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samedi 9 octobre 2010

Le Pape et le Président

Une fois n'est pas coutume, nous partirons d'un événement - la visite du président Sarkosy au pape Benoît XVI le 8 octobre 2010 - pour creuser davantage le sillon d'une nouvelle manière de concevoir et d'exercer les responsabilités politiques majeures et (en apparence) mineures dans notre pays.


Sur notre Terre, il se produit chaque jour et à toute heure, des milliards de rencontres. Nous avons connaissance de celles qui nous concernent comme acteur ou témoin direct et d'une infime partie de toutes les autres. Celles qui nous parviennent sont passées par le filtre des médias et par le tissu de nos relations sociales. Tel ou tel événement émerge du flot quotidien des rencontres, des incidents et des accidents, sans que nous sachions toujours quelle intention principale a déclenché son apparition ou son rappel à notre conscience.


Au lieu de porter son attention sur la matière même de l'événement, il peut sembler pertinent de s'interroger sur les intentions qui ont suscité sa mise en valeur. Pour peu que l'événement nous paraisse secondaire, mis sur le devant de la scène au détriment d'autres faits d'actualité beaucoup plus graves et intéressants de notre point de vue (censément étroit), nous sommes alors tentés de réagir de manière virulente, non seulement contre le vecteur de l'information et ses intentions probablement (?!) malveillantes mais aussi contre les protagonistes de l'événement lui-même. Reconnaissons qu'il y a là un manque de tempérance et une façon de se défouler à bon compte. Avant d'aller plus avant, nous ferons crédit au lecteur d'une patience et d'une curiosité de bon aloi pour éviter d'être, à notre tour, la cible d'une vindicte tout à fait déraisonnable.


Combien de commentaires acerbes tenteront de prendre toute la place ? Combien d'entre filets chercheront à camoufler l'événement lui-même ? Comment ne pas se réjouir de pouvoir accéder désormais à des enregistrements complets et fidèles ? Quel bonheur aussi de trouver ça et là des présentations équilibrées, des comptes rendus qui ne déforment pas la réalité de manière grossière. Quel repos pour l'esprit et le coeur !


La multiplication des enregistrements nous donne la possibilité de vivre ou de revivre la rencontre elle-même comme l'on revient à la source d'un texte qui, à force d'avoir été commenté, s'était retrouvé enfoui sous la cendre. Si beaucoup ont choisi de cracher le magma qui les travaille et de se mettre en éruption dès que la vie se manifeste, pourquoi ne pas rester au bord des eaux tranquilles ou tumultueuses pour admirer des trésors qui n'attendent que notre faculté d'émerveillement ? La caravane passe, les chiens aboient. Les moyens modernes nous offrent de pouvoir éliminer les bruits parasites de la bande son. Les cris et les hurlements ne représentent plus alors qu'un dérangement mineur. Ils ont même l'avantage de nous alerter dans les situations où nous aurions pu passer à côté de l'événement. Acceptant enfin de garder en nous une âme d'enfant, nous serons sensibles à des émotions qui échappent aux âmes torturées ou aux esprits chagrins.


Un homme qui aurait préféré ne pas avoir à exercer une charge écrasante rencontre un autre homme dont l'ambition a triomphé de tous les obstacles qui auraient pu le priver du siège présidentiel. En dépit de cette différence de taille, voici deux hommes assez fins pour mesurer à quel point leur charge est au-dessus de leur force. Voilà un point de convergence qui donne déjà à leur rencontre une intensité inhabituelle en permettant à chacun d'atteindre un degré de compréhension mutuelle assez rare pour être relevé : un éloge trop hâtif de la différence cache parfois l'intérêt d'être semblables en un point crucial. Une telle rencontre n'a pas simplement une dimension politique voire électoraliste : elle a des dimensions intellectuelle, affective et spirituelle. Nul besoin d'être sorcier pour saisir l'importance de telles rencontres au sommet, entre deux "grands" de ce monde.


Un homme dont un anticlérical borné pourrait demander la mise à la retraite, continue à travailler bien au-delà du cap prétendument fatidique de la soixantième année. Un homme dans la force de l'âge pour l'exercice de ses fonctions présidentielles peut témoigner à l'issue d'une telle rencontre qu'un vieil homme à l'échelle de l'économie mondiale, un poids lourds pour les comptes sociaux (?!), manifeste une présence saisissante et confirme, s'il en était besoin, que nous avons bien tort de nous priver trop vite de l'expérience et de la sagesse des plus âgés d'entre nous. Dans un monde qui a tant besoin de redécouvrir la nécessité vitale de la miséricorde, ils peuvent devenir comme dans l'évangile de la femme adultère, les grands témoins du salut apporté par l'abandon des poursuites stériles, infamantes, blessantes, avilissantes et même mortelles.

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