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vendredi 22 mai 2015

Billet d'humeur à propos de la réforme des programmes de collège en France


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Une fois n'est pas coutume, 

le projet France2022 intègre ici une tribune de circonstance au sujet de l'éducation et de l'instruction dans les collèges de France. 

Cette incise est l'occasion de mettre en lumière des phénomènes qui dépassent largement le cadre du propos immédiat.


Il ne s'agit pas ici : 

de défendre ou d'attaquer des personnes nommément - ce qui est en cause n'est pas le fait d'une seule personne et verser dans l'accusation nominative serait céder à cet air du temps qui, faute de recul, s'en prend au premier venu, oublie le devoir de miséricorde et n'accomplit pas le travail élémentaire de réflexion consistant à rechercher les causes réelles de tel ou tel dysfonctionnement - ; 

de soutenir ou de combattre des intentions, des idées, des projets personnels, ... 

mais de souligner les travers d'une façon pitoyable de gouverner ou d'administrer la France et de proposer une réponse solide : une autre manière d'observer, de réfléchir, de concevoir, de décider et d'agir en politique.


Premier travers et non des moindres : proposer une réforme des collèges qui ne pourra être mise en oeuvre qu'au terme d'un mandat législatif et gouvernemental sans que les politiques responsables de la réforme soient au pouvoir au moment de sa mise en oeuvre.

Un sujet d'une telle envergure mérite mieux : un traitement de fond dès le début d'une législature et une mise en oeuvre précoce sous la tutelle d'un Ministre de l'Education Nationale qui reste en poste au moins pendant cinq ans.

Le projet France2022 prévoit de faire en sorte que la valse incessante des ministres de l'Education Nationale soit enfin régulée par un dispositif qui permette des actions cohérentes à long terme. Luc Ferry, ancien Ministre de l'Education nationale, témoignait en 2015 de l'échec d'une réforme pourtant essentielle à l'école primaire - celle d'un renforcement de l'apprentissage de la lecture en primaire - faute de continuité dans l'action gouvernementale alors même qu'aucun changement de majorité ne fût en cause en l'occurrence ! Voir entre autres à ce propos : un article de la Revue Civique.

Voir aussi la question des méthodes de lecture, toujours d'actualité, alors même que Gilles de Robien avait tenté de libérer un champ idéologique phagocyté par quelques illuminés ou incapables qui confondent aptitudes premières et aptitudes secondes, imposant à de tout jeunes enfants des techniques de déchiffrage bons pour des lecteurs déjà aguerris.



Deuxième travers : tenter de passer en force en moquant ou en négligeant ceux qui ne sont pas d'accord avec le contenu d'un projet hasardeux. Ce fut déjà le cas lors de l'imposition du soit disant "mariage pour tous", avec tromperie de langage comme de règle en pareille circonstance. En 1974, Michel Debré avait déjà mis en lumière le mensonge constitué par le terme "interruption" à propos de l'IVG.

Le thème crucial de la formation (et de l'orientation professionnelle) des jeunes devrait être abordé, au contraire, en veillant toujours à rassembler la nation autour des jeunes qui ont un grand besoin d'être protégés, aguerris, préparés soigneusement, formés intelligemment,  ... comme autour de tous ceux - les parents et grands-parents, les enseignants et tant d'autres - , qui participent à ce travail depuis des générations. 

Comment ne pas noter au passage la tromperie récurrente de ces générations de politiques qui s'engraissent sur le dos d'une jeunesse sacrifiée au pied de l'autel du consumérisme, du confort des repus, des manies de rentiers : quelques anciens repliés sur des acquis de fortune ont une peur bleue, une crainte viscérale de ce qui monte, de ces jeunes qui se lèvent et se tiennent debout afin de protester contre un (dés)ordre établi où l'avènement miraculeux d'une jeune pousse, d'un bébé, d'un enfant n'est plus perçu comme une chance mais comme un fardeau insupportable ? D'un côté on ouvre largement les vannes de l'assassinat de l'enfant à naître, de l'autre, on prétend faire le maximum pour les rescapés d'un génocide (1 enfant sur 4 tué avant terme, chaque année en France). La réalité est beaucoup plus sombre : quelques élites autoproclamées ne redoutent qu'une chose, que plus compétent qu'elles ne revendique un pouvoir usurpé, un service confisqué.

