes les techniques qui facilitent l'évolution d'une ville entendue, au fond, comme un écosystème, un organisme vivant, capable de s'adapter finement aux données changeantes de son environnement. Le premier niveau républicain proposé par le projet France2022 est donc aussi pensé pour mettre en oeuvre avec plus de fluidité et de souplesse le concept de ville intelligente : dans un espace donné, suffisamment grand pour cela, il s'agit de penser les installations et les améliorations à venir de telle manière que le tout concourt à faire de cet espace une ville intelligente. Cette option conduit alors à intégrer d'emblée une zone périphérique et si possible un lieu de vie sauvage à toute ville selon l'esprit de la permaculture. En terme de Grand Paris et, selon le modèle d'une fédération de cinq provinces proposé dans le projet France2022, cela nous conduirait à définir un Grand Paris fédéral constitué de cinq villes intelligentes.

La province, quant à elle, correspond au deuxième niveau républicain. Elle est constituée par la réunion de plusieurs municipalités (environ deux cents, soit environ 7200 communes actuelles ou "cités" au sens grec du terme). Pour la France métropolitaine, chaque province rassemble les régions (selon le périmètre établi avant la réduction du nombre des régions en 2015) d'un double point cardinal : sud-ouest, sud-est, nord-est, nord-ouest. Une dernière province rassemble les régions du centre. Le niveau provincial devient un niveau étatique. Il est doté en conséquence de tous les attributs actuels de l'Etat français, c'est-à-dire, entre autres de tous les pouvoirs régaliens. Chaque province apporte donc aux municipalités qui la composent le supplément de ressources que celles-ci ne peuvent trouver sur leur propre territoire.

Enfin, ce que nous appelons aujourd'hui l'Etat français devient désormais une fédération de cinq Etats. C'est le troisième niveau républicain.

Une telle organisation politique nous conduit à parler, non plus de LA république française mais DES républiques françaises. En passant du singulier au pluriel, nous n'effectuons pas seulement une pirouette mentale ou verbale pour le plaisir de jouer sur les mots ou de provoquer ceux qui sont attachés viscéralement à la notion de "république une et indivisible" (nous avons beaucoup mieux à faire que de provoquer ! ). Nous ne sommes pas non plus en train de contredire le principe quelque peu usé de "république une et indivisible". Cela n'aurait pas grand intérêt. Nous revenons plutôt aux sources d'une démocratie bien pensée dans laquelle le singulier retrouve toute sa valeur car l'essentiel n'est pas de se gargariser du mot "république" et de prétendre la défendre (en vain d'ailleurs) contre ceux qui voudraient l'abattre mais l'essentiel est de bâtir un socle assez solide pour soutenir tout l'édifice démocratique et faire en sorte que chaque peuple et chaque citoyen prenne en main son avenir sans pour autant se laisser piéger par l'orgueil de l'autosuffisance (de mauvais aloi). 

Chaque niveau républicain a besoin de maintenir sa cohérence interne tout en développant ses relations avec ce qui lui est extérieur. Aussi le projet France2022 prévoit-il un binôme pour chaque fonction à remplir. En allant d'emblée au plus haut niveau, nous obtenons donc un président et un vice-président. Le premier est tourné en priorité vers l'extérieur tandis que le second s'occupe davantage des affaires intérieures du pays de sorte que lorsque le Chef de la Nation est en voyage à l'étranger, la France demeure toujours présidée par le vice-président. Cependant, l'un et l'autre agissent toujours en concertation et aucun texte ne peut-être promulgué sans leur double signature de manière à ce qu'aucun d'eux ne se retrouve seul à délibérer, à trancher et à décider. De même, à l'échelon le plus inférieur, au premier niveau républicain, celui de la municipalité, trouvons-nous un gouverneur municipal et un vice-gouverneur municipal. Le premier est en lien permanent avec les autorités de la province d'appartenance de sa municipalité et siège à l'assemblée provinciale des gouverneurs municipaux tandis que le second est aux affaires internes de la municipalité et préside le Conseil municipal. Là encore, aucun texte d'origine municipal n'est promulgué sans l'aval du gouverneur et du vice-gouverneur.

