TRANSLATE

vendredi 4 mars 2016

Principes pour favoriser une saine Union Nationale



"Celui qui ne M'aide pas à rassembler, disperse"

Lc 11 : 23




"Notre civilisation 
sursaturée de connaissances 
et de moyens de savoir  
  offre tant de masques et de faux appuis 
  que l'homme ne sait plus 
   ce qu'il sait et ce qu'il ignore."  

  Jean Guitton (1901-1999)



Le jeu démocratique et l'économie de marché se ressemblent sur un point névralgique : au fil du temps s'installent des monopoles, quelques dominants, des oligarques permanents qui tentent d'empêcher le renouvellement des positions et, pire encore, le règlement juste, efficace et efficient de problèmes lancinants au sein de la Nation française. 

Pour être plus précis, chaque acteur essaie de passer devant, d'être le premier et d'imposer sa loi, qui à l'arène politique, qui au marché. Voilà deux théâtres où s'exaspèrent les passions au détriment du bien véritable de tous. 

Le mouvement de l'histoire finit toujours par balayer la prétention de ceux qui voudraient figer la hiérarchie, mais à quels prix ? 

Au double prix d'une lenteur désespérante et d'une stérilisation massive de l'économie ou de la vie politique : les jeunes pousses ont bien du mal à percer et à renouveler un paysage qui en aurait bien besoin. 

Au prix encore de révolutions sanglantes lorsque des groupes minoritaires mais armés décident d'en découdre avec les "autorités" en place, pouvoirs usurpés et devenus si indigents qu'ils engendrent des soulèvements censément odieux puisqu'ils se manifestent toujours à l'encontre d'un bouc émissaire choisi d'abord comme cible prioritaire puis à l'encontre de tous ceux qui ne voudraient pas se joindre au "combat" désormais engagé alors que ces victimes collatérales ont vite compris qu'un mouvement d'enragés ne règle aucun problème majeur et qu'au contraire, il les aggrave. Ainsi en fût-il de l'une des plus funestes périodes de l'histoire de la France : la révolution de 1789. 

Depuis cette date, les pouvoirs corrompus ont été remplacés par d'autres pouvoirs, aussi corrompus sinon davantage, et le sommet de l'Etat est plus gangrené que jamais puisque cette révolution a mis à bas le principe d'une autorité supérieure, non pas irréprochable évidemment, mais garante de l'unité du pays. Tandis que sous l'Ancien Régime, le monarque devait s'imposer face à des notables détenant un pouvoir économique mais non politique et à des princes en quête d'une puissance toujours plus grande, nous avons aujourd'hui un "monarque" qui fait semblant de régner : n'ayant plus à maintenir l'unité du royaume, n'ayant plus à contenir des frondes, il devrait s'employer à consolider l'unité de la Nation au lieu de quoi, nos chefs de l'Etat, choisis en dépit du bon sens, passent leur temps à diviser les Français en appliquant un programme ubuesque dans la plus crasse impréparation.

Pour remédier à l'état de déliquescence d'une démocratie mal organisée, tantôt idolâtrée, tantôt ridiculisée, le projet France2022 prévoit de modifier en profondeur les façons de manager les entreprises et d'exercer les responsabilités politiques. 

En ce qui concerne les entreprises, la question a déjà été abordée à propos du temps de travail humain : il est prévu de faire en sorte que, désormais, les responsabilités managériales soient partagées et non plus exercées par une seule personne, autrement dit que les postes de direction soit occupés par un tandem. Cette mesure ne résout pas, bien entendu, la rigidité des positions de marché qui demande la mise en place d'autres outils tels que l'essaimage entrepreneurial. 

Néanmoins, l'imitation et la transposition de cette mesure dans le domaine politique permettra une plus grande mobilité et une meilleure efficience des acteurs. Elles permettront aussi de retrouver une efficacité perdue depuis des lustres. Assorties d'un garde-fou parlementaire, elles éviteront le détricotage par les uns de ce qu'ont fait les autres. Détricotage d'autant plus absurde qu'il défait ce qui devrait être mis à l'épreuve du temps tandis qu'il laisse subsister les mesures telles que l'IVG, le "mariage pour tous (?)" ou l'euthanasie, toutes ces mesures dangereuses parce qu'elles consistent en licences accordées à la hâte sur des sujets d'une extrême gravité. 

