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mardi 27 avril 2010

Dons, pardons et réconciliations


Aucun corps intermédiaire de la nation : famille, association, entreprise, syndicat, ... n'est en mesure de résister longtemps à de trop fortes dissensions. S'il ne trouve lui-même ou avec l'aide d'un tiers comment sortir d'un état de tension qui le mine de l'intérieur, il finira par être détruit ou par s'éloigner gravement de ses missions essentielles. 

La personne humaine, elle-même, quels que soient son statut, son âge, son expérience, ses connaissances a besoin de sortir des conflits qui la dévastent intérieurement. 

Les questions immédiates à traiter sont les suivantes : "Quels sont les rôles de l'Etat français dans la gestion des conflits ? Que fait-il aujourd'hui ? Que pourrait-il faire à l'avenir ?".

En aval, impossible pour l'Etat d'intervenir quand il n'a pas connaissance d'un conflit : il ne peut agir que sur plainte ou sur signalement. Impossible pour l'Etat d'intervenir à tous les niveaux : tant que l'ordre public ou un droit fondamental ne sont pas en cause, il laisse à chaque corps le soin de régler le conflit.

En amont, les différents pouvoirs publics ont la possibilité de prévenir les conflits qui risquent de mal tourner. La multitude des occasions et des situations d'affrontements font de la prévention une tâche qui dépasse largement les capacités d'un Etat surendetté.

La réduction de la dette publique est urgente parce qu'elle mine les efforts de prévention et parce que le service de la dette lui-même - le remboursement des intérêts - creuse chaque jour davantage le déficit du budget annuel. Nous ne sortirons pas de la violence sans la volonté farouche de redresser les finances publiques.

Toute dépense collective qui ne répond pas à un service véritable de la vie de la nation doit être rapidement supprimée ou diminuée. Le remboursement de l'IVG fait partie de ces dépenses. Le supprimer signifie que nous décidons de sortir d'une situation de violence extrême. 

Chaque fois qu'une personne âgée est agressée, chaque fois qu'un père de famille est tué sous les yeux de son enfant, chaque fois qu'une femme est violée, chaque fois même qu'un bien public ou privé est saccagé, nous nous révoltons justement et, dans le même temps, nous laisserions un être, sans défense qui ne demande qu'à vivre, subir la loi d'un plus fort sans réagir ? Aurions-nous perdu la tête ? 

Quand comprendrons-nous que l'assassinat d'un enfant est l'une des racines les plus coriaces de la violence qui se répand de nos jours ? Si celui que nous devrions protéger tous ensemble, au péril même de notre vie, se trouve sans défense comment espérer que n'importe lequel d'entre nous ne soit pas fauché par un acte barbare ?

Il faudra du temps pour renverser un mouvement qui nous a conduits dans une impasse et qui entretient des tensions vives : de nombreuses femmes dévastées par le recours à l'IVG témoignent de plus en plus du non sens de ce choix de mort. 

Il faudra du temps car les promoteurs d'un tel choix ont encore de l'influence dans notre société : ils ne sauraient se dédire sans se renier. A moins de se convertir et d'avoir ainsi l'audace de reconnaître qu'ils se sont trompés, ils se tairont ou continueront à promouvoir ce qui ruine notre pays.

Beaucoup de jeunes, de corps ou d'esprit, ont déjà compris que le choix de la mort nous mène au désastre et à la ruine. Un pays immense comme la Chine mesure chaque jour avec plus d'acuité ce que l'avortement, de surcroît sélectif, génère : une cascade de problèmes pratiquement insolubles.

Chacun d'entre nous, à titre individuel, est confronté au cours de son histoire à la question du pardon. Qu'il ait subi des offenses légères ou graves, son intégrité et sa paix intérieure ne se maintiennent qu'au prix de mouvements généreux envers ceux qui l'ont blessé. Ne dit-on pas qu'un pardon refusé bloque tout progrès spirituel ? Sans aller jusque-là, nous voyons comment l'absence de pardon risque d'envenimer les rapports inter-personnels et les rapports sociaux. Plusieurs situations illustrent comment le refus de pardonner devient générateur de violences latentes ou explicites. Cf. L'ouvrage d'Olivier Clerc : "Le tigre et l'araignée". Cf. aussi : http://www.olivierclerc.com/welcome/index.php?accueil=1

Si un enfant ayant eu à souffrir des sévices de la part de ses parents n'arrive pas à dépasser les blessures qu'ils lui ont infligées, il en gardera une amertume néfaste à sa vie intérieure et par répercussion à ses rapports avec les autres : personnes ayant à exercer une autorité sur lui ou personnes placées sous son autorité, personnes chargées de le protéger, de le conseiller, ... 

Des parents très attentifs et admirables ont du mal à ne pas blesser leur enfant et s'ils exercent soigneusement leur autorité à ne pas être pour lui source de frustrations trop intenses. Le pédiatre Aldo Naouri, cf. http://www.aldonaouri.com/, rappelle que la plupart des parents doivent s'attendre à être haïs un jour ou l'autre par leurs enfants.

Si un conjoint trompé, bafoué, battu, ... par son époux ou son épouse n'arrive pas à pardonner, il se trouve immanquablement pris dans une spirale néfaste voire dangereuse pour lui et pour ses proches. Si un employé est ridiculisé, humilié, maltraité par son patron et qu'il ne pardonne pas, les dommages qu'il aura à subir seront parfois supérieurs aux atteintes dont il peut légitimement se plaindre.

Ces situations ne doivent pas être mal interprétées : il n'est pas question de soutenir une position qui tendrait à minimiser le devoir essentiel de justice. Si un tort a été commis envers une personne, le droit d'icelle le plus élémentaire est d'obtenir réparation par tous les recours possibles. Le pardon intervient en parallèle et de surcroît.

Nous savons cependant que toutes les blessures ne sont pas sanctionnées par un Code et que celles pour lesquelles une action en justice est possible ne se trouvent pas effacées par des amendes, des années de prison ou tout autre sanction. Même si la justice humaine était très performante - ce qu'elle n'est pas en France - chacun d'entre nous garderait toujours des plaies ouvertes et non cicatrisées en ne se montrant pas généreux en matière de pardon.

L'importance extrême du pardon mériterait de plus amples développements. Il ne manque pas d'ouvrages passionnants sur ce sujet auxquels tout lecteur intéressé pourra se reporter. Il faudrait encore souligner ici la place centrale du pardon dans l'état général de la nation. Nous dirons simplement mais cela demanderait d'être étayé (les études du philosophe René Girard sont une source excellente à ce propos) qu'il est aisé de comprendre comment la violence se répand de proche en proche, comment elle gagne la société tout entière après avoir dévasté le coeur de ceux qui ne parviennent plus à pardonner.

En passant du conflit à la blessure, la question demeure : quel rôle pour l'Etat ? Que pouvons-nous espérer d'une action politique bien conduite ? Que faire collectivement pour que les actes de violence ne se multiplient pas et ne s'aggravent pas ?

De prime abord, nous pourrions dire que la question du pardon échappe en partie au politique dans la mesure où beaucoup d'événements lui sont inconnus en raison du caractère privé voire intime de nombreuses situations. Cela montre au passage que nous ne devons pas tout attendre de l'action collective strictement politique. Nous devons aussi remarquer que bon gré mal gré, le politique se trouve confronté aux conséquences de la violence et qu'il lui importe, s'il prend à coeur l'éminence de son rôle, de faire en sorte que la violence soit contenue et qu'elle s'exprime dans des formes qui n'engendrent pas davantage de torts.

En considérant la question avec suffisamment de recul, nous nous apercevons que nul ne peut pardonner s'il n'a fait l'expérience du pardon, s'il n'a pas saisi la libération qu'engendre le pardon reçu. C'est seulement en se considérant soi-même comme débiteur que l'on comprend à quel point il est capital de savoir libérer autrui des dettes qu'il a contractées à notre égard. Il est curieux de constater de quelle façon l'oubli de notre situation de débiteurs - c'est la thèse centrale que nous défendons ici - se rappelle à nous avec une acuité de plus en plus vive : la dette publique de la nation ne serait-elle pas l'indice alarmant de notre pauvreté radicale ? Voir les choses ainsi ne justifie évidemment pas qu'il faille laisser pourrir le déséquilibre actuel.

Comment un projet présidentiel pour une France réconciliée, plus juste et plus vivante parviendra-t-il à inverser la tendance qui s'est installée peu à peu, sans que nous en prenions conscience au départ et avant que nous soyons conduits dans une impasse redoutable ? 

En remontant encore le fil de la miséricorde, nous découvrons que chacun prend pleinement conscience de sa condition de débiteur à partir du moment où il comprend que toutes ses possessions ne sont guère en rapport avec ses mérites : tout ce dont il a la jouissance provient d'un don radical, la vie reçue de Dieu par ses parents, et d'une série d'autres dons qu'il aura, dans le meilleur des cas, eu la volonté de faire fructifier. Il reste que sans l'apport de ces dons, il ne pourrait se prévaloir de rien.

La vraie mesure des dons reçus permet de comprendre comment certains d'entre nous choisissent de consacrer beaucoup de temps à la prière. L'offrande de la prière monastique en devient beaucoup plus claire, beaucoup plus lisible : celui ou celle qui s'adonne au combat de la prière estime, à juste titre, que le temps dont il ou elle dispose est un don. Passer du temps en prière devient alors l'occasion toute simple de rendre à Dieu ce qui Lui appartient, de Lui offrir en retour ce qu'Il a donné. Affirmation qui sonne comme un démenti cinglant pour tous ceux qui ne voient dans le temps reçu qu'un moyen de s'enrichir, c'est-à-dire, au bout du compte, de s'approprier des richesses indues.

Que le citoyen accède par grâce au Donateur, dispensateur des dons, ou qu'il y renonce pour mille et une raisons, le fait demeure : sans apports extérieurs, il n'est rien. Il conviendrait qu'une phrase comme : "Moi, vous comprenez, je me suis fait tout seul ... Je ne dois rien personne ..." nous paraisse toujours aussi tragique que ridicule. 

Notre statut d'être vivant, redevable en tous points d'un Autre (si on l'accepte) et des autres (qu'on le veuille ou non) est trop clair pour que nous n'ayons pas à l'argumenter. Ce qui suit n'est pas une liste d'arguments. Ce serait affaiblir l'évidence. Il s'agit plutôt d'un relevé de redevances à considérer comme autant de points de départ pour celui qui aime réfléchir en marchant et gagner ainsi des sommets lui offrant de nouvelles perspectives.

Nous avons tous reçu le don de la vie. Qu'il nous arrive parfois de ne pas l'apprécier et de nous dire : "Quel cadeau empoisonné !" parce que nous souffrons le martyre ou parce que nous nous remémorons des périodes noires de notre existence, le fait demeure de notre naissance à notre mort : nous sommes redevables du don de la vie. Quelle que soit la façon de traduire les modalités de ce don : don de l'existence, don de l'être, don de la présence, don d'agir, don de sentir, ... nous ne serions pas visibles sans ce don, nous ne pourrions pas vivre sans lui, grandir et tomber, apprendre et penser, ... 

L'oubli de ce don de la vie a des conséquences non négligeables. Inutile de chercher longtemps pour comprendre que le refus de donner la vie plonge ses racines dans une blessure si profonde que son enfouissement la rend difficile à identifier, à soigner et à guérir. Là encore, il suffit aujourd'hui de tendre la main pour trouver d'excellentes études en français qui portent sur ce thème. (Voir la fondation de Bethasda et les livres de Simone Pacot par exemple).

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