Cette nouvelle organisation de la hiérarchie politique tend à placer, à tous les niveaux de l'exécutif, un tandem ou un binôme, de même rang hiérarchique, de manière à éliminer le plus possible les rivalités incessantes que nous observons entre un premier et un second (par exemple un président et un premier ministre) qui sentent confusément qu'ils agissent à des niveaux semblables mais que l'un doit toujours s'affirmer comme "supérieur" tandis que l'autre ne supporte pas d'être traité en "inférieur", en subalterne, en collaborateur ou en simple exécutant ; que l'un est inamovible le temps d'un mandat tandis que l'autre est sur la sellette, sur un siège éjectable. Cette comédie grotesque a trop duré. Elle empoisonne la vie politique française depuis plus de quarante ans. Elle engendre des jeux de rôle pitoyables et des retards inquiétants. Ces jeux du cirque que les contemporains de Giscard et de Chirac purent observer en direct et qui n'ont cessé depuis, sauf exceptions.

Il subsiste évidemment toujours des "premiers" et des "seconds" mais dans un cadre redoublé : au lieu d'avoir un match en simple, nous obtenons un match en double et les amateurs de tennis savent que les doubles sont beaucoup plus intéressants, incisifs et spectaculaires que les simples (sauf exceptions évidemment ! ) : on y sent moins l'usure et la mise à mort inévitable de tout jeu gagnant-perdant mais bien plus le plaisir du jeu, de la combinaison, la nécessité d'une vraie et belle entente pour parvenir à l'emporter. En l'occurrence, il ne s'agirait d'ailleurs plus d'un jeu gagnant-perdant mais d'un jeu impliquant quatre personnes sensées aller dans la même direction, d'un jeu impliquant une équipe dont la composition judicieuse permettrait de réunir des talents vraiment complémentaires, notamment dans le processus délicat de la prise de décision mais aussi dans celui de la mise en oeuvre consécutive. 

Là encore, n'importe quel citoyen français a pu observer combien la plupart des décisions politiques prises de nos jours paraissent n'avoir aucun fondement solide, semblent avoir été élaborées dans la plus grande précipitation pour se conclure par des mises en oeuvre hasardeuses, calamiteuses et contre-productives quand elles ne donnent pas lieu à des débordements pitoyables et à des violences insensées comme certaines "Nuits debout", certaines grèves ou l'Assemblée Nationale élue en 2017 nous en offrent le triste spectacle.


mardi 7 avril 2015

Le travail humain

"Il faudrait pouvoir réinvestir le travail 
comme un problème politique. 
Les politiques ne parlent que d’emploi. 
Or la priorité est l’organisation du travail."



"Que pour chacun, son propre travail 
soit un objet de contemplation."










Le travail humain, vaste domaine dont le traitement par un projet présidentiel réclame beaucoup d'attentions : la réussite dans ce domaine conditionne une bonne partie de l'avenir de la nation. Les slogans, les incantations, la démagogie ou la faiblesse de l'analyse ne font qu'aggraver les problèmes. 

Ajout du 23 mai 2016 : ... et nous sommes aussi témoins en France et ailleurs de l'ineptie d'un traitement de ces questions en fin de mandat présidentiel, sans avoir pris le temps nécessaire en amont et en aval pour conduire une politique digne de ce nom en matière de travail. 

Il semble au contraire que le gouvernement actuel (période de 2012 à 2017) prétende réformer le travail d'une nation en bâclant le sien, non que les bonnes volontés à l'oeuvre manquent de courage, d'intelligence et d'ambition mais parce qu'elles se retrouvent prisonnières d'un espace-temps très insuffisant pour faire avancer un chantier beaucoup trop tardif dans une mandature présidentielle qui s'est d'abord préoccupée de l'accessoire pour en venir à l'essentiel quand il est déjà bien tard, manifestant ainsi le manque de recul (le fameux chapeau bleu de la méthode d'Edward de Bono) d'une classe politique orientée vers le paraître et non vers l'être, et bien pire : entretenant des mensonges permanents sur ses préoccupations. Au lieu de penser et d'agir pour améliorer la condition sociale du plus grand nombre, cette classe-là roule pour son propre compte et pour les intérêts de quelques copains au risque de provoquer un tsunami économique. L'heure est si grave aujourd'hui qu'il est fort à craindre que se déroulent des événements dramatiques au coeur même d'une France déboussolée par l'arrogance de politiques qui ont perdu de vue l'essentiel.

Voici, en ordre dispersé, les constats (le chapeau blanc d'Edward de Bono) sur lesquels se fondent l'analyse et les propositions du projet France 2022 au sujet du travail, de l'emploi et des rémunérations : 

 1. taux de chômage élevé 
     depuis de nombreuses années en France ; 

 2. entrée des jeunes 
     trop tardive sur le marché de l'emploi 
     après des années de formation 
     coupées des nécessités matérielles
     et un temps de réflexion tellement négligé
     qu'il laisse une place démesurée
     à nombre d'orientations par défaut
     ou sans issue viable ; 

 3. sortie trop précoce des seniors 
     (mais pas de tous) ; 

 4. inégalités de salaire proprement injustes et même indécentes ; 

 5. instabilité des emplois ; 

 6. distribution inadéquate 
     des emplois publics ; 

 7. répartition géographique des emplois
     déséquilibrée ;

 8. inadéquation des offres 
     et des demandes d'emplois ; 

 9. déconsidération et perte du sens du travail humain ; 

10. travailleurs lassés de la course
      au profit financier à court terme
      et qui demandent que l'on en revienne
      à la quête de sens dans le travail :
      tel produit, tel service, pour qui ? pour quoi ? ;

11. organisations du travail
      broyant l'homme et la femme
      et le corps de la famille,
      non plus seulement physiquement
      mais nerveusement et moralement
      voire les épuisant (burn out) ;

12.  orientations mercantiles des travaux,
       et parfois même criminelles (IVG)
       incitant le personnel à effectuer des actions
       qu'il réprouve intérieurement ;

13. défaut de coopération professionnelle
      au profit d'une concurrence acharnée,
      déloyale voire suicidaire ou criminelle ;

14. interactions homme-machine ou automate
      mal pensées et principalement orientées
      vers des augmentations de cadence
      au détriment de la qualité des résultats 
      et même de la productivité réelle
      et bien évidemment de la santé des personnes ;

15. contrats d'objectifs insensés
      sans que soient intelligemment évalués
      puis mis à disposition
      les moyens nécessaires pour les atteindre ;

16. prédation généralisée des grandes structures
      à l'égard des plus petites
      sans la moindre considération
      pour les trésors de savoir-faire
      qu'elles ont patiemment élaborés 
      et/ou dont elles sont dépositaires ;

17. raisonnements des instances dirigeantes
      en très grande masse (de préférence financière)
      qui ne tiennent aucun compte
      des personnes et des territoires
      impactés par les conséquences
      des décisions prises
      (délocalisations intempestives ...) 
      ni même d'ailleurs de la pérennité
      des structures et des compétences ;

18. dévalorisation dramatique 
    des métiers concrets ; ...



Résultat de recherche d'images pour "travail humain"

comme le rappelle Pierre Rabhi dans "Convergence des consciences" au chapitre de "La main" ...

mais ... lueurs d'espoir illustrées par les récits de Laurence Decréau, qui, dans son livre : "L'élégance de la clef de 12", relate l'histoire singulière de plusieurs "cols-blancs" qui ont découvert avec bonheur la voie d'un accomplissement par un travail en prise avec la matière. (Ajout du 3 juin 2016) 

Si le chômage ne résultait que des seuls progrès de la mécanisation et de l'automatisation des travaux de telle sorte que l'on pourrait dire : "Les machines étant plus performantes que l'homme dans de nombreux domaines, nous produisons au XXIème siècle de grandes quantités de biens et de services sans qu'il faille recourir à une main d'oeuvre abondante", nous aurions simplement, du moins en apparence, à répartir la propriété de l'outil de travail et les fruits produits. Nous constatons cependant que, dans le domaine des services à la personne en France, nous manquons de bras et que dans tous les pays, y compris chez nous, de nombreuses personnes vivent dans la misère ou la précarité tandis que ceux qui ont encore les moyens de subvenir à leurs besoins ont massivement recours à des produits qui pourraient être élaborés en France mais qui proviennent de terres lointaines où s'activent des populations sous contraintes, exploitées, sacrifiées sur l'autel d'un consumérisme aveugle et sourd à la détresse de millions d'hommes et de femmes, réduits à l'état de rouages d'une machine économique mondiale qui engendre de multiples esclaves, qu'ils soient producteurs ou consommateurs : au lieu de travailler à la libération de l'être humain et au service de la personne humaine, elle semble tournée vers l'accroissement de la dépendance comme si ce qui était gagné d'un côté : diminution de l'effort physique, suppression de gestes répétitifs, gains de précision, ... devait être payé de l'autre par de nouveaux asservissements de telle sorte que l'on aboutit à un bilan mitigé : quelques-uns profitent des gains actuels jusqu'à l'indécence, tandis qu'une multitude présente (et future) engrange(ra) des pertes colossales (si nous poursuivons aux rythmes infernaux de l'époque contemporaine).

Une première réponse consiste à indexer la part dédiée aux services à la personne sur les revenus des autres activités : un pourcentage des richesses produites est affecté aux dépenses de santé, d'éducation, de sécurité .... C'est ce que nous faisons aujourd'hui en France avec quelques succès mais en rencontrant aussi des difficultés connues de tous : le revenu des autres activités tend à stagner et la production nationale ne suffit plus, ni directement (production locale) ni indirectement (exportations) par échanges commerciaux, à couvrir les besoins de la population.

Une autre réponse, celle que préconise le projet France 2022, consiste à sortir partiellement de l'équation économique par une double considération à l'allure paradoxale : "Tout travail mérite salaire" / "De nombreux services à la personne font appel au don gratuit de son temps, de sa personne et parfois même de sa vie" (comme en témoigne le 7 avril 2010 l'explosion dans une usine de Gennevilliers). C'est un premier éclairage à développer et à compléter. 

"Autre réponse" ne signifie pas qu'il faille abandonner totalement l'indexation mais que cette dernière ne peut répondre à la totalité des besoins. En sortant de l'indexation totale, on dissout - encore faut-il préciser comment - l'obsession de la croissance : il n'est pas vrai que notre seule planche de salut soit l'obtention d'une croissance plus forte même si, hélas, les montants de nos dettes publiques ou privées et la quasi impossibilité de les résorber rapidement par une relance de l'inflation semblent commander d'accomplir le maximum pour que notre croissance soit élevée. Sommes-nous prêts en France à obtenir une augmentation du taux de croissance à l'image du Royaume-Uni sous la houlette de David Cameron ou de l'Allemagne sous la férule d'Angela Merkel ? C'est-à-dire au prix de mesures drastiques ? Existe-t-il d'autres voies, d'autres possibilités pour relancer une croissance en berne ? Sujet complexe et sensible qui pose de nombreuses questions, non seulement économiques mais encore sociales, culturelles, ... Sujet de débats houleux entre des acteurs aux intérêts parfois très divergents. Sujet épineux en raison aussi d'erreurs de perspectives dues à l'utilisation d'un quotient directeur à revoir au sein de l'Europe. Voir notamment : "La véritable dette de la France".


Notons au passage que les difficultés de trésorerie de la nation française ont conduit certains analystes à proposer une sortie de crise par une taxation raisonnable du patrimoine avec suppression de l'ISF afin de contrer et de réduire les positions de rente qui sont un frein au développement des activités économiques (produisant des biens nouveaux) et à l'accroissement des revenus du travail. Cf. à ce propos un livre publié en 2014 : "L'horreur fiscale" d'Irène Inchauspé et Sylvie Hattemer.

Avant de développer le point précédent, nous préférons élargir le champ d'investigation afin de donner une vue plus complète de ce qui est envisagé dans le projet France 2022. Pour les développements ultérieurs voir la tribune : "Création d'une monnaie de service et d'abondance".

La réduction des inégalités de rémunération nous paraît être un point central à ne jamais négliger quoiqu'il puisse en coûter à ceux qui estiment qu'ils perçoivent aujourd'hui le minimum auquel ils sont en droit de prétendre, eu égard aux sacrifices divers qu'ils ont consentis ou consentent encore, en raison de leur valeur exceptionnelle, au motif qu'ils assument des responsabilités de haut vol, ... Nous contestons cette façon de voir car tout travail humain, quelles que soient les qualifications requises pour son exercice, comporte une part d'impondérable qui n'a pas de prix. Même le travail le plus humble a une valeur inestimable. 

Ceux qui défendent des rémunérations exceptionnelles ne manquent pas d'arguments pour justifier leur statut hors du commun. Les examiner un à un montre qu'il n'en est pas un qui résiste à un angle d'attaque bien choisi. 

Prenons par exemple le cas des sportifs de très haut niveau dont la cote atteint des sommets. L'excellence de leurs prestations, leur aura, la brièveté de leur carrière, les risques physiques qu'ils prennent, leur entraînement surhumain, leurs qualités admirables ... semblent donner raison à tous ceux qui sont prêts à leur accorder des monceaux d'or. (Voir à ce sujet le chapitre "Football, la démesure" du livre "La convergence des consciences" de Pierre Rabhi).

Nous pensons au contraire qu'il y a là une dérive à remettre en cause. François Jauffret, comparant la situation actuelle à celle qu'il a connue quand il était au plus haut niveau tennistique, rappelle que son salaire d'ingénieur commercial était supérieur à ses gains de jeu et que ces derniers furent environ mille fois inférieurs à ceux des plus grands champions de nos jours. Les données ont certes  changé : multiplication des compétitions, nécessité pour un joueur de s'entourer d'une équipe pluridisciplinaire de haut niveau, obligation de s'entraîner de façon très intensive et permanente, médiatisation mondiale des rencontres, ... Cela ne nous paraît pas justifier un tel écart de rémunération à trois ou quatre décennies d'intervalle. Concernant l'exemple du tennis, il est clair que le changement ne résultera pas d'une décision unilatérale d'un pays isolé. 

Pour d'excellentes raisons éthiques, la France et l'Europe avec elle, s'honoreraient de mettre les pieds dans le plat. Pourquoi ne pas proposer que dans les grandes compétitions, les gains soient moins élevés et plus équitablement répartis entre ceux qui atteignent les quarts de finale voire les huitièmes de finale ? Pourquoi ne pas tenter d'obtenir que, désormais, les cinq premiers athlètes arrivés en tête lors d'un événement sportif montent sur un podium à cinq marches ? Cela ne ternirait nullement l'éclat du vainqueur et cela aurait finalement beaucoup plus d'allure. Cette nouvelle donne aurait l'avantage supplémentaire de récompenser ceux qui, malgré un entraînement sérieux, honnête et méritoire, n'ont pas réussi à atteindre le sommet mais l'ont néanmoins approché de près. Une façon d'encourager les sportifs qui refusent d'avoir recours à des pratiques dangereuses et illicites, dont le dopage ou pire encore, ... d'encourager ces sportifs à persévérer sur un chemin où les seuls alliés de l'athlète sont la très haute technicité et les sciences, la vertu, le courage, la patience, l'amitié et la spiritualité.

Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire que ce qui précède résoudra tous les problèmes : pour certains sportifs, seule compte la première place - "si tu es deuxième, tu n'es rien" - et la multiplication des récompenses, comme dans le Tour de France (meilleur grimpeur, classement par points) n'endigue pas la tentation de se doper.

Notons enfin que la brièveté de toute carrière sportive de très haut niveau en tant que compétiteur (sauf rares exceptions) ne justifie plus aujourd'hui que soit attribués des montants de rémunération exorbitants car le développement de l'univers sportif a été si prodigieux à l'échelle mondiale qu'il permet désormais aux sportifs d'emprunter des chemins de reconversion très lucratifs.

Deux sujets viennent d'être abordés : la question du don de soi et le problème des inégalités criantes de rémunération. Ces deux points appellent d'amples développements que nous reportons pour augmenter l'angle de vue.

Nombreux sont aujourd'hui les travailleurs menacés par les progrès de l'automatisation mais aussi par la concurrence des pays où les facteurs de production, tels les salaires, sont nettement moins élevés qu'en France. Le fait que cette concurrence soit provisoire en raison de l'élévation progressive du niveau de vie dans ces pays ne doit pas nous endormir : une fois qu'une activité a été délocalisée, elle entraîne avec elle des travaux en amont - dont le secteur vital de la recherche par exemple - et des travaux en aval. 

Une fois qu'une filière a quitté un territoire, il est illusoire d'y espérer son retour même s'il est vrai que l'on observe parfois des mouvements contraires, soit en l'état soit après des mutations technologiques, soit encore à la faveur d'une redéfinition des objectifs commerciaux (l'histoire de l'horlogerie suisse est une bonne illustration de ce genre de phénomène) ; même s'il est exact que certaines délocalisations n'entraînent pas nécessairement le départ de tout l'amont (la conception et le marketing par exemple) et de tout l'aval (la distribution par exemple). 

Les délocalisations nous privent d'emplois et ont un autre inconvénient majeur que nous devons garder à l'esprit : en resserrant l'éventail des métiers courants sur notre territoire, en diminuant le nombre d'acteurs économiques, elles provoquent par répercussion la fragilisation des entreprises. Nous savons qu'un nombre significatif de faillites est dû aux défaillances de paiement imprévisibles de clients. Ce phénomène est mécaniquement accentué par la diminution des agents économiques : quand votre activité intéresse moins de clients potentiels dans le tissu inter-entreprises (le B to B), la défaillance d'un seul client peut entraîner votre perte. Si nous ne résistons pas, les générations à venir seront privées d'une large part d'autonomie et de liberté. 

Une réponse immédiate risque de fuser : "Cette résistance est à intégrer à notre stratégie économique. Quel rapport a-t-elle avec une interrogation sur le travail humain ?". Le projet France2022 part du principe que des considérations économiques seules (compétitivité, viabilité, pérennité, ...), stratégiques pures (sécurité, liberté, ... ) ou même géopolitiques (alliances manufacturières et complémentarités européennes par exemple) ne suffisent pas à établir le choix des branches à réduire ou à maintenir sur le territoire de la France : une approche éthique et philosophique éclaire l'intelligence et la volonté des décideurs sur tous les chemins étroits où l'erreur risque d'être fatale. 

En ce qui concerne l'avenir du travail en France, nous sommes bien sur une ligne de crête. Nous pourrions nous demander : "Pourquoi avons-nous laissé les délocalisations à grande échelle se produire ? Est-ce seulement pour des raisons de coût ?". Certainement pas. Nous avons, à tort ou à raison, estimé que certains métiers méritaient moins que d'autres notre considération. Nous avons, de manière plus ou moins explicite, de façon plus ou moins consciente, accordé une supériorité aux activités en apparence non répétitives et à dominantes abstraites. Nous avons établi une hiérarchie entre les métiers et nous avons choisi de retenir ce qui nous a semblé occuper le haut du panier. 

En considérant le travail, non plus seulement de l'extérieur, dans ses manifestations sensibles, mais en tenant compte de sa valeur intégrale, nous sommes capables de renverser cette hiérarchie et d'aborder le problème du chômage, les sujets de l'éducation et de l'orientation, avec un oeil neuf.

D'une manière générale, le regard que nous portons globalement sur le travail mérite réflexion. Nous avons aussi à tenir compte des aspects sociologiques, notamment de l'évolution du travail des hommes et des femmes.

L'époque contemporaine en ce début de XXIème siècle est encore prisonnière de conceptions très anciennes. L'une d'elles fait du travail une punition ou même un châtiment. Le réflexe de tous ceux qui sont profondément influencés par cette conception est naturel et compréhensible : éviter de toutes ses forces d'être comptés parmi les galériens ; considérer ces pauvres bougres de haut et s'essayer à toutes les combines permettant de ne pas leur ressembler, combines que l'imagination fertile de l'homme ne cesse d'inventer. 



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Devenir dealer, marchand de drogues illégales, ce n'est pas seulement vouloir gagner beaucoup en peu de temps, c'est aussi penser pouvoir échapper à la condition prétendument misérable de ceux qui exercent un métier au grand jour et qui sont payés au lance pierre.

En ajoutant à ce qui précède d'autres considérations qui établissent une hiérarchie parmi les galériens, nous aurons un tableau plus noir et plus complet d'une situation dans laquelle le travail humain semble avoir totalement perdu et sa dignité et ses fonctions essentielles pour revêtir les oripeaux les plus laids et les plus repoussants. Par exemple, choisir un métier pour parader socialement, se servir au lieu de servir, s'enrichir au détriment d'autrui, tromper ou abuser plutôt que faire grandir ou éclairer l'autre ...

Quels sont les projets présidentiels pour 2017 qui oseront dépasser les clivages superficiels et les vaines querelles politiciennes pour redonner au travail humain ses lettres de noblesse ? Pour affirmer que la privation d'un travail digne est la source de maux très graves et très profonds, de ceux qu'une analyse hâtive ne parvient pas à recenser ? Celui qui est protégé par une indemnité alors qu'il est au chômage est certes mis à l'abri d'une misère extrême mais il est privé d'une pierre de fondation et reste menacé de ruine. Les demeures les plus solides ne résistent pas aux séismes dont les répliques se prolongent. Notre maison France, elle-même, n'est pas à l'abri de secousses dévastatrices.

Au risque de rester encore un moment sur sa faim quant aux prolongements à donner à chaque point évoqué jusqu'ici, nous ne pouvons pas laisser de côté une autre question tout à fait cruciale : les inégalités très grandes des parcours professionnels qui donnent aux uns d'avoir la possibilité de rester en activité quasiment jusqu'à leur dernier souffle et aux autres de quitter le monde du travail par une porte dérobée ouvrant sur un espace fantomatique. Ce que nous avons déjà évoqué plus haut pour les sportifs les plus en vue ou les plus malins.

On aura beau dire que c'est à chacun de se prendre en main, on aura beau invoquer mille autres raisons pertinentes, la cruauté de certaines destinées a de quoi alimenter la réflexion de tous ceux qui estiment préférable de ne pas se résigner à cette casse absurde et qui partagent le souci urgent d'offrir au plus grand nombre la joie de porter des fruits savoureux jusque dans leur extrême vieillesse : fruits d'une insondable diversité puisqu'ils vont de la connaissance de plus en plus fine de soi, des autres et du monde jusqu'au service le plus parfait de l'être le plus imparfait, jusqu'à la résolution des situations en apparence les plus désespérées à vue humaine ; ils s'étendent aussi du service le plus humble et en apparence le plus banal jusqu'à la production de chefs d'oeuvre où se combinent dextérité manuelle et intellectuelle, sentiment artistique et sensibilité à fleur de peau.

L'idéal serait que chaque citoyen puisse reprendre à son compte, sans aucune espèce d'amertume, de fierté ou de férocité, ce mot d'Antoine Bernheim : "Je suis comme une cuisinière qui a été renvoyée mais le plus curieux, c'est qu'à 86 ans, j'ai encore cinq ou six offres d'emploi". (cf. "Antoine Bernheim, le parrain du capitalisme français" de Pierre Gasquet).

Pour aller plus loin, voir et entendre aussi : André Gorz
et Christophe Dejours : "J'ai très mal au travail (1/12)" (vidéo de moins de 10  minutes).