Désormais, ce sont les deux partis arrivés en tête des élections qui devront s'entendre pour gouverner ensemble en appliquant un principe nouveau : non pas un partage des postes ministériels (par exemple) sur la base d'un compromis mais un gouvernement avec, à la tête de chaque ministère, deux ministres devant s'entendre pour prendre toute décision, deux ministres issus de deux formations politiques différentes, les deux qui auront "gagné" les élections.

Il faut en effet que cessent enfin les querelles de personnes qui enveniment les débats et conduisent les uns comme les autres à radicaliser bêtement leurs positions, ce qui les rend incapables de trouver le juste équilibre dynamique et de conduire des politiques de long terme.  Il ne s'agit pas, bien entendu, d'avoir la prétention utopique d'éliminer les rivalités de tempéraments, les antipathies instinctives ou historiques, les heurts inévitables entre des personnes aux parcours très différents mais il s'agit de mettre un garde-fou à toutes les disputes stériles, à tous les affrontements qui résultent d'un cadre politique déficient.

Au lieu de prendre le temps d'analyser les causes profondes des maux de la France, les acteurs politiques n'agissent que sur les symptômes, sur des risques surévalués et des dangers sous-évalués, pour donner des gages à une majorité fragile qui menace à tout moment de ne plus les soutenir. Ces mêmes acteurs politiques, terrorisés par les menaces de groupes minoritaires mais influents, ont fini aussi par oublier les attentes d'un peuple qui n'a guère de temps à perdre en élucubrations fantaisistes, étant lui-même préoccupé par la résolution de problèmes quotidiens beaucoup plus terre-à-terre mais essentiels : trouver un travail, pouvoir s'y rendre à un coût et en temps raisonnables, se loger, se nourrir, être au calme, trouver un médecin, un bureau de poste, un accès Internet ...

Le pourrissement du débat et de l'action politique a conduit notre pays au bord d'une faillite imminente, non seulement d'un point de vue économique et financier mais aussi structurel, civique, patrimonial, juridique, militaire, moral, spirituel, fonctionnel et humain. Au lieu de prendre les problèmes du moment à bras le corps, beaucoup de nos politiciens ont passé leur temps à se doubler sur leur gauche ou sur leur droite, davantage préoccupés par leur carrière et la satisfaction de leur ego que par les soucis majeurs préoccupant les Français dans leur vie quotidienne.

Il faut, de plus, que nos ministres prennent du recul et ne soient pas toujours sur le grill, c'est-à-dire, au bout du compte partout à la fois et nulle part, laissant la bride au cou de cabinets ministériels plus préoccupés de communication, de coups médiatiques et de tactique politicienne que des affaires publiques. Ces deux ministres n'agiront jamais seuls en public et devront se préparer à intervenir ensemble. Contrainte forte destinée à empêcher quelques déclarations intempestives et même ridicules d'un ministre isolé.

Il s'agit donc de contraindre les acteurs politiques à voir au-delà de leur petit pré carré. Il s'agit de les amener à respecter les positions d'autrui sans les caricaturer et sans verser dans l'attaque ad hominem, faute d'avoir pris le temps de parvenir à une vaste et profonde synthèse qui embrasse des points de vue différents et parvient à les transcender, selon les principes de la fameuse "synthèse des hétérogènes", chère à Paul Ricoeur à la suite de Algirdas Julien Greimas.

A ces nouvelles dispositions, s'ajoutera un principe élémentaire de continuité complètement bafoué de nos jours, générant ainsi un amateurisme inquiétant au niveau le plus haut de l'Etat. Actuellement, un ministre peut être débarqué à tout moment, sans le moindre préavis et même de manière honteuse. Ce n'est pas sain. Cette façon de faire suscite et encourage l'exercice de pouvoirs occultes qui dirigent les choses en sous-main de sorte que tout ministre fraîchement nommé se trouve au milieu d'une arène dont il ne parvient à comprendre les codes et les usages qu'au bout d'un temps beaucoup trop long, parfois même trop tard. C'est absurde et nuisible. Inutile d'aller chercher plus loin une grande partie de l'impuissance politique en France. 

Nous avons des ministres qui, sauf exception rarissime, sont comme des marionnettes aux mains de plus habiles qu'eux-mêmes, c'est-à-dire quelques personnages qui préfèrent agir dans l'ombre et dans la durée plutôt que d'être exposés au suffrage universel (?), à la vindicte populaire ou médiatique ... ou tout autre méchanceté émanant de spectateurs avides de coups bas et de jeux du cirque romain. 

