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dimanche 9 mai 2010

L'Europe et la France (1ère partie)


Volet de plus en plus important d'un projet présidentiel, la question européenne pour un Etat de l'Union comme la France réclame un long développement qu'il est confortable d'éluder par des slogans : "Sortons de l'Europe", "A bas l'Europe des technocrates et des bureaucrates" ... Ce n'est pas le choix du projet France 2022. Il nous paraît capital, au contraire, d'avancer pas à pas et sans faiblir sur un chemin de coopérations, d'échanges, d'unité et d'ouverture qui respecte la diversité, la souveraineté et l'identité des Etats de l'Union européenne.

En préambule, le projet France 2022 affirme que l'Europe sera d'autant plus solide et féconde que la construction européenne ne cherchera pas à dissoudre les Etats. Le principe directeur que suit ce projet présidentiel s'énonce même de façon plus générale : aucune entité ne demeure et ne se développe quand elle anéantit ses constituants. Ainsi faut-il défendre des municipalités solides pour des régions fortes ; des régions puissantes pour un Etat souverain ; des Etats incontournables pour une Europe rayonnante. Sans oublier, bien sûr, des citoyens formés à la liberté, à la vérité et à l'amour.

La première partie consacrée à l'Europe et à la France laisse de côté des points essentiels - nous y reviendrons dans d'autres parties - pour se concentrer sur des réformes dont l'actualité récente nous donne la matière : crise financière, plan d'urgence pour la Grèce.

Soulignons d'emblée qu'une oeuvre aussi inédite et originale que la construction européenne n'avait et n'aura jamais aucune chance de se dérouler sans heurts, sans crises, sans oppositions fortes. C'est un chantier de longue haleine et d'une immense complexité qui est un signe de contradiction pour le monde (l'expression n'est pas exagérée). A ce titre, la construction européenne est un combat permanent contre toutes les forces de destruction et de mort toujours actives pour tenter d'anéantir ce qui se construit dans le temps et avec amour. Comme l'Eglise est un signe de contradiction dans l'ordre spirituel (et temporel), l'Europe l'est dans l'ordre temporel (et spirituel). A un monde déchaîné qui voudrait courir à sa perte et entraîner l'univers dans sa chute, la construction européenne oppose une fin de non recevoir. Seulement, il faut aussitôt ajouter que :

1. l'Europe est elle-même traversée, comme toute construction humaine, par des courants suicidaires. La construction européenne n'avancera que si nous sommes capables de rester humbles, attentifs à tout ce qui est bon ailleurs, soucieux de la vérité. La sentence de la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg à l'encontre des crucifix dans les écoles italiennes est l'un des signes manifestes que l'Europe est atteinte en son coeur même : certains veulent lui ôter son caractère de signe contradictoire pour le monde ;

2. La construction européenne n'est pas la seule tentative internationale que l'on puisse considérer comme signe de contradiction ;

3. Tout groupe, tout corps intermédiaire, tout Etat, toute personne qui ne se laisse pas gagner par la tentation de détruire pour détruire est un signe de contradiction.

Nous devons garder à l'esprit que le territoire européen, comme tous les autres, a été, au cours des siècles, un champ de batailles où les hommes ont atteint les abysses de l'horreur. Nous devons nous souvenir que la construction européenne a été voulue et portée pour sortir de l'ignominie et ne plus jamais y retourner. Au commencement, c'est une oeuvre de paix, avant d'être une oeuvre en quête de prospérité. Que la construction se soit d'abord inscrite dans des efforts de coopération économique (acier, charbon) n'enlève rien à son orientation essentiellement pacifique.

Qu'on l'admette ou non, la paix ne se maintient et ne se développe que là où règne la justice. L'Europe court un premier risque : susciter des sentiments d'injustice de plus en plus violents. En s'enrichissant alors que le monde alentour s'appauvrit, elle suscite des jalousies que de multiples officines sont promptes à transformer en rancoeurs, en revendications justes ou farfelues, en demandes de réparation, ... De tels sentiments ou même des attitudes franchement hostiles peuvent gagner un pays, des groupes d'individus ou simplement des personnes, y compris à l'intérieur de l'Europe.

Le niveau de vie européen, entendu dans un sens très large : économique, moral, spirituel, ..., ne continuera à croître que dans la mesure où nous saurons être justes. Laisser filer les écarts de revenu ou les déficits et les dettes, ce n'est pas être juste. Laisser libre cours à l'économie souterraine blesse la justice ou la ridiculise. Laisser tant de jeunes sans formation solide et adéquate est non seulement injuste mais suicidaire. Laisser chaque année des médecins assassiner des millions d'enfants avant leur naissance et même rembourser cet assassinat est criminel.

Le projet France 2022 recense ici les mesures que la France soutiendra auprès de ses partenaires européens pour qu'ensemble nous parvenions à un développement plus juste, sur nos territoires et au-delà de nos frontières.

La première mesure emblématique concerne la monnaie : nous proposons la suppression des billets de banque en Euro, de tous les billets et pas seulement des billets de 500 Euros. Les pièces sont maintenues pour des transactions de faible montant en attendant que des systèmes plus performants et encore plus fiables que ceux dont nous disposons en 2010 permettent également leur suppression. De tels systèmes existent au Japon (400.000 implantations au commencement de la rédaction de cette première partie du projet France 2022 consacrée à l'Europe). Cette mesure demandera du courage et même du courage physique : peu de personnes déclarées ont intérêt à s'y opposer ouvertement, ce serait suspect. Inversement, sa défense met en péril ses avocats. C'est trop clair. En revanche, nombreux, trop nombreux encore sont ceux qui verront d'un mauvais oeil ce coup porté à leurs affaires louches ou criminelles. C'est une mesure à prendre sans tarder, après les vérifications techniques d'usage, sans que ses défenseurs n'aient à se déclarer et à en faire l'article. Pour dissuader ceux qui seraient tentés d'agir violemment contre la suppression des billets de banque en Euro, le déroulement pourrait être le suivant :

1. Décision de la cessation de la fabrication des billets de banque ;

2. Reconversion rapide des capacités de production impliquées dans cette fabrication (par exemple dans la production de documents infalsifiables) ;

3. Cessation de la fabrication des billets ;

4. Retrait définitif des billets après un temps d'adaptation.


A ce volet monétaire concernant l'Euro s'ajoute aussi la création de monnaie de service et d'abondance.

Pour relancer la construction européenne menacée de toutes parts, la France aura grand intérêt à proposer à ses partenaires européens des chantiers de coopération renforcée dans des domaines prometteurs : si nous voulons une plus grande justice, nous n'avons pas pour autant à négliger ce qui assurera la prospérité des pays européens.

Comme au début de la construction européenne, les questions énergétiques et matérielles sont à placer au coeur du renouvellement de l'élan coopératif. La préparation de la sortie de l'âge du pétrole qui se produira avant l'extinction des réserves selon ce mot célèbre qui traduit bien la réalité historique : "l'âge de pierre ne s'est pas achevé par manque de pierres" constituera certainement le principal moteur des développements à venir. Au moins deux chantiers se dessinent : la production, le transport et la distribution d'électricité abondante dans un réseau très fiable et la fabrication de matières plastiques (plus généralement légères, résistantes et biodégradables) sans recours au pétrole. Quoiqu'en pensent certains écologistes bruyants mais peu crédibles, le développement du nucléaire (carte des réacteurs en France), sa miniaturisation, sa diversification (utilisation d'autres minerais) et l'amélioration de ses performances est la voie la plus prometteuse. Cet axe principal n'exclut pas tous les autres développements énergétiques : chacun a ses avantages propres et concourt, par sa position singulière, à l'édification d'un réseau énergétique plus sûr, plus souple et parfaitement adapté aux besoins de nos sociétés de plus en plus complexes. A l'image de la communauté de l'acier et du charbon, nous aurions la communauté de l'électricité, du nucléaire et des matières plastiques. Ce n'est guère poétique mais qu'importe. Développer nos capacités de production, de transport et de distribution énergétique n'exclut pas non plus des efforts accrus pour diminuer les consommations excessives voire inutiles. Il arrive même que certaines options, étranges de prime abord, aient des conséquences bénéfiques et inattendues : ainsi la suppression de l'éclairage sur certains tronçons d'autoroute en période nocturne diminue-t-elle le nombre et la gravité des accidents.

Pour retrouver un brin de poésie, ajoutons au trio "électricité, nucléaire et matières plastiques", l'Europe des arbres (passion bien française comme en témoigne le succès du livre "La vie secrète des arbres" de Peter Wohlleben, des forêts et du bois et, plus largement encore, de la permaculture. En passant par l'Europe végétale, nous arrivons au chantier du XXIème siècle : connaissance du vivant (peu et mal enseigné en France) et exploitation sainte de ses ressources. Tout un programme.

Axer le renforcement de la coopération européenne sur les seules questions énergétiques et matérielles est insuffisant : beaucoup d'autres domaines méritent que nous agissions ensemble dans un esprit fraternel, soucieux de choisir et d'atteindre la vérité. En formant un corps supranational, nous sommes évidemment confrontés aux questions liées à la défense de ce corps. Les crises actuelles soulignent qu'il est menacé. Dire que la construction européenne est mise en péril par des choix incohérents est une explication facile qui a tendance à se répandre. L'établissement d'une monnaie unique serait l'un des ratés de la construction pour quelques-uns de ses détracteurs. Où l'on voit que la défense à organiser doit couvrir plusieurs terrains. Parmi eux, celui des idées justes et fécondes, celui des principes vitaux et vrais ne sont pas les moindres.

Quand le thermomètre indique que le malade a de la fièvre, il est tentant d'accuser l'instrument de mesure et de le casser "pour ne plus voir". Certains vont même jusqu'à dire que la fièvre était inéluctable ... Une monnaie unique était certes un pari osé et même risqué. Il est possible que l'euro soit un échec. Déclarer que l'euro périclitera nécessairement pour des raisons historique ou économique n'apporte pas davantage de lumière que ce filet de la rubrique astrologique affirmant à celui qui est en train de le lire au volant : "risque d'accident aujourd'hui".

Il est de bon ton d'accuser l'euro de tous les maux : quand son cours est trop élevé, il pénaliserait nos exportations. Quand il chute, nos importations nous coûteraient davantage. Il serait devenu une variable d'ajustement qui jouerait toujours en notre défaveur, laissant au géant américain toute latitude pour creuser ses déficits. Nous prend-on pour des idiots ? L'Allemagne qui a eu longtemps une monnaie forte et qui est désormais sous la loi de l'euro comme nous est-elle dans l'incapacité d'exporter ? Les Etats-Unis dont le dollar a été un moment au plus bas ont-ils réussi à endiguer le flot des produits à bas prix qui inonde leur territoire comme le nôtre ?

On nous dit aussi que ne pas avoir sa monnaie à soi serait se priver de pouvoir en jouer, serait s'interdire de l'utiliser comme instrument de navigation dans l'océan du commerce mondial. Comme si nous n'avions pas mieux à faire que de tricher et de camoufler nos faiblesses par des artifices qui, tôt ou tard, ne cachent plus notre misère. La construction européenne n'est pas là pour entériner des pratiques d'un autre âge mais pour montrer que seul un développement économique sain, qui respecte les hommes et leur environnement, nous conduit à davantage de paix et de prospérité.

Les crises que nous connaissons ne révèlent pas la faiblesse de la construction européenne. Elles signalent qu'une économie nationale qui manque de solidité devient incapable de soutenir la compétition acharnée qui se joue sur la planète terre et au-delà. Nous avons certes le droit et le devoir d'affirmer que cette compétition est absurde mais nous ne pouvons pas faire comme si elle n'existait pas. Quand un pays ne maîtrise plus sa situation financière, ce n'est pas de la faute de l'Europe ou de l'euro, c'est qu'il a été mal conduit, mal géré et mal administré. Ce n'est pas en dévaluant sa monnaie qu'il sortira plus libre, plus prospère et plus paisible. Que la dévaluation ait été une arme commode dans le passé n'en fait pas un bouclier imparable en 2010 : il suffit d'étudier l'évolution des modes de défense territoriale depuis la préhistoire jusqu'à nos jours pour comprendre qu'un système perd de son efficacité au fur et à mesure que les combats changent de nature, d'objet ou de théâtre.

Ce qui est certain, c'est que nous avons encore à travailler pour que les décisions prises au sujet de notre monnaie ne jouent pas en notre défaveur. Dès le point de départ, les membres de la zone euro ont eu le tort d'accepter que l'euro soit placé sur une même échelle que le dollar selon une parité favorable aux pays qui avaient une monnaie forte. Un brin de bon sens aurait suffi pour s'apercevoir et prévoir que des pays comme l'Italie, la Grèce, l'Espagne ou le Portugal dans lesquels le moindre prix s'exprimait en milliers d'unités monétaires locales auraient bien du mal à se défaire de mauvaises habitudes tant il est vrai et surprenant de constater que l'esprit humain raisonne souvent sur des chiffres bruts sans tenir compte des unités. Les fondateurs de la monnaie européenne unique auraient dû, au minimum, choisir une unité de valeur dix fois voire cent fois plus petite que l'actuelle. Cela fait certes moins chic et plus "sous-développé" que les Etats-Unis, la Suisse ou l'Allemagne mais cela permet d'y voir tellement plus clair quand certains marchands trompeurs augmentent leur prix. Les Japonais beaucoup plus malins que nous et qui n'ont pas de complexe déplacé et stérile quant à la valeur de leur monnaie ne s'y trompent pas : ils ont la sagesse de conserver une unité de compte faible.

L'esprit enfantin qui se prolonge bien au-delà de l'adolescence chez bon nombre d'adultes vous soutiendra mordicus que "1 ou 2 euros c'est pareil". Il n'aurait pas cette audace à propos de 10 et 20 ou de 100 et 200. Une telle méprise semble ridicule mais à ne pas tenir compte de la faiblesse de l'esprit humain en certaines circonstances, on en arrive à plonger des peuples entiers dans des situations dramatiques. Ce détail peut paraître anodin mais quand on analyse avec sérieux la hausse des prix de l'immobilier en tenant évidemment compte des multiples facteurs qui entrent en jeu, on ne peut être qu'abasourdi par l'insolence (ou l'habileté ?) des propriétaires et des agences immobilières : habitués à manipuler des grands nombres et dépossédés soudainement de ce plaisir de riche par l'entrée en vigueur de l'euro, ils se sont vite rattrapés en devenant de plus en plus gourmands. La faiblesse de l'offre et la croissance de la demande (de logements et d'emplois) aidant, les prix de vente ont fini par retrouver ou même par dépasser leur niveau numérique brut mais ... dans une monnaie six fois plus forte (en France) ! Il y a fort à parier qu'une telle dérive ne se serait pas produite avec une unité de compte plus petite. Un autre domaine crucial pour la vitalité du pays, celui des salaires, aurait également évoluer plus sainement alors qu'en moins de vingt ans l'écart maximal de revenus (du plus bas au plus haut) a connu au contraire une croissance exponentielle en France : il était de 1 à 40, il est aujourd'hui de 1 à 400.

Un point capital, malheureusement négligé par les disputes économiques trop théoriques, a trait à ce que l'on pourrait qualifier d'études économiques de terrain. Au lieu de raisonner en essayant seulement d'améliorer nos modèles macro économiques, nous devrions tenir compte des rapports déjà en place : combien d'heures de telle profession pour une heure de telle autre ? Quelle production de tel métier pour une production équivalente en valeur monétaire de tel autre ? Il ne faudrait pas longtemps pour s'apercevoir que les écarts n'ont cessé de croître. On ne tarderait pas non plus à comprendre pourquoi les entreprises de petite taille ne peuvent accéder à un niveau plus élevé : le poids des charges qui pèsent sur elles n'a cessé d'augmenter. Contrairement à ce qui est affirmé le plus souvent, ce ne sont pas seulement les charges sociales qui pèsent dans la balance mais toutes ces dépenses invisibles pour le client final, ces dépenses qui font partie du commerce inter-entreprise (B to B, business to business). L'un des postes les plus lourds est occupé par l'équipement informatique, sa mise en place, son paramétrage, ses remises à niveau, ses pannes, ... mais aussi par de multiples interventions spécialisées pour lesquelles l'entreprise qui doit rester centrée sur son coeur de métier est contrainte de faire appel à des concours externes. Les tarifs pratiqués par les sociétés de services peuvent mettre à genou une entreprise mal gérée ou qui ne sait pas trop où elle va. Certains appellent cela "sélection naturelle" : nous aurions là un mécanisme d'élimination des canards boiteux. Qui ne voit que les corps détruits ne renaissent pas nécessairement ailleurs et que s'ils renaissent ils ne sont pas automatiquement en plus grande forme ? Quand nous apprenons que le Ministère de la Défense, lui-même, a mis en péril des entreprises qui étaient prospères (lingeries pour l'armée) en retardant le paiement des factures, nous avons de quoi être choqués, scandalisés, indignés. Et combien d'entreprises vivant de commandes publiques pourraient témoigner de la difficulté d'obtenir le paiement à temps de leurs services ?

Dans la perte de compétitivité de nos secteurs industriels, on accuse trop vite la masse salariale interne : il faudrait tenir compte du recours massif à la sous-traitance tous azimuts, de toutes ces dépenses parfois utiles mais pas toujours indispensables qui viennent pomper les ressources financières des entreprises. Avec le tonneau des Danaïdes informatique, celui des dépenses de communication occupe une place de choix.

Après le risque majeur de susciter des jalousies externes et internes, l'Europe est menacée par la structure des rapports économiques qui s'est installée peu à peu : quand certaines entreprises se servent royalement sur le dos des autres, le nombre de personnes qui se sentent laissées pour compte grandit et la révolte gronde. Quand la recherche de profits toujours plus élevés et toujours plus immédiats pour les placements de capitaux domine l'économie, comment s'étonner que ceux qui n'ont que leur force de travail à louer soient pris de vertige et se considèrent comme otages d'un système qui se moque des hommes ?

Etudier la structure des rapports économiques est vital pour mieux comprendre où le bât blesse chaque économie nationale et l'économie européenne dans son ensemble. Pouvoir étendre l'étude à un territoire aussi vaste et diversifié que l'Europe apporte des informations indispensables à la prise de décision politique car il ne s'agit pas d'accuser tel ou tel secteur de vivre grassement sur la bête, tel ou tel corps de pomper les autres mais de mieux saisir les forces et les faiblesses de chaque économie nationale : qu'est-ce qui est menacé ? Qu'est-ce qui a des chances de se développer ? Qu'est-ce qui doit être soutenu ? Et aussi, car on l'a oublié : qu'est-ce qui doit être mieux encadré, surveillé et contrôlé ? Dans un environnement où l'économie financière a pris tant d'importance, on peut soit accuser Mamon d'avoir fait main basse sur tout ce qui bouge soit réfléchir un moment ... On notera d'emblée que s'auto-accuser d'avoir laisser Mamon régner c'est armer le bras de tous les groupuscules terroristes qui rêvent d'anéantir ce qu'ils considèrent comme le diable incarné. Si ce n'était pas si dramatique, nous pourrions dire : "pauvres diables !". Comme si les choses étaient si simplistes et si caricaturales. Comme si l'argent ne semblait pas régner en maître partout, y compris dans les pays qui se targuent de vivre au-dessus des autres en terme de moralité.

Pour faire simple quand même, il suffit de constater que la possibilité d'emprunter avec une relative aisance, la possibilité de disposer de réserves financières sans craindre d'être attaqué au moindre carrefour et la possibilité de mettre en oeuvre des moyens de paiement variés constituent à la fois une chance et un risque : d'un côté, l'activité commerçante (au sens d'achat ou de vente) de tous, particuliers ou entreprises, est d'une grande fluidité ; de l'autre, nous avons tendance à vivre sur des sécurités dont nous ne connaissons pas bien le prix.

En poursuivant la réflexion, on ne tarde pas à comprendre que dans l'édifice qui s'est construit, les banques occupent une place déterminante. Elles deviennent pour cela un bouc émissaire quasi "naturel" en temps de crise. Pourtant, si chacun devait garder ses économies à la maison, si nous devions pour tout achat important nous promener avec l'argent nécessaire, ... l'insécurité que nous connaissons en 2010 ferait figure de paradis ... sans oublier qu'autrefois, les villes fermaient leurs portes pendant la nuit ... Heureuse époque que la nôtre même s'il est vrai que tout n'est pas parfait ! Plus on réfléchit à la complexité de notre monde, plus on découvre la sottise des propositions simplistes et suicidaires, parfois proférées à la cantonna...de, qui s'appuient sur une vision manichéenne de la société.

Occupant une place stratégique, nos banques n'ont pas à devenir des Etats dans l'Etat. Comment en maintenir le rôle indispensable et quasi vital pour nos économies tout en veillant à ce qu'elles restent sous contrôle ? Le projet France 2022 prévoit une réorganisation qui place l'ensemble des banques d'un territoire national sous le contrôle d'une banque centrale dont la fonction principale est d'être le passage obligé de toute perception de revenu. Cette contrainte forte constitue le guichet de contrôle des revenus des personnes physiques et des personnes morales. Aucune entrée d'argent ne s'effectue sans passage par la banque centrale. Chaque personne physique et chaque personne morale dispose d'un seul compte (qualifié par la suite de compte de recettes) à la banque centrale crédité de ses recettes et débité par les mouvements créditant les comptes (qualifié par la suite de compte de dépenses) dans les banques non centrales. L'octroi d'un compte de recettes à la banque centrale est simple et définitif, depuis sa création jusqu'à la dissolution de la personne morale ou jusqu'à la disparition de la personne physique de nationalité française ou ayant simplement le statut de citoyen municipal. Nul ne peut perdre ce compte-là, pour quelque motif que ce soit. Par définition, c'est un compte qui n'est jamais débiteur : les débits de distribution vers le ou les comptes de dépenses ne peuvent excéder le montant porté au crédit du compte de recettes.

Il serait intéressant ici de faire le tour des objections possibles à ce type de contrainte. Vue d'un oeil a priori défavorable, elle sera perçue comme un coup porté à la liberté individuelle, à la possibilité de s'enrichir à sa guise pour qui l'entend. Ce n'est pas faux : le projet conteste l'idée qu'en laissant chacun s'emplir les poches, on obtienne une économie saine et solide. Instituer un compte de recettes, c'est préparer le terrain d'une limitation des revenus. Le cacher serait mentir. Préparer la limitation des revenus ne signifie pas vouloir en faire un impératif absolu : il est certainement préférable qu'elle soit d'abord inaugurée par des personnes généreuses qui en auront compris l'intérêt et accepté l'exigence. Cette nuance devrait éviter d'entendre hurler ou applaudir - sait-on jamais - ceux qui s'imaginent que le projet France 2022 cherche à ressusciter en France ou même en Europe les sociétés marxistes de triste mémoire : l'adhésion volontaire surpasse largement la règle assénée avec force effusion de sang, tortures, déportations, goulag ...

Ne perdons pas de vue qu'il s'agit avant tout d'établir un système bancaire contrôlé, qui ne roule pas pour lui-même, qui soit vraiment au service du développement économique et social, qui n'écrase pas les individus ou les corps intermédiaires sous le poids de leurs dettes. Tous ceux qui ont eu à subir les pièges de l'endettement comprendront que la contrainte du compte de recettes est destinée à les protéger d'offres alléchantes qui finissent par les mettre à la merci de taux usuriers : en rassemblant les recettes sur un seul compte à l'abri d'une position débitrice et en assortissant cette contrainte d'un contrôle plus serré des mouvements débiteurs vers les comptes de dépenses, le système bancaire proposé empêchera les agents financiers peu scrupuleux d'étrangler les plus faibles ou les plus malchanceux. Ce sera au banquier imprudent de couvrir les pertes dues à une trop grande prise de risque. Là vous entendrez hurler un groupe d'objecteurs qui vous dira : "Alors les banques, qui ont déjà tendance à serrer la vis dès qu'une crise se profile à l'horizon, vont couper les vannes du crédit ! ". C'est pourtant le contraire qui se produira : quand l'économie sera assainie, il sera moins difficile pour les banques de calculer le risque et de prêter.

Situer ici la proposition du compte de recettes pour tous, personne physique ou morale, dans le premier volet consacré à l'Europe et à la France souligne le fait que, si cette mesure était largement adoptée par les pays de l'Union européenne, son effet serait amplifié. Nous manifesterions que l'Europe entend prendre à bras le corps la question de l'assainissement de ses finances. Sans vouloir jouer les devins, nous pouvons affirmer que là où le rôle des banques sera plus soigneusement encadré se développera une économie plus florissante.

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