Le projet France2022 prévoit qu'il ne soit plus possible désormais de réformer les champs politiques sensibles par des votes au fil du rasoir, des votes obtenus par des minorités influentes, redoutablement organisées pour qu'aboutissent les projets destructeurs qu'elles fomentent et ruminent pendant des lustres. Le projet France2022 propose d'instaurer l'obligation d'une majorité parlementaire aux 3/5 voire aux 2/3 pour tout changement notable dans les domaines où le pays a intérêt à faire corps, à faire preuve d'unité afin d'éviter des divisions ou des guerres fratricides.

Quelques esprits fatigués, grincheux ou vieillissants, sectaires ou bornés, contesteront le principe d'une majorité large en invoquant l'argument d'un risque de blocage. Celui-ci ne résiste pas à l'analyse car il est tout à fait possible d'appliquer, simplement et au moins, le principe de majorité large à l'inscription des réformes dans un calendrier parlementaire. 

Depuis 2012, les politiques au pouvoir ont fait perdre un temps précieux à toute la nation en décidant de mettre en chantier des réformes inutiles, malsaines, nuisibles et même dangereuses, au grand dam de nombreux élus locaux (en particulier des partis au pouvoir. Un comble !) et en dépit d'une protestation d'envergure d'innombrables citoyens qui n'en reviennent pas de ce gâchis alors que certains d'entre eux se démènent de façon admirable afin de sauver les meubles et, bien davantage, sur les territoires dont ils assument au quotidien les grandes difficultés, qu'il s'agisse de territoires publics ou de territoires privés. Les élus de proximité constatent, effarés, qu'au niveau de responsabilité politique le plus élevé, s'accumulent depuis trois ans, des ratés et des conneries sans nom par l'incurie de quelques édiles en situation manifeste d'incompétence (cf. principe de Peter) voire d'idolâtrie.

Troisième travers : penser de manière étroite, étriquée, partielle, superficielle, ... en saucissonnant les problèmes de telle sorte que les solutions proposées négligent des aspects fondamentaux de l'équation complexe à résoudre.

Ainsi, proposer une réforme des programmes de collège sans avoir résolu les défauts criants d'une école primaire martyrisée par les destructeurs des apprentissages fondamentaux est peine perdue d'avance : les faux plis acquis dès l'enfance sont très difficiles à corriger par la suite et c'est même mission quasi impossible au sein de collèges d'enseignement général qui n'ont pas une large autonomie de recrutement des enseignants et des élèves.


Quatrième travers : raisonner en négligeant les motifs historiques d'échec et de dysfonctionnement or l'une des raisons majeures des défauts de l'enseignement général en France est liée aux prétentions récurrentes d'un pouvoir étatique qui tend à s'occuper de tout en court-circuitant les corps intermédiaires de la nation. Pour un Etat au bord de la faillite, c'est même une folle ambition.


Cinquième travers : prétendre améliorer un système complexe comme l'enseignement scolaire et la formation continue par des réformettes consistant à démolir l'ancien pour le remplacer par du nouveau sans consistance voire hasardeux, c'est-à-dire, en somme, prendre en otage les élèves et leur famille pour en faire les cobayes d'expérimentations mal pensées et mal conduites. Corollaire : le Ministère de l'Education Nationale en France se contente trop souvent de modifier les programmes scolaires de manière marginale mais coûteuse au lieu de mener un travail de fond visant à parfaire un système qui a besoin d'une révision de grande ampleur, non pas élaborée par quelques têtes mal pensantes mais construite par un groupe de travail réunissant les représentants des principaux corps intermédiaires de la nation qui sont parties prenantes de l'éducation et de l'instruction des jeunes générations comme de celles qui ont besoin d'être formées au fil de l'eau.


Sixième travers : isoler l'enseignement du reste. Par suite, interpréter les ratés de l'Education nationale comme le produit des seuls dysfonctionnements internes d'une machine vieillissante alors que nos écoles pâtissent beaucoup des erreurs de gouvernement et d'administration de toute la société : les violences, les mauvaises orientations, les échecs scolaires ... tiennent pour une large part aux dérives et aux errances d'un paquebot France dont le capitaine est ivre, le commandement erratique, l'équipage incompétent et les passagers affolés.




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