Le projet France2022 prévoit un passage de témoin ministériel qui dure assez longtemps pour que le tandem ministériel succédant au précédent reçoive suffisamment d'informations clés sur l'exercice d'un pouvoir qui ne va pas de soi : un ministère et une administration ont besoin d'avoir à leur tête un pouvoir POLITIQUE (et pas seulement technique) assez fort pour que ne règnent pas en catimini quelques éminences tout heureuses de n'avoir à rendre de compte à personne et qui se régalent de se comporter en apprentis sorciers sur des sujets qui mériteraient beaucoup plus de réflexion non partisane. De tels sujets ne manquent pas puisqu'ils empoisonnent régulièrement l'espace public français, faute d'un règlement pertinent et bien ajusté de problèmes complexes.

Les principes esquissés ici doivent être, cela va de soi, affinés et rendus aisément applicables. Ils supposent une baisse importante des rémunérations des ministres en contrepartie d'un temps libéré pour une saine prise de recul. Nos ministres doivent avoir le temps de continuer à se cultiver, à s'occuper de leur famille, à voir leurs amis, à se reposer, à agir sans avoir à se doper ou à se droguer. Rien n'est plus malsain que cette surcharge de travail soudaine pour une seule personne qui peut être, de surcroît, peu familière des rouages de l'Etat. Il est en effet naturel et sain que des postes ministériels soient, dans certaines circonstances, confiés à des personnes qui n'ont pas nécessairement une longue expérience du fonctionnement du sommet de l'Etat mais qui, en revanche, ont une excellente connaissance des champs d'action d'un ministère.

Le projet France2022 prévoit d'étendre les principes du tandem et de la continuité à tous les postes ministériels qu'ils soient au niveau national (postes que nous connaissons aujourd'hui), au niveau provincial (rassemblement de plusieurs régions avant le remembrement récent) et au niveau municipal (rassemblement de communes actuelles). Soit en définitive, trois niveaux exécutifs.

L'affinement des principes esquissés se comprend d'autant mieux que le projet France2022 remet à l'honneur un principe fondateur dans toute vraie démocratie : le principe de subsidiarité. La réorganisation du gouvernement national est une chose, celle d'un gouvernement provincial ou municipal en est une autre. Rien ne dit, au stade actuel de l'analyse, qu'il faille reproduire, sans ajustements, le même schéma à tous les niveaux exécutifs. En tout état de cause, un exécutif  "inférieur" doit avoir la faculté de s'organiser comme bon lui semble tout en respectant une philosophie générale de gouvernement qui permette une consolidation au moins financière, économique et sociale à tout échelon "supérieur".

Disons même, d'emblée, que les différents niveaux de ministère doivent agir selon des perspectives qui leur sont propres : un gouvernement municipal agit foncièrement sur un territoire, au plus près des habitants et des visiteurs de son champ d'action ; un gouvernement provincial doit coordonner les projets inter-municipaux, veiller aux grands équilibres et intervenir en cas de défaillances d'un gouvernement municipal ; un gouvernement national coordonne, veille et intervient, si nécessaire, au niveau d'une province. Il doit, de surcroît, être capable d'harmoniser les pratiques en étant non seulement directif quand cela est nécessaire (par exemple à propos de cursus scolaire) mais, plus encore, prospectif. Un gouvernement national doit travailler sans relâche à l'articulation nation-Europe et nation-reste du monde. Il a enfin un rôle capital à jouer dans la détection des bonnes pratiques afin de leur permettre de faire école dans tous les lieux du pays où leur transposition peut être justifiée.


Agissant selon des perspectives différentes, les trois niveaux de gouvernement s'organiseront donc pour des missions qui n'ont pas la même envergure et qui portent sur des "objets" de natures variées. Nous avons trop vu à l'oeuvre un Etat français, omnipotent bien que grossièrement impuissant, et soucieux de régir la vie de chaque individu dans ses moindres détails avec les piètres résultats que  nous constatons chaque jour. Il est temps de revenir à un mode de gouvernement national qui tienne compte de l'existence des multiples corps intermédiaires de la nation et qui ne prétende plus régenter toutes choses dans ses moindres détails. Mode de gouvernement insensé qui aboutit à la multiplication de textes jamais appliqués, mal appliqués ou inapplicables. Textes qui, lorsqu'ils sont enfin appliqués, produisent plus de dégâts qu'ils n'en réparent et qui aboutissent à une paralysie dramatique des initiatives pourtant heureuses d'un corps social étouffé par une réglementation kafkaïenne.

Le projet France2022 prévoit d'asseoir le nouveau mode d'organisation des différents niveaux d'exécutif sur une nouvelle perception de l'impôt : non plus le mode descendant actuel dans lequel le niveau national se taille la part du lion et redistribue de plus en plus chichement ses subsides en perte de vitesse aux collectivités locales les plus habiles tout en se montrant follement dépensier mais un mode ascendant dans lequel ce sont les premières républiques, les municipalités, qui décident du niveau de l'impôt et le collectent au premier chef. Décisions et perceptions sont encadrées de manière souple par les provinces et l'Etat de telle façon que les municipalités puissent disposer de marge de manoeuvre assez grande pour adapter les prélèvements aux conditions locales et aux perspectives d'avenir. La réorganisation des prélèvements s'accompagne d'un contrôle renforcé des dépenses publiques car il ne suffit pas de dégraisser le mammouth étatique national pour obtenir une gestion beaucoup plus saine de l'argent public. Nombre de collectivités territoriales en France ont engagé des dépenses insensées qui mettent en péril l'économie locale de toute une région faute d'un contrôle supérieur adéquat : on ne peut attendre d'un Etat français mal organisé et dispendieux la capacité d'exercer un contrôle suffisant sur des collectivités qui prennent modèle sur lui pour dépenser à tout-va et arroser les copains des élus locaux en poste. Dans la nouvelle organisation des pouvoirs exécutifs et de la gestion financière des trois niveaux républicains, la corruption et le gaspillage sont limités par un contrôle renforcé d'autorités indépendantes et par la mise en place d'un contrôle des citoyens qui doivent avoir leur mot à dire sur tout dépassement budgétaire, non seulement en amont, lors des élections mais tout au long de la mandature, chaque fois qu'une décision risque de porter atteinte à l'équilibre des finances publiques.

Traitant ici sommairement des questions financières, il semble que nous nous éloignions du sujet de cette tribune : comment favoriser une saine Union Nationale. L'analyse de la situation actuelle de la France montre cependant que le gaspillage de l'argent public, inauguré depuis plus de quarante ans par des "élites" (ou "oligarchie") méprisant un peuple industrieux et laborieux, participe au délabrement de l'Union Nationale de même que des soucis pécuniaires, dans tout corps intermédiaire, met en péril sa cohésion et l'entente de ses membres car lorsque l'argent vient à manquer, le temps de prendre des décisions douloureuses rappelle cruellement à certains qu'il va falloir vivre sur un autre pied. 

Comme des familles en viennent à se déchirer et des entreprises à se décomposer, la Nation française menacée de faillite risque fort de vouloir trouver les coupables et, poussée dans un élan d'épuration malsain, de martyriser d'innombrables innocents. Ce qu'elle a déjà entrepris, sans se l'avouer, en éliminant chaque année plus de 200.000 enfants à naître. La correspondance des dates est frappante pour qui veut bien ouvrir les yeux : dès 1973, une politique de dépense et d'emprunt absurde ou hasardeux (voir aussi) est engagée et l'IVG est déjà dans les cartons. Sont alors au pouvoir des hommes qui se moquent de l'avenir comme de l'an quarante, qui n'ont d'autres soucis que de faire carrière et de briller sur la scène internationale, tout en écrasant en métropole tout ce qui pourrait leur faire de l'ombre ou révéler leurs turpitudes cachées ; tout en se laissant manipuler par des officines qui ont beau jeu d'exploiter leurs faiblesses inavouables : par la menace de révélations compromettantes, ces officines ont réussi à leur faire prendre des décisions  désastreuses pour le peuple français.

En 2017, l'écoute attentive des différents candidats à l'élection présidentielle (quand leur est donné un temps de parole équitable et un lieu d'expression assez posée) et la lecture de leur programme, renforcent le besoin d'une cohésion nationale mise à mal par tant d'années d'errance politique. Pour qui veut bien prendre le temps d'analyser chaque proposition, apparaît nettement que chacun des candidats apporte une pierre honorable (mais souvent très insuffisante) à l'édifice en dépit des erreurs que chacun peut commettre. 

Le projet France2022 a pour ambition d'établir un mode de gouvernement évitant de prendre les décisions et d'émettre des dispositions nouvelles, non urgentes, tant que n'est pas établi un consensus assez large entre différents partis, non seulement sur le diagnostic mais encore sur les solutions et remèdes à apporter. Une saine Union nationale bien conduite produit peu de textes et de nouveautés farfelus. Elle prend au contraire des décisions quasi unanimes après avoir pris le temps de peser les avantages (cf. la méthode des avantages de St Ignace) et de concilier les intérêts censément divergents.

Aucun commentaire: